Le discours de Dominique Strauss-Kahn ne m’a pas convaincue !

Publié le 26 septembre 2011 - par
Share

Dimanche 18 septembre 2011. Bien que n’étant pas du tout fan du journal télévisé de Claire Chazal, je m’apprête pourtant, exceptionnellement, à suivre le 20h00 de TF1 et particulièrement l’interview de Dominique Strauss-Kahn annoncée depuis déjà plusieurs jours dans tous les médias, un peu comme si la France accueillait un homme qui aurait sauvé l’honneur de la France à la suite d’un combat particulièrement périlleux pour son avenir. Je n’ai pas été déçue du résultat de l’interview. Pourquoi l’aurais-je été puisque je ne m’attendais à rien d’exceptionnellement neuf venant de Dominique Strauss-Kahn ? Alors, me répondrez-vous, pourquoi l’avoir toutefois écouté ? Je vais vous dire : entre l’épisode Nafissatou Diallo en mai 2011 et le retour de Dominique Strauss-Kahn à Paris en septembre 2011, je découvris l’Affaire Banon. Bien que je lise beaucoup, j’avoue avec une certaine franchise empreinte néanmoins d’un certain embarras, n’avoir jamais entendu parler de Tristane Banon avant le mois de juin 2011. Sans doute n’ai-je jamais vraiment été une auditrice assidue des émissions animées par Thierry Ardisson chez qui Tristane Banon s’était exprimée dès 2007. Sans doute était-ce une erreur de ma part car si Thierry Ardisson est connu pour son ton blessant, sa manière acerbe de rabaisser parfois ses invités, ses réflexions à répétition trop fréquemment situées au-dessous du niveau de la ceinture, je ne nie pas pour autant son indéniable talent lorsqu’il s’agissait de commémorer le soixantième anniversaire du Débarquement (2004) ou de présenter, également en duo avec Michel Drucker, « Le Plus grand Français de tous les temps » (2005). Cette courte parenthèse refermée, revenons à l’Affaire Banon.

Je me souviens avoir prêté une attention particulière au nom de Tristane Banon au début du mois de juillet 2011, après que son avocat David Koubbi  ait annoncé qu’une  plainte serait déposée contre Dominique Strauss-Kahn. Curieusement, ce n’est pas cette plainte qui m’a directement conduite à me pencher sur l’histoire de Mlle Banon. Non pas que je sous-estimais la tentative de viol dont Mlle Banon affirme avoir été victime. En aucun cas : je considère en effet qu’il faudra tôt ou tard briser, en France, certains tabous dont celui du viol et cesser, de fait, de considérer encore les femmes comme de vulgaires paillassons sur lesquels certains hommes pourraient s’essuyer les pieds à volonté. Simplement, concernant Tristane Banon, je partais du principe que personne n’était, en dehors de Dominique Strauss-Kahn et d’elle-même, présent dans cet appartement parisien pour apporter la moindre preuve de ce qui s’était réellement passé d’une part ; je me disais, d’autre part, que les faits datant du mois de février 2003, elle rencontrerait énormément de difficultés pour prouver son accusation. Maintenant, je ne connais pas la nature des pièces jointes au dossier mais j’imagine qu’elles sont suffisamment nombreuses et en tout état de cause fiables pour que le Parquet de Paris ait finalement décidé de déclencher la machine judiciaire.

