Le choix du chômage : les mauvaises réponses de la société française

Publié le 26 mars 2019 - par - 12 commentaires - 920 vues
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À l’occasion d’un salon littéraire, Pierre Cassen a rencontré Jean-Louis Muller, auteur du livre « Le choix du chômage ». L’occasion pour lui, et pour nos lecteurs, d’approfondir cette question avec un auteur qui ne fuit pas les sujets délicats…

Riposte Laïque : Vous avez écrit en 2016 (et 2019 pour la deuxième édition), un livre intitulé : « Le choix du chômage ». Avant d’évoquer ce sujet avec vous, pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de la revue ?

Jean-Louis Muller : Je tente de mener une double carrière depuis quelques années :
– D’une part, je suis responsable d’une association caritative, essentiellement auprès de personnes sans abris et en grande précarité en Île de France. Depuis plusieurs décennies, je tente de soutenir les personnes qui traînent dans la rue sur l’Île de France.

– D’autre part, j’ai un doctorat en Sciences de l’éducation et je suis chargé de cours à l’université et formateur à l’Irfop puis à Entraide et Promotion. L’objectif prioritaire est de parler des personnes qui sont les plus démunies en France, dans une indifférence quasi générale.

Riposte Laïque : Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?

Jean-Louis Muller : Ce livre part d’une compilation de plusieurs cours ou conférences que j’ai donnés depuis plusieurs années autour du fléau du chômage de longue durée. Plusieurs étudiants et des collègues de formation m’ont demandé à plusieurs reprises de compiler ces différentes interventions et de les mettre à jour.

Riposte Laïque : Vous reprochez à des pans entiers de la société française de se satisfaire du chômage massif et de longue durée d’une trop grande partie de la population, et de les laisser dans une très grande pauvreté. Vous pensez vraiment que c’est un choix délibéré ?

Jean-Louis Muller : François Mitterrand disait : « Contre le chômage, on a tout essayé ! » Je dirais plutôt que la France a tout essayé de ce qui marchait mal, voire pas du tout. La France n’a pas vraiment tirer des leçons des recettes de nos voisins du nord et de l’est de l’Europe qui ont fait leurs preuves.
En fait, le chômage est le résultat d’un cumul de handicaps dont nous souffrons : citons en particulier :

1- Un niveau de dépenses publiques le plus élevé en Europe qui frappe durement nos entreprises et les quelques riches Français qui vivent 6 mois plus un jour dans l’Hexagone. Ce handicap se traduit à la fois :
– Par une fuite tendancielle des cerveaux et des investisseurs vers des pays qui ne sont pas tombés dans « l’enfer fiscal », c’est à dire tous les autres pays européens ;
– Par une perte de compétitivité de nos entreprises, (en dehors des produits de grands luxes) ;
– Par ce que l’on appelle « l’exil de l’intérieur » que sont le travail au noir et le travail a minima pour des patrons de PME et des professions libérales ;

2- Une bureaucratie et une technocratie particulièrement envahissantes qui alourdissent la plupart des décisions importantes et des projets importants à la fois pour le secteur public et le secteur privé ;

3- Un manque de soutien concret des pouvoirs publics pour l’artisanat, les toutes petites entreprises de moins de dix salariés et le petit commerce en général qui vont pourtant créer 75 % des emplois dans les prochaines années ;

4- Notre Éducation nationale qui s’avère particulièrement inégale. Au lieu de diminuer les inégalités culturelles qui font des ravages dans notre société, l’école tend hélas à aggraver ces inégalités. Bien entendu, il n’est pas question de culpabiliser les enseignants, mais d’interroger le système éducatif français qui reste dans les dernières places de l’OCDE, simplement pour apprendre à lire, écrire et compter.

