Le féminisme inavoué de la République française

Publié le 21 septembre 2019 - par - 831 vues
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L’article premier de notre actuelle constitution, la constitution du 4 octobre 1958, dit que la France est « une république indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Cette énumération est incomplète. Il y manque l’adjectif, féministe. La France n’est pas seulement une république indivisible, laïque, démocratique et sociale, elle est également une république féministe.

L’un des faits (ce n’est pas le seul) qui démontrent que la France est une république féministe est l’existence d’organes féministes au sein de l’État. Le plus visible d’entre eux est le secrétariat d’État « à l’égalité femmes/hommes ». Mais cet organe est loin d’être le seul. De nombreuses institutions de l’État ont un organe féministe. L’Assemblée nationale, le Sénat ont également un organe féministe. Chaque municipalité de grande ville à un organe féministe. L’administration française, sans être un organe féministe en elle-même, est mise tout entière au service de la politique féministe de l’État.

Lorsque une déduction leur déplaît, la plupart des gens rétorquent par un argument décisif à leurs yeux, mais logiquement faux : ils répliquent que c’est normal. Puisque l’égalité femmes/hommes n’est pas atteinte, il va de soi que c’est le devoir de l’État et de toute son administration d’agir pour parvenir à cette égalité. Ce qu’ils reprochent à l’État, ce n’est pas d’agir pour l’égalité femmes/hommes, mais de ne pas agir assez pour cette égalité.

Ce que les gens qui raisonnent de cette manière ne perçoivent pas, c’est qu’ils affirment sans s’en rendre compte que ce qui est normal n’existe pas. Si j’affirmais que les automobilistes s’arrêtent quand le feu est rouge, ils en déduiraient, selon leur logique, que les automobilistes ne s’arrêtent pas au feu rouge.

Après avoir rétorqué que la politique de l’État en faveur de l’égalité femmes/hommes est justifiée par l’inégalité, les gens estiment avoir réfuté l’affirmation que l’État français est un État féministe. C’est tout le contraire. Lorsqu’ils affirment qu’il est normal que l’État agisse pour l’égalité, ils ne réfutent pas l’idée que l’État français est féministe, ils expliquent pour quelle raison il l’est : l’État français est féministe parce que l’égalité femme/homme est loin d’être atteinte. En effet, qu’est-ce qu’une politique en faveur de l’égalité femmes/hommes, sinon une politique féministe ? Et qu’est-ce qu’un État qui mène une telle politique, sinon un État féministe ?

J’entends bien que les gens reprochent à l’État son manque d’efficacité, son manque de résultats. Mais en lui reprochant cela, ils ne démontrent pas que l’État n’est pas féministe. Ils lui reprochent seulement de l’être insuffisamment.

N’est-il pas étonnant que l’État français, qui se fait une qualité et un mérite d’être un État social, ne s’enorgueillisse pas d’être également féministe ? Y aurait-il quelque chose de répréhensible ou d’inavouable dans le fait de mener une politique féministe ?

Pierre Peltier

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