Puis, l’Affaire Strauss-Kahn/ Nafissatou Diallo/ Tristane Banon a occupé peu à peu une grande partie de l’espace médiatique estival. Intriguée, je me penche alors sur le chemin de vie et l’histoire personnelle de Tristane Banon. Je lis ses livres. Je découvre aussi, non sans effroi, ce qui se dit et s’écrit à son sujet sur le Net où elle est régulièrement qualifiée de jeune femme « fragile psychologiquement », « manipulée », « instable ». Rien que çà ! Et là, je me dis : « Pourquoi s’acharner autant sur Tristane Banon, au point de la faire passer  pour une personne, si j’en crois les termes de « manipulée » ou d’ »instable » qui ne serait, en fin de compte, pas tout à fait responsable de ses actes ou de ses paroles ? Un peu facile, non ? Et puis je me méfie de ce genre de ficelle un peu trop énorme pour être crédible : voici en effet une plainte déposée contre un homme politiquement puissant, une plainte qui semble, au passage, déranger pas mal de monde et hop, la plaignante est immédiatement gravement diffamée ! Comment expliquer que la procédure engagée à l’encontre de Strauss-Kahn par Tristane Banon qui a certes évolué dans un milieu politique mais qui, en ce qui la concerne, n’en fait pas et se contente d’être écrivain, déclenche de telles passions, un tel déferlement de haine à son sujet ? » C’est essentiellement parce que je n’ai pas systématiquement trouvé de réponse à toutes mes précédentes questions que j’ai décidé d’écouter l’intervention de Dominique Strauss-Kahn, le 18.09.11 sur TF1. Et là, stupéfaction de ma part, que déclare Dominique Strauss-Kahn au sujet de Tristane Banon ? Je cite les propos exacts de Dominique Strauss-Kahn afin qu’il n’y ait de confusion dans l’esprit d’aucun de nos lecteurs : « La version qui a été présentée est une version imaginaire et calomnieuse. J’ai d’ailleurs déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse. Mais c’est une affaire en cours, donc je ne la commenterai pas plus. » Dans l’instant, j’ai été choquée d’entendre Dominique Strauss-Kahn qualifier la version de Tristane Banon d’ »imaginaire ». Ce qui est sous-entendu là est, en effet, de mon point de vue, très grave. Car, à bien y réfléchir, que devaient entendre dans un premier temps, comprendre ensuite, de quoi devaient se persuader enfin les nombreux Français présents, à ce moment précis, devant leur poste de télévision ? Que Tristane Banon serait une « menteuse » ? Qu’elle ne serait capable que de tenir des discours imaginaires et donc qu’elle serait quoi ? Au pire « folle » ? Au moins pire, si j’ose dire, une « nymphomane » ? Que fallait-il précisément déduire de cette petite phrase, aux effets assurément destructeurs, de Dominique Strauss-Kahn ? Le seul souci dans cette affaire, c’est que le fait d’affirmer que Tristane Banon aurait livré une version imaginaire ne suffit pas, à soi seul, à prouver que ladite version est authentiquement imaginaire. Dominique Strauss-Kahn n’apporte, sur ce point, à aucun moment la preuve du caractère présumé imaginaire de la version de Tristane Banon.

Second point, lui aussi très préoccupant à mon sens : la négation de l’identité de Tristane Banon. Dominique Strauss-Kahn ne cite, à aucun moment non plus, ni  son nom ni son prénom. En fait, il en parle alors comme s’il parlait d’un fantôme, voire d’une personne déjà morte. Quel « crime » Tristane Banon aurait-elle donc commis pour mériter la négation de sa propre identité ?

A ce moment précis, je me dis : « Non, la vindicte qui accompagne cette jeune femme, tout ça est d’une violence incroyablement disproportionnée. Il y a quelque chose qui ne colle pas dans les discours de Strauss-Kahn. » On peut en effet détester, parfois même haïr une personne mais rien ne justifie pour autant de nier, me semble-t-il, l’identité de cette même personne. Je repense alors aux paroles de Thierry Ardisson au sujet de Dominique Strauss-Kahn lors de l’émission diffusée sur la chaîne Paris Première, en février 2007 avec Tristane Banon : « Non mais c’est vrai, on le sait, il est obsédé par les gonzes. » Je rappelle juste, au passage d’ailleurs, qu’étaient présents à cette émission rien moins que Jacques Séguéla, Thierry Saussez, Jean-Michel Aphatie, Roger Hanin, Gérald Dahan, Claude Askolovitch, Hedwige Chevrillon. Non seulement, du moins dans l’extrait qui circule sur la Toile, aucun de ces invités ne conteste la version de Tristane Banon mais mieux encore, Roger Hanin aura ce commentaire que je laisse à l’appréciation de chacun après que Mlle Banon ait précisé que Dominique Strauss-Kahn avait « dégrafé son (mon) soutien-gorge » puis « essayé d’ouvrir son (mon) jeans » : « Tu vois, ça, c’est la connerie générale ; s’il fait ça, il peut faire n’importe quoi. » A ce moment précis, personne ne contredit, là non plus, Roger Hanin. Dans ces circonstances, comment comprendre qu’aucune des personnes présentes à cette émission n’ait relayé massivement dans la presse nationale, depuis 2007 et donc depuis pas moins de quatre ans, la scène de tentative de viol rapportée par Tristane Banon ? C’est d’autant plus incompréhensible que dans l’émission précédemment citée, aucun des convives ne s’étonne que Dominique Strauss-Kahn puisse avoir eu, aux dires de Tristane Banon, des rapports apparemment violents avec les femmes. En tout cas, aucun des convives ne conteste ouvertement et verbalement la version des faits telle qu’elle est donnée par Tristane Banon en 2007. J’en déduis donc logiquement qu’aucune des personnes présentes autour de la table en ce mois de février 2007 dans l’émission animée par Thierry Ardisson sur la chaîne Paris Première, ne pensait un seul instant que la version de Tristane Banon aurait été « imaginaire ». Dans le cas inverse, j’imagine aisément qu’au moins un des convives présents autour de cette table aurait immédiatement lancé le débat en exprimant publiquement des doutes au sujet de la version initiale de Tristane Banon. Quant à Dominique Strauss-Kahn, personne ne pourra croire qu’il n’avait pas eu connaissance, dès 2007, des déclarations de Tristane Banon faites au cours de cette émission, même si son nom avait été effacé à l’enregistrement. Pourquoi n’a-t-il donc pas déposé une plainte, dès 2007, pour dénonciation calomnieuse à l’encontre de Tristane Banon ? Pourquoi avoir attendu que l’Affaire Banon ne resurgisse, quatre ans plus tard et dans les circonstances que l’on sait, à savoir non pas à la suite de nouvelles affirmations de Mlle Banon mais après l’épisode  new-yorkais du 14 mai 2011 survenu dans la suite 2806 du Sofitel, et donc à la suite d’un épisode indépendant de Mlle Banon ? A ma connaissance, en effet, Mlle Banon et Nafissatou Diallo ne se connaissaient pas à la date du 14 mai 2011. Se connaissent-elles d’ailleurs aujourd’hui ? Je l’ignore.