Riposte Laïque : Quel est votre regard sur les choix proposés par différentes familles politiques pour lutter contre le chômage ? Par exemple, la réduction massive du temps de travail, les 32 heures vers les 28 heures, travailler moins pour travailler tous…

Jean-Louis Muller : Au premier abord, l’idée de travailler moins pour le partager avec les autres est très séduisante. Malheureusement, cette approche simpliste n’a encore jamais fonctionné à ce jour à grande échelle dans les pays riches. Hélas, l’emploi n’est pas un gâteau à se partager.
En tout état de cause, « On ne peut chausser tout le monde dans du 42 ! » la diminution du temps de travail ne peut être imposée à l’ensemble d’un pays, mais bien au cas par cas, entreprise par entreprise.
Une étude allemande a montré que près de 80 % des entreprises qui ont opté pour une diminution du temps de travail ont vu les salaires relativement régresser par rapport aux entreprises qui n’ont pas abaissé leur temps de travail.
Ne parlons même pas dans les hôpitaux français où les 35 heures ont créé des problèmes qu’ils ont encore le plus grand mal à traiter une vingtaine d’années plus tard.

Riposte Laïque : … ou la préférence nationale mise en avant par le Front national et quelques autres organisations dites nationalistes, ou patriotes…

Jean-Louis Muller : Première remarque : il n’est pas besoin d’être un expert de haut niveau pour comprendre que l’arrivée massive et anarchique de ressortissant du continent africain et du Moyen- Orient ne pourra continuer dans toute l’Europe. Il convient de tout mettre en œuvre pour réduire au maximum ce fléau si on veut éviter d’aller vers de graves tensions à l’intérieur de chaque pays d’Europe.
La seule dérogation possible, c’est de ne tolérer que de véritables réfugiés et l’accueil de personnes compétentes dans des métiers à forte tension sans regroupement familial,
Notons aussi que l’immigration massive pose aussi de gros problèmes aux pays d’origine qui ont consenti de gros efforts pour former chaque technicien.
Enfin, on ne peut ignorer que les places d’hébergement pour les sans-abris manquent cruellement dans la plupart des grandes métropoles françaises (à part pendant les courtes périodes de grand froid alors qu’un sans-abri a besoin d’être secouru et soutenu toute l’année).
Il est évident que les subventions dédiées aux nouveaux migrants ne peuvent servir une deuxième fois pour les personnes à la rue…

Riposte Laïque : ou le salaire universel, défendu par Benoît Hamon lors de la dernière élection présidentielle… 

Jean-Louis Muller :  Je ne suis pas passionné par cette proposition. Mon expérience me montre que la plupart des hommes ont besoin d’avoir un emploi pour avoir une place dans notre société.
Toutefois, l’arrivée massive de l’intelligence artificielle et du progrès technique en général risque de provoquer un grave cataclysme dans le marché du travail pour notre pays.
Par exemple, l’arrivée de l’ampoule électrique à la place de la lampe à pétrole a transféré des salariés de l’un à l’autre sans trop de casse à l’époque. Or, pour la première fois de notre histoire, il n’est pas certain que ce progrès technologique profite à beaucoup de travailleurs français du fait de notre retard pris en particulier face aux États-Unis et à l’Extrême-Orient.
Devant le risque de dégradation massive des emplois, surtout sur notre sol, il n’est pas exclu que nous soyons contrains de faire appel à un revenu universel d’ici quelques années en échange d’une contrepartie d’un travail « d’utilité sociale » modeste.

Riposte Laïque : ou la diminution massive du coût du travail, la baisse des charges sociales pour les employeurs, défendue plutôt par la droite, et mise en place par Donald Trump, avec des mesures protectionnistes ?

Jean-Louis Muller : La baisse réelle des charges sociales reste incontestablement une des meilleures solutions pour faciliter l’embauche des personnes au chômage, surtout quand nous fabriquons des produits accessibles à tout le monde si on veut être enfin compétitif face aux entreprises implantées dans un autre pays riche.
Encore faut-il que l’État se décide enfin :
– À diminuer concrètement ses dépenses pour le moins discutables et ses gaspillages français constatés par de plus en plus de fonctionnaires sincères. (Voir les nombreux rapports de la Cour des comptes à ce propos);
-À protéger réellement la France face aux pays ayant un coût de la main d’œuvre sans comparaison avec la nôtre.

