Le droit de mourir dans la dignité

La Commission des Affaires sociales du Sénat vient d’adopter une proposition de loi tendant à légaliser l’euthanasie :
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/le-senat-adopte-en-commission-un-texte-visant-a-legaliser-l-euthanasie_953673.html
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/etes-vous-favorable-a-la-legalisation-de-l-euthanasie_953709.html#xtor=AL-447
Tout en apportant les précautions nécessaires pour éviter les meurtres déguisés, le texte est assez large pour répondre aux besoins des malades qui souhaitent cesser de souffrir. Il indique : « toute personne capable majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection accidentelle ou pathologique grave et incurable, lui infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu’elle juge insupportable, peut demander à bénéficier (…) d’une assistance médicalisée permettant, par un acte délibéré, une mort rapide et sans douleur »
Le groupe UMP, dont certains membres ont pourtant voté le texte, a regretté cette proposition de loi, dont on estime cependant qu’elle a peu de chances d’aboutir.
Jean-Luc Romero, de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), s’est réjoui de ce texte et espère qu’il ira jusqu’au bout. L’ADMD fait valoir que cette « ultime liberté » est réclamée, d’après un sondage BVA, par 86,3 % des Français :
http://www.admd.net/
Une étude récente de l’Ifop renforce ce pourcentage et donne 94 % de Français pour l’euthanasie :
http://www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=1298
Mais que représente la volonté de plus de 90 % des Français face à une classe politique qui va jusqu’à passer outre aux résultats d’un référendum ?
Déjà le tir de barrage se met en place. Malgré ces sondages, nous pouvons lire que « la volonté des Français est difficile à cerner ». L’argument donné : les Français seraient 60 % à préferer le développement des soins palliatifs à l’euthanasie. Comme si l’un empêchait l’autre :
http://www.lepost.fr/article/2011/01/19/2375994_vers-une-loi-sur-l-euthanasie-c-est-plus-un-probleme-culturel-que-legislatif.html
Le député Jean Léonetti, à l’origine de la loi qui aurait du permettre un large développement des soins palliatifs, s’oppose bien entendu à la légalisation de l’euthanasie. Sa loi sur les soins palliatifs devrait suffire, nous indique-t-il en substance. Mais en même temps, il nous fait froid dans le dos en avouant que sa loi est peu appliquée, entre autre parce qu’elle est contraire à une certaine culture médicale : « Soit on soigne, soit on abandonne », a-t-il déclaré au micro d’Europe 1 :
http://www.lepost.fr/article/2011/01/19/2375994_vers-une-loi-sur-l-euthanasie-c-est-plus-un-probleme-culturel-que-legislatif.html
« Il serait dommage de changer une loi qui n’est pas appliquée, et qui a été votée à l’unanimité. On a mis en place un observatoire de la fin de vie, qui montre bien que les demandes de mort émanent toujours soit de douleurs non calmées, soit de la solitude. La culture palliative avance lentement en France, mais ça n’est pas un problème de législation. »
http://www.europe1.fr/France/Euthanasie-le-Senat-ouvre-une-breche-377271/
Voilà donc une loi qui ne sert à rien puisqu’elle n’est pas appliquée, mais ce n’est pas une raison pour la changer ni même pour la compléter. Mais que les malades qui souffrent se rassurent : un observatoire à été mis en place et il a conclu que les demandes de mort sont formulées à tort par des patients peu éclairés ; ceux-ci ne demanderaient qu’à changer d’avis si on calmait leurs douleurs (mais, depuis des années que la loi Léonetti est en place, Messieurs les Médecins n’ont pas trouvé le temps de le faire), ou bien par des patients dans la solitude, autant dire des gens qui comptent pour rien aux yeux de nos bons chrétiens confits dans le culte de la famille.
Messieurs les médecins, Messieurs les députés, Messieurs le curés, vous nous gonflez ! Nous sommes en démocratie, et c’est la volonté du peuple qui doit s’appliquer !
Nous n’avons pas à mourir à petit feu, dans la souffrance, pour satisfaire aux volontés d’un Dieu sanguinaire, aux marottes des médecins ou aux magouilles d’élus toujours plus prompts à écouter les hiérarchies religieuses dans l’obscurité des bureaux qu’à mettre en oeuvre la volonté très claire de leurs mandants.
Jeanne Bourdillon

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