Enfin, à l’aune des derniers rebondissements de cette affaire, pourquoi Tristane Banon aurait-elle pris le risque de réclamer une confrontation avec Dominique Strauss-Kahn si elle « mentait » ? Confrontation qui aurait dû, en vérité, être demandée par Dominique Strauss-Kahn lui-même s’il était aussi persuadé qu’il le prétend du caractère « imaginaire » de la version de Tristane Banon. Confrontation dont je me félicite, au demeurant, que le Parquet de Paris l’ait jugée recevable. Je ne suis pas certaine, en effet, que l’institution judiciaire réponde toujours d’une part, réponde toujours favorablement d’autre part, aux demandes d’organisation de confrontation dans toutes les affaires portées devant la justice française.

A la lumière de ces faits que je viens d’analyser, j’en suis arrivée à me forger une opinion assez proche de celle des journalistes Audrey Pulvar et Natacha Polony sur l’Affaire Strauss-Kahn/Banon, en particulier lorsque Natacha Polony s’avançait en ces termes : « Il nous prouve tout simplement que la communication politique est en train de tuer la politique et qu’il aurait été le candidat idéal pour ce genre de dérives. Dans un sens, j’étais persuadée avant que ce n’était pas un bon candidat. Chaque jour me donne raison. »

Certes, ces deux journalistes avaient exprimé leurs points de vue respectifs quelques jours avant l’interview de Dominique Strauss-Kahn. Il faut donc resituer les propos d’Audrey Pulvar dans le contexte de l’époque, ne sachant pas ce que Strauss-Kahn allait exactement déclarer. Mais lorsque Audrey Pulvar s’exprime en ces termes « Il va nous dire Tristane Banon est une affabulatrice, ça ne changera rien. Il va parler de ces deux affaires sans en parler vraiment », il faut reconnaître, très objectivement, qu’elle n’était pas très éloignée de ce qui s’est passé sur le plateau de TF1 ! Car au fond, à y regarder de plus près, Dominique Strauss-Kahn a expédié le « dossier Banon » en l’espace de quelques phrases, dont certaines très courtes. En revanche, sur le dossier Nafissatou Diallo, je suis plus nuancée qu’Audrey Pulvar en ce sens que nous avons découvert un Dominique Strauss-Kahn qui, en réalité, a abordé le sujet mais sous un angle pour le moins très personnel, saisissant à plusieurs reprises et d’un geste nerveux, voire excédé, le rapport du Procureur Cyrus Vance, de surcroît en donnant des interprétations de ce rapport qui ne correspondent pas toujours exactement à la réalité de ce qui y est écrit. Par exemple, Dominique Strauss-Kahn  affirmait ce 18.09.11 :  » Le rapport du procureur dit quoi ? Il dit que Nafissatou Diallo a menti sur tout. Pas seulement sur son passé, cela n’a pas beaucoup d’importance. Elle a menti sur les faits. Il dit, ce rapport, c’est écrit dedans, elle a présenté tellement de versions différentes de ce qui s’est passé que je ne peux plus en croire un mot. …. Toute cette histoire qu’elle a raconté est un mensonge. » Or, le rapport du procureur ne dit pas du tout que Nafissatou Diallo a menti « sur tout ». Certes, le rapport du procureur Vance insiste sur les mensonges réels de Nafissatou Diallo. Mais il aurait fallu que Monsieur Strauss-Kahn précisât que les mensonges de Nafissatou Diallo auxquels fait référence le procureur Vance concernent des faits antérieurs ou extérieurs à ceux pour lesquels il avait été inculpé le 14 mai 2011, autrement dit des faits qui n’étaient pas directement liés à l’affaire du Sofitel en elle-même. Ainsi, le rapport du procureur tire la conclusion que les mensonges de Nafissatou Diallo « nous empêchent de donner foi à sa version des faits au-delà de tout