Le complexe d’Orphée, de Jean-Claude Michéa

Le complexe d’Orphée de Jean-Claude Michéa est  un livre de haute  tenue qui se lit  facilement, on sent le professeur de  philo de lycée qui sait être clair sans jargon, heureux élèves, livre qui se lit aussi un peu comme un thriller, tellement il suscite un débat fécond sur le piège qui s’alourdit sur notre pays   sous nos yeux depuis  plus d’un siècle.

Il est amusant- de voir, qu’apparemment nullement traditionnaliste au sens habituel J.C. Michéa fait remonter  aux années 1900 le tournant qui a vu  le ralliement des « rouges, socialistes, communistes ,anarchistes à la  gauche républicaine, libérale et progressiste, ce qui a plombé notre pays  selon lui, parce que mettant de coté la grande tradition populaire et à l’époque ouvrière

C’est sur ce malentendu selon lui entre ceux qui aspiraient à une vie décente  et ceux qui  vouaient la France à un libéralisme sans cœur que se noue son analyse historique et qu’il nous dévoile les conséquences désastreuses pour notre pays, privé de ses racines traditionnelles  populaires qu’il tend à analyser  à la suite d’Orwell et  de son  concept de « Common Decency » à  mettre en valeur.

Bien sûr cette alliance entre une gauche raillée au libéralisme, s’est encore resserrée  sous  les années Mitterrand où la gauche boboïsante a définitivement ? conquis le champs culturel qui imprègne notre pays aujourd’hui , à savoir ce qu’il appelle d’une jolie formule le complexe d’Orphée, dont nous serions atteint qui interdit  tout regard sur notre passé au risque d’être déconsidéré- traité de réactionnaire- par la bienpensance –  ou sur un avant, qui serait diabolisé au profit  « d’ une  surenchère  mimétique et «  une fuite en  avant. », ce à quoi nous assistons médusés en ce moment même de la part des chantres  entre autre du mondialisme.

Par son attachement aux racines civilisatrices qui nous été transmises aussi  et surtout  dans les classes populaires, Jean-Claude Michéa  rejoint la fameuse phrase « de Bernard de Chartres au 11 siècle , nous sommes des  nains sur des épaules de géant «  Il rejoint, bien qu’il n’en parle pas, explicitement  les préoccupations sociales aussi bien du 19 siècle de ceux qui socialistes ou catholiques sociaux se désolaient de voir l’abandon où le peuple était laissé, privé de ses racines et voués à un avenir sans sens.,  les intuitions de Chesterton qu’il cite un peu .et plus proche de nous   de Murray qui a aussi su ridiculiser la boboïsation  croissante  On sent aussi  en filigrane et avouée  l’influence de Guy Debord et de sa critique de la société spectacle.

Donc, Jean-Claude Michéa s’appuie, et c’est la  partie la plus intéressante de son livre sur Orwell et son concept de «  Common decency »  massacrée par notre époque. Il nous livre alors  une analyse passionnante en spirale, avec d’abondantes notes  sur notre présent,   de l’inculture contemporaine  et de son nihilisme  diffusé par  la  bourgeoise libérales dans  nos écoles. Là on voit  bien qu’il est un homme de terrain, qui connait bien le lycée où il  enseigne la philosophie. Enfin un prof,  qui dénonçant la  misère de  notre école, creuse la question et ne se contente pas de dire «  Jules Ferry au secours, » mais plonge  au cœur du problème, une  société qui n’a plus  rien à transmettre  parce qu’elle a  a renié ses pierres  fondatrices, les raisons  qui la font vivre., que lui situe  un peu exclusivement dans la « Common decency , «  ce qu’il appelle un moment l’anarchisme tory ,  Là peut être il aurait pu encore creuser son analyse et voir aussi avec l’économiste  viennois,  Schumpeter que la société issue de la révolution libérale  a épuisé les  couches protectrices qui la  maintenaient en  état de vie,  et que le socle de tout enseignement est  une  ascèse spirituelle commune à tous ceux qui laïques ou non avaient  ce même souci., et partageaient ce secret depuis des siècles. (Les moines l’avaient depuis près de 16 siècles Peut être que  la pensée de Jean-Claude Michéa mériterait  d’être approfondie du coté du sacré.

 Mais il y a  aussi  chez lui une fine analyse des  anciennes  sociétés préindustrielles, et du contrat hobbesien, qui serait pour lui la matrice du libéralisme économique, qui nous envahit aujourd’hui. En creux, Jean-Claude Michéa est en recherche de médiations, qui permettraient à notre pays de continuer son histoire, à vivre, ce vouloir vivre ensemble  sans être voué à disparaître  par suite de  menaces que nous  connaissons hélas  bien,  ce qui rend sa lecture stimulante. Cet essai  invite donc  à un vrai dialogue, qui doit  s’approfondir et  qui pourrait  être aujourd’hui l’occasion de jeter une passerelle  entre ceux  qui à travers différentes traditions et sensibilités ont tenté  de toute bonne  foi de prendre ce chemin, et le tentent encore aujourd’hui, comme  on le pratique  à « Riposte laïque »

Henri Peter

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