Le djihad à la conquête du monde par Laurent Artur du Plessis

 
Pour lutter contre son ennemi, il faut bien le connaître. Telle est la mission que s’est octroyée Laurent Artur du Plessis en nous livrant, courant janvier 2015, son 9e ouvrage, Le Djihad à la conquête du monde, paru chez Jean-Cyrille Godefroy, éditeur (1).
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Ce livre concis réussit en 180 pages à brosser une étude globale de ce que l’auteur appelle le gigaterrorisme que nous commençons à vivre quasi au quotidien. Il nous promet que la « suite sera pire » car cette guerre que le djihadisme veut imposer à l’Occident n’aura « plus de ligne de front ». Elle sera partout.
Le livre nous relate dans son chapitre 1, à travers un tour d’horizon, les soi-disant « printemps arabes », de la Tunisie à l’Égypte en passant par la Libye, qui n’ont engendré qu’un « nihilisme ».
En Égypte, ce fut la « rude déception pour tous les partisans de la laïcité » quand les islamistes des Frères Musulmans sont arrivés au pouvoir et qu’ils ont ensuite pratiqué un « absolutisme » islamique digne d’un état totalitaire avec « les principes de la charia comme source principale de la constitution ».Vous en connaissez la suite : heureusement le peuple a eu le dernier mot et pour le moment semble avoir repris la mise.
Le chaos libyen a été déclenché par l’intervention occidentale, dont la France, sous Sarkozy, fut le fer de lance et qui n’a fait qu’aider les islamistes jusqu’à la chute de Kadhafi. Mais le bluff n’a pas duré longtemps, la rébellion « annonçait que le pays serait régi selon les principes de l’islam » et que la charia « sera le socle des dispositions législatives » (p. 22). Le chaos s’est installé : « deux parlements, deux gouvernements », de multitudes de groupes islamistes prêtent allégeance à l’État Islamique du calife al-Baghdadi et Derna est devenu une « Raqqa libyenne ».
Quant à la Tunisie, qui a réussi à renverser la dictature de Ben Ali, elle a vu s’installer par les urnes les Frères Musulmans d’Annahda. La collusion du pouvoir avec les salafistes « était manifeste » : « les salafistes terrorisaient les universités laïques, les artistes impies » (p. 34), ils dénonçaient et empêchaient tout comportement social jugé incompatible avec l’islam. Si la situation actuelle, après les élections récentes (octobre 2014) qui ont donné la victoire à Nida’ Tounés, laisse supposer que la Tunisie est tirée d’affaire, ce n’est bien qu’une supposition. Les salafistes et les jihadistes du jabal Chambi, Ansar al-Charia, sont là pour rappeler qu’ils ont leur mot à dire et que « l’exception tunisienne est précaire ».
Le chapitre 2 est consacré à un large panorama sur la crise « de l’économie mondiale, terreau fertile du djihadisme » mais les États qui ont financé le jihadisme en Libye, en Syrie, en Irak sont les pays riches du Golfe : Qatar, Arabie saoudite, Kuweit sans oublier la Turquie. L’auteur n’a pas, hélas, soulevé le problème de la démographie galopante des pays arabo-islamiques (Syrie : 23 millions d’habitants, Égypte 84 millions en 2014 contre respectivement 4 et 17 millions en 1950 par exemple), qui explique en partie la disponibilité pour le djihad des jeunes de ces pays.
Les causes immédiates de l’apparition de l’EIIL (l’État Islamique d’Irak et du Levant, en arabeداعش ) sont bien décrites par l’auteur : en Irak « les premières élections tripartites, boycottées par les tribus sunnites, donnèrent une écrasante victoire aux chiites » (60 % de la population), ce qui a marginalisé les sunnites sous al-Maliki. Le résultat de ces élections fut l’une des conséquences de la déstabilisation de l’Irak par le renversement de Saddam Hussein par l’armée américaine. L’émergence des combattants kurdes transformés par les États-Unis en véritable armée et un Kurdistan qui prend corps comme futur État indépendant font de la « reconstitution de l’Irak une gageure ». L’auteur me parait pécher par optimisme en qualifiant le Kurdistan de « la seule véritable démocratie de la région, en dehors d’Israël » (p. 64). L’avenir nous le dira. … (2)
L’EIIL a profité « de la guerre par procuration en Syrie, entre les pétromonarchies et l’Iran », pour étendre son emprise sur la partie nord-orientale la plus riche de la Syrie (pétrole, céréales, coton), pour établir sa base, son fief, à Raqqa, petite ville du nord-est de la Syrie. Pourquoi Raqqa ? Rappelons que Raqqa fut naguère une résidence d’été des califes abbassides. Le choix de cette ville est symbolique.