doute raisonnable, quelle que soit la réalité de ce qui s’est passé entre elle et l’accusé. » Retenez bien ce détail : « quelle que soit la réalité de ce qui s’est passé entre elle et l’accusé. » Le procureur ne dit, à aucun moment, ce qui s’est réellement passé dans la suite 2806 su Sofitel à New York. En d’autres termes, le procureur Vance ne se prononce pas ici sur la nature de l’acte. Il ne nous apprend donc pas, probablement faute de preuves, si l’acte a été contraint ou consenti. D’où le non-lieu qui a été rendu en vérité mais ce non-lieu n’accuse ni ne disculpe Dominique Strauss-Kahn dans cette affaire. Autrement dit et contrairement à ce que clamait, très sûr de lui, Olivier Mazerolle ce même dimanche soir sur BFM-TV et devant Anne Mansouret, mère de Tristane Banon, ce non-lieu n’équivaut pas d’office « à un blanchiment de Dominique Strauss-Kahn. » Et c’est bien le drame du volet  new-yorkais dans le dossier Strauss-Kahn. Quelle que soit l’opinion de chacun sur cette affaire, le doute subsistera toujours sur la nature de l’acte : était-il consenti ou contraint ? Le 18.09.11, Dominique Strauss-Kahn annonce une relation tarifée mais, là encore, le dire ne constitue pas la preuve que cette relation était réellement consentie.

A ce jour, personne, en vérité ne sait, en dehors de Nafissatou Diallo et de Dominique Strauss-Kahn, ce qui s’est véritablement passé entre cette femme et cet homme, dans cette suite du Sofitel à New York. Et dans ce domaine, il faut avoir également l’honnêteté de reconnaître que l’embarras pour ne pas dire le malaise profond que semble avoir généré cette affaire non seulement au Parti socialiste mais, d’une manière générale, également dans l’ensemble de la classe politique française, n’est pas de nature à plaider en faveur de Dominique Strauss-Kahn. Jeudi dernier encore sur I-Télé, Madame Royal qui avait tellement mis en avant, dès les premières heures de l’arrestation de Dominique Strauss-Kahn, le droit au respect de la présomption d’innocence, ne souhaitait désormais plus se prononcer sur cette affaire …. Étrange, non ?

Vient alors, dans une troisième scène, le volet économique de l’interview de Claire Chazal, ce dimanche 18 septembre au 20h00 de TF1. Mais voilà, avant même de l’écouter aborder le chapitre économique, nous connaissions déjà la teneur du discours de l’ultime scène de l’acte unique de cette pièce de théâtre : non, Strauss-Kahn n’est pas le nouveau De Gaulle, pas même un De Gaulle « de gauche » puisqu’il paraît que Strauss-Kahn est socialiste. Sur ce point, je continue de croire que la stratégie politique du Parti socialiste était, de toute façon et contrairement à ce qu’une bonne majorité de l’appareil socialiste prétendait d’ores-et-déjà haut et fort, vouée à l’échec en faisant de l’ancien président du Fonds Monétaire International sa nouvelle égérie politique  contemporaine. Bien, chacun l’aura compris, Strauss-Kahn ne serait jamais parvenu à incarner, même avec la meilleure volonté du monde, un Blum ou un Mendès France. Bref, un de ces hommes politiques qui avaient la capacité non seulement de changer la société par un projet politique dont les plus fragiles avaient la conviction puis la garantie qu’il leur apporterait un mieux vivre, un mieux être, un espoir d’avenir en vue d’offrir un avenir meilleur pour leurs enfants.

Aujourd’hui, non seulement les pauvres s’appauvrissent un peu plus chaque jour, y compris les classes moyennes qui n’étaient pas forcément les plus exposées à la crise économique que l’on connaît. Et parallèlement, les plus riches s’enrichissent également un peu plus chaque jour.

