Le drame des sociétés musulmanes : elles sont fermées à l’autocritique et au doute

Publié le 7 septembre 2009 - par
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Je viens de lire le texte de M. Sifaoui. Son attachement à la laïcité ne me semble pas à mettre en doute. Ni sa lutte contre l’intégrisme islamique. Par contre, je constate que son positionnement subjectif et la thématique identitaire qui sous-tend son propos, sont strictement identiques à ceux de Dieudonné.

L’agressivité qui émaille son discours témoigne d’une projection identitaire et d’un victimisme d’autant plus exacerbés qu’il désigne des coupables.

J’ai lu les textes contre lesquels il s’insurge. Il y a dans les contenus des paramètres qui pourraient être discutés. Mais rien de nature à déclencher le commentaire qu’il produit, trop violent et passionnel pour que la subjectivité n’y soit pas largement à l’œuvre.

C’est une chose difficile pour chacun mais on est toujours structuré par notre éducation et notre culture. C’est par un travail personnel ouvert à l’auto-critique que l’on peut se détacher des pesanteurs qui y sont attachées. Ce qui permet de voir plus clair quand on aborde des thématiques qui se constituent en miroir de nos enracinements identitaires.

La psychanalyse est de ces auto-procès positifs. Mais la poésie, les arts peuvent aussi conduire à un heureux détachement de nos formatages éducatifs et culturels, qui nous font tant peiner dans nos relations avec l’Autre, les autres. Parce qu’ils nous mettent douloureusement en conflit avec nous-mêmes.

La culture chrétienne, comme chacun sait, est la culture de la culpabilité et de l’auto-critique. C’est en quoi elle s’est fait haïr par bon nombre des individus qui ont été tenus de s’y plier. Mais elle a donné naissance à une société où l’exercice de la remise en question est acceptable et même valorisé. Ce qui est propice à la spéculation scientifique, intellectuelle et à la création artistique qui ont façonné l’héritage culturel occidental.

Le problème des traditions arabo-musulmanes est qu’elles sont fermées à l’auto-critique et au doute. La culpabilité et la faute y sont toujours affectées à l’Autre. Ce dont rend compte avec éclat ce fameux proverbe arabe : « Bats ta femme, si tu ne sais pas pourquoi, elle le sait ».

« Il va sans dire que les Arabo-musulmans sont ni plus ni moins intelligents que les autres ». La suite du propos est à entendre (via le lien ci-dessous) dans cette magnifique interview d’Adonis, poète et intellectuel syrien (auquel on ne saura reprocher le « racisme » qu’on oppose usuellement à tout Autre qui s’aventure sur ce terrain de haute susceptibilité qu’est la critique de la culture islamique).

http://www.pointdebasculecanada.ca/article/573-le-grand-pote-syrien-adonis-sur-la-societe-arabe.php

Cette analyse critique d’Adonis est d’une immense délicatesse tout en étant sans concession. Car nécessité oblige d’aborder les causes – c’est-à-dire généralement les sujets qui fâchent – quand on veut vraiment résoudre un problème. En l’occurrence, il circonscrit parfaitement et avec simplicité la problématique identitaire et culturelle islamique.

J’ajouterai ceci : le concept de l’Homme Universel ne concerne que l’Homme au singulier. L’individu. Pas les sociétés. Les différentes sociétés humaines (que l’on appelle les « civilisations ») sont loin d’être universelles en leur valeurs, modes de vies et conceptions de l’Homme (notamment celles de la Femme…). Quoi qu’essaie de le faire croire, sous la belle-âme étayée de la menace, cette idéologie fossoyeuse de l’Humanisme qu’est le « relativisme culturel ».

Que cela plaise ou non, le concept humaniste de l’Homme Universel est issu des valeurs égalitaires énoncées dans les Evangiles. Valeurs qui se sont opposées aux archaïsmes originels (qui régnaient ici comme ailleurs) et ont permis de substituer la Loi du plus faible (la Loi occidentale, en cours de démantèlement par les basses-œuvres associées du néolibéralisme et du libertarisme) à la Loi du plus fort.

Libre à chacun, à tout Homme de la planète, d’adhérer aux valeurs humanistes, de se les approprier. Et même de les faire revivre quand elles sont aujourd’hui trahies par les plus indignes de leurs héritiers.

Il faut quand même savoir que le prototype du racisme – qui est la haine et la discrimination de l’Autre en tant que tel – a pour prototype le mépris, la haine et la discrimination de l’Autre-sexe.

Ce sont ces archaïsmes originels (qui ont structuré l’ensemble des sociétés humaines) qui ont été dans une large mesure battus en brèche par les valeurs égalitaires introduites par le christianisme.

Ce n’est pas seulement l’intégrisme islamique qui se fonde sur cette structure originaire inégalitaire et archaïque, si peu propice au développement économique et social. La tradition arabo-musulmane aussi. Même si c’est à des degrés divers selon les pays.

Le problème est que l’Islam, religion viriliste, considère comme une faiblesse indigne l’auto-critique et le doute et c’est pour cette raison qu’il affecte toujours la responsabilité de ses échecs à l’Autre.

Ne supportant pas la contradiction, parce qu’elle introduit le doute, la culture islamique tend à y faire face sur le mode du victimisme offensif et du conflit violent.

C’est là une difficulté majeure. Car aucun progrès ne peut advenir sans introspection critique ni dialogue.

Véronique Hervouët

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