« Le Drakkar » : 23 octobre 1983

« On ne confie pas au loup la garde de la bergerie… » (Proverbe libanais).
« Si vous avez compris quelque chose au Liban, c’est qu’on vous l’a mal expliqué.»
(Henry Laurens).

Aujourd’hui, je veux rendre hommage au lieutenant Antoine de la Batie, tombé à Beyrouth le 23 octobre 1983, avec 57 parachutistes français, dans l’explosion de l’immeuble « Le Drakkar ».
Antoine de la Batie est né le 20 septembre 1955 à Paris. La vocation militaire était ancrée en lui depuis son plus jeune âge. Il vivait alors dans le culte de ses aïeux : Ses deux arrière grands-pères s’étaient vaillamment battus durant la Grande Guerre. Son père avait lui-même servi au 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes en Indochine. Il lui parlait souvent de son grand-père ayant combattu au Liban en 1926. Ces évocations étaient-elles prémonitoires ?

En octobre 1975, il intègre un peloton d’EOR à Coëtquidan. A l’issue, il est affecté avec le grade d’Aspirant au 1er Régiment d’Infanterie. En 1977, après une année à la corniche Leclerc, son désir de servir dans l’armée est toujours là. Il rempile donc comme sergent au 67ème Régiment d’Infanterie. De 1978 à 1979, il prépare le concours de l’Ecole Militaire Interarmes. Il intègre l’EMIA le 1er septembre 1979.
D’août 1980 à août 1981, le Lieutenant de la Batie travaille d’arrache pied à Montpellier. De ses notations, il ressort : « …, jeune officier généreux, excellent camarade, fera à coup sûr un officier de grande qualité ». Il sort 7ème de sa promotion et choisit de servir, comme son père, au 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes, alors stationné à Pau-Idron.

En septembre 1981, Il est affecté à la 3ème section de la 3ème compagnie. Le régiment est composé d’appelés, mais il est à la hauteur des régiments professionnels de par la qualité de ses recrues. En effet, sa section, « les zombies » comme il les appelle, a déjà bien entamé son tour du monde : Mayotte, la Centre-Afrique, le Togo, le Gabon et la Réunion.
Puis vient un premier départ au Liban, d’avril à octobre 1982.

Durant ce séjour, Antoine de la Batie est cité à l’ordre du régiment : « jeune chef de section dynamique et courageux, volontaire pour toutes les missions, s’est particulièrement illustré le 8 juin 1982 lors de la prise de Tyr par les forces israéliennes. Au mépris du danger, a conduit son convoi lourd, destiné à porter secours aux populations de la ville, à travers la zone de combats, sous les tirs d’artillerie et de chars. A mené ultérieurement avec succès plusieurs patrouilles destinées à rechercher et récupérer du matériel sur le champ de bataille. A fait preuve en toutes occasions d’une détermination et d’un courage exemplaire. » Cette citation comporte l’attribution de la Croix de la Valeur Militaire avec étoile de bronze.

En septembre 1983, la 3ème Cie du RCP est projetée au sein de la force multinationale de sécurité à Beyrouth. Un tel départ n’était pas prévu car les régiments d’appelés ne faisaient pas partie du plan de relève. Mais Beyrouth, au cœur de cet été 1983, paraît encore calme…
Le 20 septembre, alors que le lieutenant de la Batie fête ses 28 ans, il découvre le poste « Irma » bientôt rebaptisé « Drakkar ». C’est un ancien hôtel de 9 étages mais surtout un excellent observatoire dans cette partie sud de Beyrouth.

Avant d’aller plus loin, disons un mot du lointain Liban ( لبنان), perpétuellement en guerre, qui n’évoque pas grand-chose pour une jeune génération qui ne connait notre histoire qu’au travers de la « repentance ». Pourtant, depuis François 1er, la France porte un intérêt pour la Syrie et les minorités chrétiennes du Mont Liban. Sous le second Empire, la France est venue au secours des Maronites, victimes d’attaques et d’exactions violentes de la part de leurs voisins druzes.
Le 16 novembre 1916, en pleine bataille de Verdun, deux diplomates, le Britannique sir Mark Sykes et le Français François Georges-Picot concluent un accord secret, le fameux accord « Sykes-Picot ». Cet accord prévoit le partage – après la guerre – des dépouilles de l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie. La France propose de prendre sous son aile la Syrie et le Mont Liban. Le 8 octobre 1918, une escadre française accoste à Beyrouth.