Riposte Laïque : Quel est votre regard sur l’émergence de la révolte des Gilets jaunes, où on retrouve, sur les ronds-points, nombre de Français touchés par le chômage et la grande pauvreté ?

Jean-Louis Muller : Rappelons brièvement que ce mouvement des Gilets jaunes est parti au départ d’une révolte de la hausse des taxes « écologiques » sur les carburants qui sont venues couronner des décisions injustes sur l’automobile en général et qui sont venues pénaliser « le seul » moyen de transport pour une grande majorité de Français qui ne vivent pas dans le cœur des grandes métropoles.
C’est bien sur cette base-là que le mouvement a rencontré un tel succès sur l’ensemble de la France à la fin de l’année 2018.
Le problème, c’est que ce mouvement composé essentiellement de salariés, retraités, artisans et commerçants a été largement récupéré par des militants d’extrême gauche, c’est à dire de spécialistes de l’entrisme. Comme ce sont les grands défenseurs des taxes et des impôts, ils ne pouvaient que faire changer les revendications initiales des Gilets jaunes.

1- Effectivement, ces gauchistes voudraient toujours « faire payer les riches » alors que des études indépendantes montrent que ces riches sont de plus en plus nombreux à vivre plus de 6 mois et un jour hors de France, donc sans payer quasiment plus d’impôt dans l’hexagone
2- qu’en face, le salaire net de la médiane des Français ne dépasse pas 1 750 euros par mois et les 80 % des Français ne dépassent pas 2 250 euros en net.
Faire payer les riches, d’abord ça coûte cher et surtout ça reviendrait à toucher d’abord des classes moyennes de notre société sans apporter de réponses concrètes aux personnes les plus démunies.
Rappelons que l’histoire de France est truffée de révoltes fiscales qui ont débuté à partir de problèmes fiscaux et de taxes depuis la Révolution française jusqu’aux Bonnets rouges en Bretagne en 2014.
Pour quand les baisses des impôts et des taxes pour les Français ? Que l’État ne conserve que les dépenses régaliennes (police, justice, armée) et la solidarité pour les plus démunis, (mais au moins, qu’il le fasse bien) et qu’il ne se concentre qu’à un rôle de contrôle sérieux pour le reste.

Riposte Laïque : Souhaitez-vous ajouter quelque chose, Jean-Louis ?

Jean-Louis Muller :
Il faut marteler que le chômage de longue durée tue au minimum 10 000 personnes par an selon les travaux de Pierre Meneton de l’Inserm. Oui, vous avez bien compris !!
Ajoutons aussi que le chômage de longue durée représente 40 % des personnes sans emplois en France, soit un chiffre parmi les plus importants en Europe. Que dire alors des chômeurs de « très longue durée », (depuis plus de deux ans sans interruption) qui sont évalués à 750 000 personnes inscrites à Pole emploi.
– Enfin, les sans-abris souffrent quasiment tous d’un cumul de handicaps qui les conduit à un état de clochardisation dans les faits avec pour conséquence une espérance de vie de 42 ans, 43 ans en moyenne en maximum.
– En parallèle, la France reste encore la 5e ou 6e puissance économique mondiale et qu’elle bat tous les records des dépenses publiques et de dépenses sociales.
Cherchez l’erreur !

Propos recueillis par Pierre Cassen

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Notifiez de
Vince

Bonjour , notre rêve est d’ouvrir un commerce en France , mais tant que l’Etat se gave de cette façon indécente sur les petits commerçants et artisans en France , ce sera NIET !

Arthur 68

Il me semble que Jean-Louis Muller n’insiste pas assez sur l’énorme contribution négativede l’immigration de masse que subit la France depuis plus de 40 ans.

