Le débat Cassen-Ramadan m’a rendue encore plus inquiète pour l’avenir de la Suisse

Publié le 6 octobre 2013 - par - 2 215 vues
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Il est vrai qu’un débat comme celui de Montreux, où chacun a pu exprimer ses convictions sans que jamais l’affrontement des idées ne dégénère, est exceptionnel. Et d’autant plus dans une salle largement dominée par ceux qui sont convaincus d’être les victimes absolues de notre « haine ».  Peut-être l’absence de banlieues islamisées explique-t-elle en partie une violence infiniment plus faible qu’en France. De plus, l’ascenseur social fonctionne bien et le chômage est à 3%. Enfin, ce pays est si beau! Je crois donc vraiment que les déclarations entendues sur le thème « J’aime la Suisse » sont sincères.

Je retiens de cette soirée une plus grande compréhension de la manière de ressentir leur religion par ces musulmans. Une compréhension qui m’a déprimée davantage encore à leur sujet.

Ce ne sont pas les propos de Hani Ramadan qui sont en cause. Il manie parfaitement le mensonge et la provocation et sait avec aisance nous jeter ses exigences à la figure au nom des valeurs qu’il rejette. Grâce à l’intelligence et à la maestria de Pierre Cassen, ce discours exclusivement manipulateur a été largement démonté. Quant à Blancho, considéré comme le leader le plus extrémiste de Suisse, il rode un discours exclusivement victimaire, tentant de gommer toute idée qui pourrait choquer.

Mon désespoir vient de ce que j’ai entendu de la part des croyants du public, dont de nombreuses jeunes filles voilées.

J’avoue avoir cru jusqu’ici que la plupart des musulmans suisses, dont ces jeunes filles souvent nées dans notre pays, soutenaient la burqa davantage comme un pion de plus à avancer pour imposer leur religion que comme un habit qui pourrait les tenter. Ce qui m’a surprise, c’est de constater jeudi que la burqa était pour elles un vêtement islamique tout à fait naturel. Je porte le voile, tu portes le niqab, ma soeur la burqa, nous sommes toutes sœurs et en route pour le paradis… Inch Allah.

Ce qui m’a pétrifiée, c’est leur réponse à la question: y a-t-il parmi vous des filles qui porteraient la burqa si elle était tout à fait acceptée (y compris au travail) ? Au moins trois ont acquiescé et d’autres donnaient l’impression d’être tentées.  Aucune ne semble avoir été choquée.

Pour ces jeunes filles, la burqa et ses clones ne sont en aucun cas le signe de l’absence de droits des femmes dans les pays ou ils sont portés (abbaya en Arabie saoudite et au Yémen, burqa en Afghanistan, tchador en Iran… niqab en croissance constante dans de nombreux  pays, parallèlement à l’islam radical (Egypte, Maroc, Malaisie, Yémen, etc.)

Deuxième constat de cette soirée, mais celui-ci est une confirmation  : il est impossible à une très grande majorité des disciples de Mahomet de reconnaître le moindre problème, non seulement de leurs textes, mais aussi de la réalité actuelle de l’islam. Ainsi, lorsque Soumia Khaled, Vaudoise d’origine marocaine, non voilée et non pratiquante (mais croyante) explique qu’elle subit des actes d’intolérance croissants en Suisse de même qu’au Maroc (parallèlement à l’augmentation des niqabs), ses « sœurs » manifestent immédiatement plus que des doutes. L’une d’elles apporte même la preuve de la mauvaise foi de Soumia par le fait qu’elle-même, qui se rend souvent aussi au Maroc, n’a absolument pas observé ce phénomène.

Mêmes dénégations lorsqu’un participant qui a sillonné il y a 30 ans de nombreux pays islamiques affirme que voiles et niqabs étaient infiniment plus rares.  Il a mal vu, comme tous ceux qui ont constaté cette ouverture de l’islam et une émancipation des femmes pleine de promesses durant deux tiers du XXe siècle.

Face à un tel degré de cécité (volontaire ou non), il devient impossible d’imaginer le moindre rapprochement entre la foi obstinée de cette pieuse communauté et les valeurs d’ouverture et de liberté de ceux qui représentent encore une large majorité des citoyens.

Cette foi de combat, sans concession, cette conviction d’avoir le droit de porter ses signes et de pratiquer ses rites dans tous les secteurs de la société, cette impossibilité de renoncer à la moindre revendication pour témoigner d’un début de volonté de se rapprocher de la population majoritaire promet encore, en Suisse comme ailleurs, des lendemains cuisants.

Mireille Vallette

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