Les soldats français se joignent à leurs alliés britanniques qui occupent déjà toute la région. La déception est grande, alors, chez les nationalistes arabes qui espéraient se tailler un état indépendant autour de Damas – la capitale de la Syrie – avec le soutien de Thomas Edward Lawrence, dit « Lawrence d’Arabie » (1). Qu’à cela ne tienne, un congrès réuni à l’initiative de l’émir Fayçal, fils du chérif de la Mecque, proclame, le 11 mars 1920, l’indépendance de la « Grande Syrie » et en confie la couronne à l’émir.
La conférence de San Remo, le 25 avril 1920, confirme le mandat de la France sur la Syrie et le Liban, et le général Henri Gouraud, chef du corps expéditionnaire français, décide d’en finir avec Fayçal. Il l’expulse de Damas et écrase son armée le 24 juillet 1920, à Khan Mayssaloum, dans l’Anti-Liban, la chaîne de montagnes qui sépare la Syrie du Liban.

Pressée par la communauté maronite, la France détache de l’ancienne Syrie un Grand-Liban qui rassemble le Mont Liban mais aussi la vallée de la Bekaa et le littoral. Dans ces limites, les Chrétiens sont majoritaires (Ce ne sera plus le cas en 1975 du fait de l’émigration et d’une natalité inférieure à celle des Musulmans).
L’ « État du Grand-Liban » est officialisé le 1er septembre 1920 par un décret du général Gouraud, haut-commissaire pour le Levant. La nouvelle Syrie, elle, inclut trois entités politiques distinctes : l’État de Damas, l’État d’Alep et le Territoire des Alaouites.

La France institue, aux côtés du gouvernement, un conseil consultatif où sont représentées les… 17 communautés religieuses identifiées dans le pays : des Chrétiens maronites aux Juifs en passant par les Musulmans sunnites ou chiites, les Chrétiens jacobites (ou monophysites), les Druzes, les Arméniens, les Grecs orthodoxes etc…etc… Ainsi se met en place un « communautarisme » original. Pour les Libanais, comme pour les habitants du Moyen-Orient en général, l’appartenance religieuse est moins une affaire de croyance que d’identité : chacun se rattache à une communauté caractérisée par son endogamie, ses rituels et ses coutumes mais aussi ses règles de droit (mariage, héritage…) et ses tribunaux propres.
Le 26 mai 1926, Henry de Jouvenel donne une Constitution au pays. Inspirée de notre Constitution (celle de 1875), elle s’en distingue par une énorme différence: la reconnaissance des communautés et le partage du pouvoir entre elles, en fonction de leur importance. Selon la Constitution, toujours en vigueur, les députés sont élus sur une base communautaire ET territoriale. La répartition est établie sur la base du recensement de 1932 (2). Par ailleurs, il est convenu – de façon non écrite – que la présidence de la République revienne à un Maronite et le poste de premier ministre à un Musulman sunnite. Ces dispositions satisfont la bourgeoisie sunnite et maronite de Beyrouth de même que les clans du Mont Liban. Les habitants des périphéries du sud et de l’est, y trouvent beaucoup moins leur compte et gardent la nostalgie de la « Grande Syrie ».

En juin 1941, en pleine guerre mondiale, les Britanniques, accompagnés d’un détachement des FFL (3) gaullistes, occupent le Liban et la Syrie et en chassent les représentants du régime de Vichy. Puis, le 25 décembre 1941, sous la pression britannique, le général Catroux, commandant des troupes françaises du Levant, proclame l’indépendance de la Syrie et du Liban !
Mais De Gaulle et son représentant, le haut-commissaire Jean Hellen, ne sont pas d’accord.
Le 11 novembre 1943, Jean Hellen fait arrêter le président Béchara el-Khoury, ainsi que tout son gouvernement, ce qui provoque d’importantes manifestations de rue.