Même l’éducation nationale nationale est tirée vers le bas par cette catastrophe.

niula

Pour diminuer le chômage : diminuer la migration, diminuer les cotisations sociales, f baisser les impôts comme l’a fait Trump, offrir aux chômeurs une formation avec diplo^me d’État et non des stages bidons.

senechal

En observant bien le système économique français, depuis 50 ans un processus de d’arrêt des embauches s’est mis progressivement en place.
Depuis 35 / 40 ans un cycle jusque là inconnu s’est fait jour, il s’agit de la suppression d’emplois dans les entreprises avec parfois la suppression pure et simple de ces entreprises.
Puis on nous a enfumé avec les chocs pétroliers, puis ce fût au tour des défections bancaires.
Foutaises et enfumage!, pendant l’on installait à grand frais des ASSEDICS, des machins bidules pour amuser, des pays émergent avaient des taux de croissance à deux chiffres et les délocalisations d’entreprises tournaient à plein régime!.
Vous avez dit bizarre, comme c’est bizarre n’est ce pas?.

DUFAITREZ

Un seul mot dans ce flot de commentaires…
L’Assistanat nous tue ! Pourquoi travailler ?
Le diplôme inutile face à l’Apprentissage !
Seuls leviers !
Mais ça n’intéresse personne…

wika

Les 35 heures ont été un échec et n’ont pas redistribué le travail, parce que chez nous le travail est beaucoup trop taxé. Nous avons tous entendu des témoignages d’employeurs qui se refusent à embaucher à cause des charges, du code du travail contraignant et de la difficulté à se séparer d’un employé.
Par ailleurs, on s’est aperçu que le travail entraîne le travail par les salaires, les besoins qui augmentent et donc la consommation. La réduction aux 28 heures serait dangereuse.
Une solution qui serait peut-être efficace : renvoyer les nouveaux venus parasites que nous logeons et nourrissons à ne rien faire, parce qu’on s’aperçoit qu’une grande partie d’entre eux est inemployable

AFMC98000

La France est le seul pays de l’OCDE à conserver un taux très élevé de chômage qui ne régresse quasiment pas. Elle reste le mauvais élève qui n’arrive pas à suivre le reste de la classe. De bons exemples sont pourtant facile à suivre.
A croire que ça arrange nos gouvernants. Pourtant cette situation engendre une grande pauvreté et par conséquence la marginalisqtion des quartiers défavorisés, sa delinquance et le régal des islamistes. Ce chômage est une bombe dont la mèche est déjà allumée. Il semble que le gouvernement ne s’en rend pas compte.

AFMC98000

Je ne suis pas sorti ni de polytechnique ni de l’ENA et ce cela je l’ai compris depuis des décennies. L’Etat Français, depuis Mitterrand, tient à conserver ce taux de chômage pour entretenir ses électeurs de gauche, ceux qui pensent que la richesse des autres doit leur revenir.
D’autre part faire rentrer plus de 300 000 immigrés par an alimente le chômage et vide les caisses sociales. Sur le continent africain il circule l’idée que venir en France est le rêve de tous ceux qui voudraient vivre sans travailler, tellement les aides sociales sont généreuses.

Philippe

Heureusement que vous n’êtes pas sorti d’X ou de l’ENA. J’aurais eu un doute sur le sérieux de ces écoles.

AFMC98000

Philippe, je vois que vous ne volez pas bien haut, votre jugement est primaire. Votre message n’explique aucunement une argumentation quelconque. Vous n’appréciez pas que je critique la gestion calamiteuse d’idees gauchites depuis 40 ans. Le chomage est devenu endemique en france à cause de la gauche.

Petit Grégory

Un grand merci à Pierre Cassen de rappeler que, malgré ce qu’essaye de faire croire Marine Le PEN, l’extrême-droite, c’est d’abord la droite.

Parlervrai

C’est avec des réflexions comme celle-ci qu’on a élu macron.