Le débat sur l’islam sera-t-il jugé aussi « nauséeux » que celui sur l’identité nationale ?

Publié le 28 février 2011 - par - 633 vues
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Anne Sinclair (1) et Patrick Devedjian (2) sont contre un débat sur l’islam. On les comprend : il ne peut y avoir de débat que de ce qui pose problème, et l’islam ne pose aucun problème ! Jean-Luc Mélenchon l’a déjà dit, et beaucoup d’autres suivront, car il est plus seyant de dire du bien que du mal, surtout si ce mal nous fait aller sur les brisées de Marine Le Pen.

L’islam est donc une religion de miséricorde et de paix, et l’on ne voit pas pourquoi toujours plus de miséricorde et de paix serait problématique, vu que la miséricorde et la paix sont des valeurs nobles, et que leur «toujours plus» nous est à la fois garanti par les vertus de l’immigration musulmane et par un islam qui ne veut que l’islam. Bref, nous allons vers des lendemains miséricordieux et pacifiques, ce qu’aucune politique n’a jamais réussi à faire. Vive donc l’islam en France, et que meure le contraire, c’est-à-dire la cruauté et la guerre !

Mais si l’islam est de miséricorde et de paix, pourquoi valorisons-nous l’islam «modéré» ? Quel sens y a-t-il à modérer des valeurs universalisables sans contradiction ? Pourquoi distinguons-nous l’islam «en France» et l’islam «de France» ? Pourquoi combattons-nous l’islamisme, qui n’est jamais que l’application fidèle de l’islam ? Pourquoi redoutons-nous que les révolutions tunisienne, égyptienne et libyenne n’accouchent d’un pouvoir islamique ? Pourquoi surveillons-nous tel ou tel prêcheur qui officie dans nos mosquées ? Pourquoi nous méfions-nous du Tabligh, des Frères musulmans ou des réseaux salafistes présents sur notre sol ? Que valent donc cette miséricorde et cette paix si tant d’efforts s’en défient ?

La réponse est simple : elles ne valent que ce que vaut l’islam – qui n’accorde sa miséricorde qu’au converti, et sa paix qu’après avoir vaincu ! Or, l’islam est patient : sa temporalité, c’est l’éternité de la Parole d’Allah. D’où la progression lente, mais sûre, des revendications musulmanes, que notre principe de tolérance encourage largement. Ainsi de la construction de lieux de prières, d’écoles coraniques, de bibliothèques islamiques… Ainsi de la multiplication des djellabas, des hidjabs et des niqabs. Ainsi du halal et du «sans-porc». Ainsi de la non-mixité entre hommes et femmes – puis entre musulmans et non musulmans, comme il se voit désormais dans les quartiers islamisés, où les non-musulmans subissent des menaces telles qu’ils n’ont d’autre choix que la fuite !

En effet, qui, dans ces quartiers-là, peut s’offrir le luxe de sortir le soir, notamment à pied et seul, sans crainte aucune ? Qui peut attendre tranquillement le bus ou le tramway, passé 20 heures ? Qui donc peut se sentir «chez lui» dans de pareilles conditions ? Et comment de pareilles conditions ne feraient-elles point l’objet d’un débat national ? N’est-ce pas la nation qui est ici touchée ? N’est-il pas étonnant que soudain, en France, s’élèvent des voix pour demander la révision des pratiques sportives ou médicales suivant le sexe de l’intéressé ? N’est-il pas surprenant qu’une photo d’identité, une leçon d’auto-école, une cantine scolaire ou une manipulation de produits alcoolisés puissent poser problème parce que telle personne refuse d’ôter son voile ou que telle autre entend rester pure ? Que signifient ces faits sinon que notre propre culture est en train de se modifier de l’intérieur ? Le communautarisme musulman ne serait-il qu’une illusion ? Quel homme politique peut aujourd’hui se dire à l’abri de toute pression islamique ? Faut-il ouvrir le dossier du financement des mosquées ? Faut-il ouvrir celui de la finance islamique ou des tribunaux de même nom ? Faut-il ouvrir celui du halal ? Faut-il ouvrir celui des villes à majorité musulmane et de celles qui sont en passe de le devenir ?

Qui joue «avec le feu», pour reprendre le mot d’Anne Sinclair : ceux qui osent enfin un débat sur l’islam, ou ceux qui tremblent à l’idée de remuer «cette trouble marmite» ? Où est donc «le bon équilibre» dont parle Patrick Devedjian ? Dans le déséquilibre des «accommodements raisonnables», ou dans le strict respect des lois de la République ? Quand donc nos hommes politiques auront-ils l’honnêteté de reconnaître l’évidence d’une avancée musulmane arc-boutée sur des valeurs anti-occidentales au coeur même de l’Occident ? Savent-ils au moins que les valeurs ont toujours le visage de la culture qui les prône ? Savent-ils que la miséricorde et la paix ne sauraient faire exception ?

Maurice Vidal

(1) « Voici qu’après les malheureuses tentatives pour affoler les esprits sur l’identité nationale, après la loi sur la burqa, les dérapages sur les Roms, on nous annonce de toute urgence un débat national sur l’Islam. Un débat ? Sur religion et démocratie ? Sur le futur des pays en développement ? Sur les inégalités nord-sud ? Sur cette Europe de la Méditerranée qui n’aura pas duré plus que le temps d’un colloque ? Ou plutôt, n’est-ce pas, comme d’habitude, la volonté d’agiter les peurs en espérant dégonfler l’extrême droite et ressouder une droite déboussolée devant les alarmes des Français devant les inégalités inacceptables, le chômage omniprésent, l’école en déroute, la santé en panne, l’Europe toute entière en crise. Et après tout le fracas qui a déjà eu lieu, quel résultat ? Marine Le Pen à 20% dans les sondages. Belle réussite ! Certains à droite comme Alain Juppé s’émeuvent à juste titre devant la perspective de remuer encore une fois cette trouble marmite. Ca s’appelle en effet jouer avec le feu… ».

Source : Blog d’Anne Sinclair

(2) « La France assure la liberté de culte, ce que malheureusement de nombreux pays musulmans interdisent, elle le fait avec son histoire, et trouve petit à petit le bon équilibre : prêts de salles, baux emphytéotiques pour la construction de mosquées, carrés musulmans, viande sans porc dans les cantines scolaires, constitution du Conseil Français du Culte Musulman… La religion musulmane trouve sa place dans la laïcité à la française et nous nous en félicitons tous à commencer par la grande majorité des musulmans français ».

Source : Patrick Devedjian

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