Les Britanniques s’en mêlent et exigent la libération des prisonniers. Celle-ci est effective le 22 novembre. Cette date – le 22 novembre 1943 – est, depuis lors, la fête nationale du Liban.
La classe politique libanaise décide de conserver les institutions léguées par la France.
Elle choisit aussi, par un « pacte national » non écrit, de consolider la répartition officieuse des postes de responsabilité entre les différentes communautés.
L’indépendance officielle est programmée le 1er janvier 1944. Mais c’est seulement en 1946 que les troupes françaises et anglaises quitteront le Liban.
Ce beau pays va devenir, dans les années 1950-70, « La Suisse du Moyen-Orient », en raison de sa puissance financière. Et sa capitale, Beyrouth, deviendra « le Paris du Moyen-Orient ».

Et puis, tout va basculer : l’ordre – ô combien précaire – instauré par les Français est remis en cause par les problèmes démographiques: l’arrivée d’une importante immigration palestinienne, musulmane à 80%, et le déclin démographique des Chrétiens. Les Musulmans chiites du sud du pays, dont le poids démographique va croissant, supportent mal la prééminence des Maronites et de la bourgeoisie sunnite de Beyrouth.

La Syrie, qui considère le Liban comme son « Alsace-Lorraine », ne se résigne pas à la scission de 1920. Elle se refuse à ouvrir une ambassade à Beyrouth, attise en sous-main les rivalités communautaires et nourrit les ressentiments, chiite et palestinien, avec la complicité de l’Iran.
En 1975, bien qu’aucun recensement n’ait eu lieu depuis 1932, chacun voit bien que les Maronites ne sont plus majoritaires. C’est le début d’une terrible guerre civile, faite d’alliances improbables (et souvent éphémères) entre les communautés.
Israël d’un côté, la Syrie des Al-Assad, père et fils, de l’autre, soufflent sur la braise.
Et…les Français reviennent ! Ils arrivent avec le FINUL (4). Mise en place par les résolutions 425 et 426 des Nations Unies, à l’initiative du général français Jean Cuq, c’est l’ « Opération Litani », du 14 au 21 mars 1978. Depuis, la création de l’ONU (24 octobre 1945) qui faisait suite à la « Société des Nations » d’avant-guerre, les dirigeants occidentaux ont inventé les « soldats de la paix » chargés de missions d’interposition entre belligérants, à caractère défensif ou de simple observation, généralement sous la bannière de l’ONU ou d’une force internationale.

Au Liban, ceci nous a amené, entre autres, au drame du 23 octobre 1983. Ce jour-là, deux attentats-suicides frappaient les contingents américain et français de la « Force multinationale de sécurité » de Beyrouth. Ces deux attentats, revendiqués par le « Mouvement de la révolution islamique libre » puis par l’ « Organisation du Jihad islamique » ont fait 299 morts et plusieurs centaines de blessés.
À 6 h du matin, un camion piégé touche le contingent américain. Son explosion tue 241 soldats et en blesse une centaine d’autres. Environ deux minutes plus tard, 58 parachutistes français de la force multinationale, (55 paras de la 3ème compagnie du 1er RCP et 3 paras du 9ème RCP), trouvent la mort dans un attentat similaire : l’attentat du « Drakkar » entraîne la destruction totale de l’immeuble. 15 autres paras sont blessés. 26 en sortiront indemnes.

Dans les décombres fumants, le lieutenant Antoine de la Batie prie : « Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste. Donnez-moi ce qu’on ne vous demande jamais… ». Il croit parler fort mais sa voix n’est plus qu’un murmure. Quatre, cinq paras, encore vivants à ses côtés, l’écoutent, crispés sur leur souffrance. Quelques voix reprennent la « prière du para » apprise à Pau. Le lieutenant n’entend plus. Il s’est tu depuis un moment. Son corps sera retrouvé, vers 15h30, intact, un étrange sourire de paix sur le visage, encadré par deux de ses paras, morts eux aussi.
Depuis 1978, la France est présente au Liban. Elle a perdu plus de 150 hommes là-bas et elle reste l’un des principaux pays contributeurs de la FINUL.

Ayons une pensée pour les paras du « Drakkar » et pour tous les autres, tombés pour rien, ou, plus exactement, pour une cause perdue d’avance par un phénomène démographique :
Les communautés les plus importantes du Liban actuel sont, dans l’ordre, les Musulmans chiites (plus de 30%), les Musulmans sunnites (26%), les Chrétiens maronites (25%), les Druzes (6%), les Grecs-orthodoxes, les Grecs-catholiques…etc. Les Musulmans chiites tendent à devenir le groupe prédominant. Les Chrétiens sont en voie de marginalisation, puis, peut-être de disparition… comme dans tout le reste du Moyen-Orient.