Malheureusement, ce que je pressentais depuis des mois et des mois sur l’erreur magistrale qu’allait commettre le Parti socialiste, bien avant l’affaire qui a éclaté aux yeux du monde entier le 14 mai 2011, en voyant en Strauss-Kahn son leader idéal, s’est avéré exact ce dimanche soir 18.09.11. Strauss-Kahn s’est-il seulement préoccupé de l’appauvrissement de la France ? Non ! Au lieu de cela, que nous propose-t-il ? Accrochez-vous bien, il nous parle de l’euro, encore de l’euro et toujours de l’euro …. Mais non, à entendre Dominique Strauss-Kahn l’affirme, l’euro n’est pas mort. Enfin, du moins pas encore. Comprenez, « les banques ne sont pas prêtes de rendre l’âme de si tôt ». Ou plus exactement, soyons très rigoureux, Dominique Strauss-Kahn introduit son cours par une énormité en répondant de la sorte à la question « Est-ce que, selon vous, l’euro est en difficulté ? » : « Non, je ne crois pas que l’euro soit en difficulté mais je crois que la situation est très sérieuse. » D’emblée, on voit mal comment l’euro ne pourrait être en difficulté tout en étant pris dans le tourbillon d’ »une situation très sérieuse » ! Et comme tout le reste ou presque fut de cet acabit, chacun comprendra que je refuse de perdre mon temps à en commenter chacun des points suivants.

Quoi qu’il en soit, c’est être complètement à côté de la plaque que de s’adresser en ces termes au peuple français, un dimanche soir et à une heure de grande écoute. Pourquoi ? Pour la simple raison que les sans emploi, les salariés qui survivent avec un temps partiel, les ouvriers, les femmes ou les hommes qui élèvent seuls des enfants, les infirmières, les éducateurs, veulent que vous leur expliquiez comment vous allez remettre la France au travail pour ceux, jeunes ou pas, qui n’en ont pas ou qui ne peuvent pas vivre de leur temps partiel d’une part ; de savoir d’autre part comment vous allez remplir le porte-monnaie de ceux qui ont un emploi mais qui voient leur pouvoir d’achat et plus globalement leur niveau de vie se dégrader chaque jour un peu plus. On ne compte, en effet, plus le nombre de ménages français dont le compte est à sec dès le 15 du mois !

J’ignore si la stratosphère  new-yorkaise a éloigné Dominique Strauss-Kahn des réalités socio-économiques françaises au point de ne plus lui permettre de se rendre compte que l’immense majorité des Français n’en avait, en vérité, strictement rien à faire de son cours d’économie donné sur TF1 ce soir là. Ce que 90% des Français veulent, ce ne sont pas des leçons d’économie mais des réponses à la crise économique gravissime que traverse la France et l’Europe et donc des réponses concrètes à leurs problèmes quotidiens. Ne pas le comprendre, c’est alimenter chaque jour un peu plus la soupe des populismes. De tous les populismes, qu’ils soient de droite ou de gauche.

Finalement, je crois que dans le cadre des primaires socialistes, si l’Affaire Strauss-Kahn est actuellement vécue de manière éprouvante pour Tristane Banon, elle aura, à l’inverse et contre toute attente, rendu un immense service au Parti socialiste. Car au fond, aurait-on prêté une oreille aussi attentive à tous les candidats  dans le cadre de l’organisation de la primaire socialiste si Dominique Strauss-Kahn avait été candidat, tout en sachant que le Parti socialiste aurait donné le résultat final du match des primaires avant que celui-ci ne fut définitivement joué ? Assurément, non.

Reste désormais l’arrivée d’un match d’un autre genre : la confrontation entre Tristane Banon et Dominique Strauss-Kahn. Et dans ce domaine, non seulement je pense que ce match là n’est pas terminé mais je crois surtout que le dossier judiciaire dans l’affaire Strauss-Kahn/Banon n’est pas clos du tout. Moi, à la place du Parti Socialiste, j’éviterai de me gausser de trop, en coulisses, du dossier Banon ….. Je reste en effet persuadée que l’Affaire Banon n’est pas du tout classée d’une part, que Tristane Banon, si elle a été très certainement fragilisée à un ou plusieurs moments de sa vie, n’est pas pour autant une personne fragile psychologiquement. Encore moins une personne manipulée. J’invite donc la presse à faire preuve d’un peu plus de déontologie en la matière qu’elle n’a su ou n’a voulu en témoigner jusqu’à présent au sujet du dossier Banon.

Marie-Sarah Stein

 

 

(1) http://www.youtube.com/watch?v=JK79FLXnLhI

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.