Le coup de boule de Zidane mérite-t-il une statue de 5 mètres de haut ?

Les visiteurs parisiens auront droit, devant l’espace Beaubourg, jusqu’au 7 janvier prochain, à une statue de 5 mètres, représentant le célèbre coup de boule donné par Zidane, capitaine de l’équipe de France de football, en finale de la Coupe du monde de football, contre l’Italie, en 2006. Faut-il rappeler d’abord que donner un coup de tête à un adversaire est un acte inqualifiable, en football, quels que soient les propos tenus ? C’est carrément une faute professionnelle, quand on est capitaine de l’équipe de France, et que, durant la prolongation, alors que l’équipe d’Italie est en train de rompre, on brise l’élan de son équipe, la laissant jouer à dix contre onze. C’est enfin un message terrible envoyé à toute une jeunesse, de la part de celui qui, pour beaucoup, incarne la victoire de l’équipe de France, championne du monde sur ses terres, en 1998. Comment les éducateurs pourront-ils leur enseigner le respect de l’autre, quand le capitaine de l’équipe de France se conduit ainsi ?

Il faut se rappeler que même le journal « l’Equipe » avait été d’une rare sévérité avec Zidane, au lendemain de cette agression, et qu’il avait dû faire machine arrière, le capitaine de l’équipe de France ayant signé des contrats publicitaires – qui bénéficiaient pour certains au quotidien sportif – jusqu’en 2017. On a donc assisté, pendant les jours suivants, à un grand numéro sur le thème : « Il faut sauver le soldat Zidane ». Il fallait rendre sympathique aux yeux des Français celui qui s’était conduit comme une vulgaire racaille. Sos Racisme, jamais en retard d’un combat anti-raciste à deux balles, avait même demandé une enquête, car, selon les esprits pavloviens de ces gens-là, forcément, si Zinedine avait donné un coup de boule, c’est que l’Italien Matterazzi avait tenu des propos racistes. En fait, son adversaire avait osé parlé à Zidane… de sa sœur, et lui dire qu’il préférait sortir avec elle qu’avec lui… Crime de lèse-Zinedine, coup de boule !

L’artiste qui a décidé de consacrer, dans un style très soviétoïde, cette statue de 5 mètres de haut, que les Parisiens subiront pendant trois mois, se nomme Adel Abdessemed. A ceux qui pourraient s’étonner de la valorisation d’un acte violent, anti-sportif, dans une œuvre d’art, l’intellectuel de service, un nommé Philippe-Alain Michaud, commissaire de l’exposition, nous rassure. « Cette statue s’oppose à la tradition qui consiste à faire des statues en l’honneur de certaines victoires. Elle est une ode à la défaite. L’oeuvre d’Adel est souvent à double tiroir. Bien qu’elle reprenne un événement populaire connu de tous et immédiatement identifié, cette oeuvre est aussi une allusion à la tradition réaliste et aux fresques de Masaccio. Le regard de Zidane vers le sol nous rappelle celui d’Adam, chassé du paradis ».

Il fallait oser et le penser et le dire ! Mazette ! L’obscur  Adel qui détruit les valeurs mis sur le même plan que l’immense Masaccio, et le superbe Adam, ayant osé libérer l’homme de la toute-puissance divine, méditant sur la condition humaine, mis sur le même plan qu’un individu colérique et égocentrique… Il y a des gens qui ne doutent de rien. Heureusement pour eux que le ridicule ne tue plus ! Moi, avec mon regard d’occidental, forcément façonné par une culture coloniale et raciste, j’avais compris que l’artiste, d’origine algérienne lui-même, nous proposait un hymne à la transgression des lois par la diversité, voire un encouragement à la violence musulmane face aux dhimmis européens, et donc cette œuvre me choquait. Je découvre, ahuri, que ce serait une nouvelle version d’Adam chassé du paradis, tout simplement parce que, comme ce dernier,  Zidane regarde vers le sol en donnant son coup de boule – ce qui est la règle de ce coup, asséné de haut en bas, en principe. Cela change tout, bien évidemment.

J’attends donc avec impatience les prochaines statues  des Masaccio en herbe transformant les coups bas, les lâchetés et la violence gratuite en mythes de l’humanité. En mythe ? Que dis-je ! En modèle…

Le football nous offre nombre de possibilités. Par exemple, celui que l’Angleterre appelle le « bad boy », Joey Barton, transféré récemment à Marseille, pour ce tacle aux clavicules de son adversaire, ne mériterait-il pas, pour cette action, une statue de 7 mètres de haut, devant le stade vélodrome de Marseille ? Lui aussi, quand il découpe son adversaire, il regarde vers le sol, tel Adam chassé du paradis, et comme il sera expulsé, c’est une ode à la défaite…

http://www.dailymotion.com/video/xkb0hx_joey-barton-le-bad-boy-de-newcastle_sport

Pourquoi pas une statue à Zlatan Ibrahimovic, la nouvelle star du Paris Saint-Germain qatarisé, qui s’amuse à donner des coups de pieds dans la tête de ses partenaires, à l’entraînement, ou bien à multiplier les embrouilles dans les matches, les choix ne manqueraient pas, pour une statue de 10 mètres de haut, devant le Parc des Princes

http://www.youtube.com/watch?v=4MbEsP3ZA6c&feature=player_embedded#!

Mais on peut également remonter plus loin, et commémorer les actes délictueux d’autres grandes vedettes du football.

Maradona le tricheur, et sa célèbre main de Dieu, une statue à Buenos Aires…

http://www.dailymotion.com/video/x17chz_maradona-la-main-de-dieu_sport

Cantona, et son célèbre kung fu, une statue à Manchester…

http://www.dailymotion.com/video/k4z90Eujr1ymat1yuq

Roy Keane et ses tacles assassins, une statue à Manchester, en face de celle de Cantona….

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=jzEGkmY-Vio

L’inévitable Ribery qui manque de casser la jambe à un joueur lyonnais, et paraît surpris de se faire virer, une statue à Munich…

http://www.dailymotion.com/video/xd1hml_franck-ribery-carton-rouge-vs-lyon_sport

Le Hollandais De Jong qui, lui, réussit à casser la jambe de Ben Arfa, une statue à Amsterdam…

http://www.videoblessure.com/football/ben-arfa.html

Sans oublier l’inoubliable agression de Battiston par Schumacher, une statue à Berlin…

http://www.youtube.com/watch?v=coSfMSUSVPI

On remarquera que les vrais grands joueurs qui ont marqué l’histoire du football, je veux parler des Pelé, Di Stefano, Cruyff, Beckenbauer et Platini, ont su allier leur immense talent à un comportement toujours exemplaire sur le terrain, cela s’appelle la classe.

Ils n’auront donc jamais de statue, de la part du dénommé Adel Abdessemed.

Au train où ils vont, d’autres Philippe-Alain Michaud ne seraient-ils pas capables d’encenser un ignoble fou qui ferait la statue, à Toulouse, du monstrueux Merah abattu au motif que ce serait une ode à la défaite ?

Aberrant ? Oui mais dans ce pays où à chaque jour davantage l’impression de marcher sur la tête, faudrait-il s’en étonner ?

Pierre Cassen

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