Eric de Verdelhan

1)- Thomas Edward Lawrence, dit « Lawrence d’Arabie », (1888-1935) officier et écrivain britannique.
2)- Les Libanais n’ont pas organisé d’autre recensement depuis.
3)- Forces Françaises Libres.
4)- Force Intérimaire des Nations Unies au Liban.

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13 Commentaires

  1. @Eric de Verdelhan

    Si vous le souhaitez nous pouvons en parler un peu, mais pas dans ces colonnes. Mon parrain fait partie des 26 survivants. L’explosion eut lieu à la fin de son service de nuit, tôt le matin quand il regagna son logement. Cet événement lui laisse des traces indélébiles jusqu’à la fin de sa vie.
    Si vous le souhaitez, je peux revenir vers vous via RL. J’autorise RL à vous communiquer mes coordonnées.
    Bien à vous.

    • Cher Eric de VERDELHAN,
      Merci pour cette évocation de mon frère Antoine. N’oubliez pas de rappeler qu’une promotion de l’EMIA porte le nom de Lieutenant Antoine de LA BATIE. Attention aussi, à ne pas entretenir le version du pouvoir en place évoquant un camion piégé. Cela blesse certains des rescapés de garde, car ils n’ont pas fait usage de leur arme. Il n’ y a donc pas eu d’incursion de véhicule sous le bâtiment!
      Quant aux survivants, ils sont 15 à être sortis des décombres. Les 26, ce sont ceux qui étaient à la Résidence des Pins et qui ont « pris chers », quand il leur a été demandé de reconnaître les 58 morts Pour la France.
      Merci à Max S. via Charles J, qui m’ont transmis votre article. Ceux du Drakkar ne sont pas oubliés, l’association des familles des rescapés déclaré sous le nom Arfva-Drakkar organise chaque 23 octobre une messe et un recueillement sur la tombe de l’un des 58, en présence des familles et des rescapés.
      L’aumônier de l’association est le père Yannick L et la marainne de notre drapeau est Blandine de Saint Marc.
      Comme l’a dit la maman du Lieutenant, jusqu’à son dernier souffle: FORCE et COURAGE.
      Gilles DEJEAN de LA BATIE

  2. Manquement à la sécurité et erreur
    Tactique en répartissant une unité dans
    les étages d’un hôtel désaffecté, comme l’ecrivit après le Général Bigeard qui s’était rendu sur place. Faute de commandement, donc.

    • Tout est dit dans votre commentaire, tellement plus court et plus clair que le mien. Oui faute de commandement. ET absence totale de responsabilisation de coupables.

  3. Bonsoir Monsieur de Verdhelan, merci à vous pour ce nouvel hommage historique. Triste souvenir pour tous ceux qui servaient notre Nation en ce jour fatal à nos 58 camarades. Que de sacrifices d’Hommes valeureux, quelque soit le grade, dont l’Honneur fut comme pour chacun d’entre nous de servir avec abnégation et fidélité sans états d’âme malgré l’inconsistance d’hommes politiques sans scrupule ni honneur. Hommage et respect de la nation à tous ceux qui ont porté leur engagement jusqu’au sacrifice ultime sans faillir. En ces temps troubles et périlleux pour la France, chaque Français doit avoir conscience que tant de sacrifices et de Vies perdues avec honneur sur tous les théâtres d’opérations ne puissent l’avoir été en vain et se doit, en leur mémoire, d’agir en conséquence pour le salut de notre Pays. Fraternellement.

  4. Les musulmans pratiquent le nettoyage ethnique et religieux dans tous les pays qu’ils dirigent.

  5. J’en ai eu les larmes aux yeux!!
    Merci pour ce rappel historique et cet hommage posthume envers cet homme et tous les soldats qui ont laissé leur vie là-bas.

  6. Je voudrais ajouter un mot sur l’incommensurable bêtise de certains officiers supérieurs:
    Dien Bien Phu: installé dans une cuvette
    Le Drakar: installé dans une cuvette
    Nous savons tous ce que ca veut dire.
    Dien Bien Phu: il aura suffi pour l’ennemi de faire feu depuis les crêtes ou même derrière les crètes (mortiers, artillerie légère)
    Le Drakar: il aura suffi de lacher le frein à main d’un camion bourré d’explosifs.
    Certains, à l’époque, qui avaient attiré l’attention de leurs supérieurs du danger qu’il y avait à être logés au fond d’une cuvette s’étaient entendus répondre que « personne n’oserait s’attaquer au drapeau français »……Nous avons vu la suite et l’absence totale de responsabilisation de ces fameux supérieurs, tellement imbus d’eux mêmes ou de ce qu’ils avaient la prétention de croire représenter à eux seuls.

