Le douloureux réveil des Norvégiens

Publié le 29 juillet 2011 - par - 940 vues
Share

Les Norvégiens atterrissent avec une extrême brutalité sur le sol des réalités européennes (entre autres du même tonneau). Sidérés, incrédules, ils contemplent le désastre et se demandent comment une telle abomination a pu prendre corps dans leur pays. Car il s’agit bien de cela, d’une abominable tuerie et ceux qui rangent ces assassinats au rayon des simples pertes et profits du problème en cours sont soit des inconscients, soit les complices d’un crime de masse. Il convient que cela soit clairement dit.

Les Norvégiens vivent confortablement sur leurs acquis pétroliers. De la guerre, ils n’ont de souvenir qu’une occupation semblable à quelques autres, et la Résistance contre les Nazis, à soixante dix années d’eux. La guerre froide les a laissés en marge de ses principaux fronts. Peu nombreux sur un vaste territoire, ils ont pris l’habitude de regarder de loin l’Europe du Sud s’engluant dans ses ornières coloniales et post-coloniales. Heureux, en somme, d’avoir évité de porter la charge de culpabilité qui pèse sur nous pour des générations encore.

Les Norvégiens n’ont donc pas de passé colonial.. Ce faisant, ils ne sont pas tenus de s’agenouiller chaque matin devant les icônes de Bourguiba, de Sekou Touré, de Gandhi, de Boumedienne et de quelques autres. Personne, jusqu’à ces dernières années, n’a réclamé d’eux la contrition, l’auto-négation et pour finir, la soumission qu’inlassablement, les contempteurs d’un Occident sanguinaire et génocideur exigent tant et tant de nous. Tant mieux pour eux. Il sont sortis du vingtième siècle en bon état mental et physique, quand, exténués par un incessant pilonnage, nous nous demandions encore si cela cesserait un jour.

Ainsi les Norvégiens, et comme eux les autres Scandinaves, ont-ils pensé que leur innocence les mettait à l’abri des remous de plus en plus violents qui agitent nos mers tièdes. Longeant nez au vent leurs fraîches Baltiques, contemplant les tempêtes du haut des fjords et du Telemark, ils se sont dit que jamais les pratiques barbares de  certains pays méditerranéens ne parviendraient jusqu’à eux. Après tout, ils n’avaient commis aucune faute, corrompu aucun tsar africain, mis leurs doigts dans aucun de ces engrenages où nos dirigeants successifs se sont aventurés. Épargnés par toutes sortes de malaises sociaux, religieux, ethniques, communautaires, etc, fiers des vertus tolérantes et humanistes de leur protestantisme, ils se sont persuadés que leur très nordique virginité garantissait par avance un vivre-ensemble absolument harmonieux avec les foules que, pour les besoins de leur économie, ils faisaient entrer dans leur maison. Utopiques et naïfs, ils ont cru que les grands vents polaires descendant du nord figeraient tout ce petit monde dans la glacière. Quelle erreur!

Ils ont, comme d’autres, pensé que leur société était suffisamment parfaite pour que n’importe quel étranger y trouve raison de s’intégrer et, pourquoi pas, de s’assimiler. Là est évidemment la faute. Le choc est terrible pour eux qui n’ont pas connu comme nous les dégâts collatéraux des conflits du Sud, les attentats, assassinats, projets tueurs de toutes sortes fomentés et perpétrés au coeur même de nos villes. Terrifiant réveil pour eux, qui croyaient aussi que les aléas du vivre-ensemble étaient réservés aux anciennes puissances tutélaires. Innocents, vous dis-je, donc à priori en dehors de tout ça.

La réalité du moment les percute de plein fouet, de la manière la plus atroce qui soit, par un de ces actes de guerre civile en principe réservés aux nations de première ligne. Le sang répandu par l’un des leurs est celui de leurs enfants. La barbarie, au sens littéral du terme, les enveloppe de son suaire et, là-dessous, ils étouffent soudain. Le deuil les tient soudés et c’est bien la moindre des choses. Lorsque son ombre se sera dissipée, une question, peut-être, leur viendra à l’esprit, une question toute simple : à qui profite le crime? Pour l’instant, il semble difficile à quiconque de donner la réponse, tant les choses paraissent complexes. Mais cette réponse viendra, évidemment.

Réveillés de leur cauchemar, les Norvégiens, qui sont gens parfaitement démocrates, ne manqueront pas en tout cas d’exiger de ceux qui les gouvernent l’ordre sans lequel la vie en société n’est plus possible. Découvrant la faiblesse de leurs responsables, ils se placeront alors aux côtés des authentiques républicains qui, chez nous, tannent le gouvernement pour qu’il fasse enfin acte d’une autorité politique dramatiquement diluée dans le bain de la finance, du mondialisme, du n’importe quoi religieux et d’une hypomanie multi-culturelle aussi grotesque que dangereuse. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, du respect d’un État agressé de toutes parts, affaibli, laminé, que des irresponsables de tout poil, vendus à Dieu sait qui, s’ingénient à saigner un peu plus chaque jour.

La tuerie norvégienne est, comme dans une tragédie antique, l’instant où tout bascule, le moment où les destinées sont révélées par des Dieux en général sans grande pitié. Seule la force de l’auteur, en l’occurrence, l’État, peut empêcher que la pièce aille ainsi à son terme inéluctable. Le voudra-t-il en Norvège? Le voudra-t-il chez nous? Est-il prêt à considérer qu’il est responsable d’une nation (quel mot! Un juron, peut-être bien) en grand péril? Est-il disposé à ne plus écouter les voix abrutissantes qui, toutes, en diverses langues à commencer par la française, lui recommandent de se coucher le plus vite possible? Sacrifiera-t-il en fin de compte les meilleurs de ses serviteurs pour faire de la place aux spadassins venus d’ailleurs et guettant, dans l’ombre, le moment où il mettra son second genou en terre?

Questions. Les laisser en l’air ne manquera hélas pas, ici comme en Norvège, de déchaîner des forces mauvaises qui ne demandent qu’à se répandre.

Un mot sur la situation des ONG en Somalie. Dans son excellent ouvrage « À l’ombre des guerres justes » (Flammarion 2003), Rony Braumann, co-auteur, prouve, pièces à l’appui, à quel point il est impossible pour les humanitaires du monde libre de collaborer avec les associations musulmanes sur les terrains de grandes catastrophes. Juste un problème de philosophies… divergentes, quelque peu. Les uns fournissant les médecins et les biscuits protéinés à condition qu’on leur ouvre la porte, les autres offrant la parole divine et les experts en hadiths à l’intérieur de territoires fermés à double tour. Généralement, les patients trépassent avant d’avoir pu faire la différence. C’est très exactement ce qui se passe en ce moment du côté de Mogadiscio. Nos immenses « médiatiques » des journaux, des télés, des radios et des tréteaux vont-ils, à la jonction Juillet-Août, du fond de leurs thébaïdes vacancières, désigner enfin par son très saint nom le vrai coupable de cette extermination préméditée?

Alain Dubos

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.