C’est avec la déclaration du califat d’al-Bahgdadi en juin 2014, après la prise de Mossoul, seconde ville d’Irak, que l’EI (État Islamique) fut officiellement créé. « L’EI est [devenu] réellement un État appliquant strictement la charia » (p. 67). « C’est un État terroriste » et « fondamentalement islamique ». Les discours officiels des occidentaux continuent à pratiquer un déni de réalité et prétendent toujours que « les organisations djihadistes n’ont rien à voir avec l’islam » (p. 69).
Le danger de l’État Islamique est la déstabilisation de toute la région (Jordanie, Liban, Arabie Saoudite etc. … et peut-être aussi Turquie) et bien au-delà. Les allégeances ne cessent d’affluer vers l’EI en provenance de Libye, de Somalie (al-Shababs), du Nigéria (Boko Haram), du Mali (Ansar al-Dine) etc. ….
L’auteur détaille, dans la seconde partie du livre, le rôle pris par l’EI comme « catalyseur supplémentaire du terrorisme international ». «  L’EI est passé maître dans l’art de la propagande. Elle y associe la cruauté la plus abjecte et l’idéalisme guerrier » (p. 85). Cette propagande est destinée aussi à l’Occident mécréant où la France est le premier pays visé.
L’électrochoc que fut l’attentat de Charlie hebdo révèle « la haine antioccidentale ». Les pays occidentaux sont des pays « d’infidèles et de mécréants ». Cet Occident est un « géant de porcelaine face au terrorisme islamiste » (p.135).
Laurent Artur du Plessis nous fait revivre les guerres du 20e siècle (14-18, 39-45 Europe, Japon, Vietnam, Corée) en insistant sur l’évolution des fronts militaires et les destructions par rapport aux populations civiles. Il nous rappelle que nous ne sommes plus dans ce cas de figure et que « le terrorisme islamiste cible tout particulièrement les civils ». Le 11 septembre 2001 ne fut qu’un « hors-d’œuvre » (p.162).
Concluant ce livre qui nous brutalise, l’auteur de Le djihad à la conquête du monde » nous montre comment la « suite sera pire ». Il nous détaille le tableau catastrophe du « gigaterrorisme » où nos « digues sécuritaires seront bientôt submergées par la montée du terrorisme » dans une France qui abrite « une cinquième colonne » et qui « n’a pas encore pris la mesure du péril djihadiste » (p.177).
Ce livre, bien écrit, peut engendrer des nuits cauchemardesques. Salutaires ? Probablement. Il a le mérite de nous ouvrir les yeux sur ce qui nous attend : un péril mondial qui nous parvient de la bestialité obscurantiste du 7e siècle. L’apocalypse c’est NOW and TOMORROW.
Bernard Dick
(1) Laurent Artur du Plessis Le Djihad à la conquête du monde, éditions Jean-Cyrille Godefroy, janvier 2015, 18 €
(2) Les forces armées kurdes empêchent systématiquement les arabes de regagner leurs villages en vue d’étendre le territoire du prochain État kurde (27/02/2015).
http://www.thetimes.co.uk/tto/news/world/middleeast/iraq/article4366603.ece
Nous vous invitons à lire aussi :
Profiling the Islamic State, de Charles R. Lister (en anglais)
http://www.brookings.edu/~/media/Research/Files/Reports/2014/11/profiling-islamic-state-lister/en_web_lister.pdf?la=en
Islamic State Senior Leadership : Who’s Who de Charles R. Lister (en anglais)
http://www.brookings.edu/~/media/Research/Files/Reports/2014/11/profiling-islamic-state-lister/en_whos_who.pdf?la=en
La gestion de la barbarie par Abi Bakr Nâji
(en arabe إدارة التوحش.. أخطر مرحلة ستمر بها الأمة لأبي بكر ناجي )
« Le plus barbare des degrés de barbarie est moindre de plusieurs degrés que la stabilité sous le régime de la mécréance ». Cela nous rappelle le « chaos créatif » de Condoleeza Rice.
https://pietervanostaeyen.files.wordpress.com/2015/02/idarat_al-tawahhush_-_abu_bakr_naji.pdf
La stratégie de la guerre régionale sur la terre du Châm par ‘Abdallah ibn Mohammad
(en arabe إستراتيجيّة الحرب الإقليميّة على أرض الشام لعبد الله إبن محمد)
https://azelin.files.wordpress.com/2011/09/abd-allah-bin-mue1b8a5ammad-strategic-notes.pdf
et quelques articles de Riposte Laïque :
https://ripostelaique.com/daech-ou-etat-islamique-les-dessous-dun-vocabulaire.html
https://ripostelaique.com/le-discours-sermon-de-mossoul-la-naissance-du-califat-mondial-de-letat-islamique.html – Seule transcription en français du sermon de Mossoul
https://ripostelaique.com/al-qaeda-appelle-tous-les-musulmans-au-jihad.html
https://ripostelaique.com/le-mein-kampf-dal-qaeda-sept-etapes-pour-dominer-le-monde-en-vingt-ans.html
Au 01/03/2015 : nombre d’attaques terroristes islamiques mortelles :
TERRORISME 25219 ATTAQUES-01-03-2015

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