    • Bonjour Marc,
      Ce que vous dites au sujet de Dien Bien Phu est inexact.
      Le général Navarre n’a pas choisi de livrer bataille à DBP et ne l’aurait pas fait s’il n’y avait pas été contraint. Cette bataille a été le résultat de deux choses : les accords de protection qu’avait passés le gouvernement avec les « Etats associés », donnant l’occasion au VM de pousser en direction du Laos sachant que nous n’aurions pas les moyens de faire face à cette nouvelle menace, l’annonce par le gouvernement de l’ouverture de négociations à Genève qui a donné l’idée aux VM d’attaquer à DBP et d’y remporter une vitoire qui serait le moyen de négocier en position de force (ce qui s’est passé…).

      On s’est installé à DBP parce que c’était un endroit logiquement bien placé pour bloquer une pénétration vers le Laos, et surtout parce que c’était le seul endroit où il y avait une piste d’aviation (construite par les Japonais en 1945).

      Mais Navarre et tous les officiers français savaient que c’était trop loin de nos bases du Delta (tandis que la Chine où le VM avait ses bases était tout proche) et que DBP ne pourrait être ravitaillé que par avion. Navarre lui-même l’avait dit : « Ce sera une bataille d’aviation ».

      On a installé nos points d’appuis sur les crêtes qui entouraient la plaine où se trouvait la piste d’aviation et c’était logique. On était parfaitement conscients qu’il fallait tenir les crêtes et Navarre avait prédit que nous perdrions la bataille si les deux crêtes (j’ai oublié leur nom) qui commandaient la vallée et la piste étaient prises. Il avait prévu de maintenir deux bataillons en réserve pour contre-attaquer immédiatement et les reprendre si elles venaient à tomber.

      C’est précisément ce qui s’est passé : les Viets ont attaqué et pris les crêtes, et notre contre-attaque n’a pas eu lieu à temps, contrairement aux ordres donnés par Navarre qui en a énormément voulu à Cogny de n’avoir pas déclenché immédiatement cette contre-attaque.

      La suite menant à notre défaite est connue : les VM ont pu installer leur artillerie à flan de colline à notre insu et bombarder la piste depuis les crêtes conquises (et malheureusement jamais reprises par nous) ; la piste d’aviation, poumon de la bataille, est vite devenue inutilisable et DBP n’a plus été ravitaillé que par parachutages. Dès lors, faute de pouvoir amener à pied d’oeuvre les moyens de renforcer la garnison ou de la dégager depuis l’extérieur, il n’était pas possible de contenir la pression croissante des VM et on allait inexorablement à la défaite.

      La défaite de DBP ne sanctionne pas l’incompétence de nos généraux, mais l’irresponsabilité de nos gouvernants (encore et toujours eux !) qui ont obligé nos militaires à mener une bataille strictement statique (ce qui est toujours très dangereux) dans les pires conditions et sans les moyens d’avoir au moins une chance de la remporter.

  7. preuve que les gendarmes du monde n’ont toujours pas compris que chacun chez soi était un impératif catégorique
    après le méxique , l’indochine, l’algérie, aujourd »hui le sahel où ils envoient nos pioupiou se faire trouer la eau pour rien

  8. N’oubliez pas les morts du DETOBS, qui a remplacé la FMSB.
    capitaine ANIORT, capitaine FEYRIGNAC, lieutenant-colonel CUENOT, adjudant GRECOURTS, major PERROT, chef de bataillon RHODES, capitaine CORVEE.
    RIP mes camarades

  9. « tombés pour rien, ou, plus exactement, pour une cause perdue d’avance par un phénomène démographique ». C’est surtout parce qu’on ne sait plus faire la guerre.

    Cessons d’envoyer nos soldats au Liban, en Afghanistan, au Mali si c’est pour faire de la figuration. Si l’on prétend faire la guerre, mettons-y les moyens qu’il faut pour la gagner.

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