Le Figaro fait du Libé, et amalgame sentiment identitaire à racisme

Tous les quotidiens présents sur la toile présentent sur la page d’accueil de leur site la liste des articles proposés, avec pour chacun d’entre eux le titre et un sous-titre synthétique en une ou deux phrases. L’intitulé de ce titre et du sous-titre l’accompagnant est important, car ils permettent à chaque lecteur d’opérer plus rapidement ses choix de lecture et, d’autre part, dans le cas où le lecteur ne lit pas le contenu de l’article, il aura tout de même eu une connaissance, même très superficielle du fait évoqué. Ce que font d’ailleurs énormément de lecteurs pressés, qui ne peuvent tout lire.

Dans l’édition de lundi du Figaro, une de ces accroches effectue un lamentable rapprochement entre sentiment identitaire et racisme. L’article titre : « En Grèce, la crise réveille le sentiment identitaire », le sous-titre indiquant que « L’ONU et certaines ONG dénoncent une augmentation des agressions racistes » (1). Le lecteur pressé et même celui qui lit l’article, mais sans faire preuve d’esprit critique, établiront donc un lien entre l’existence d’un sentiment identitaire et l’existence de sentiments racistes.

La vision exprimée là par l’auteur de l’article est mensongèrement réductrice. Dire que ressentir une identité collective nationale conduit à pratiquer des agressions racistes est une calomnie à l’égard des millions de Grecs ou de patriotes dans le monde s’identifiant aux pratiques culturelles de leur pays. Une calomnie puisque l’écrasante majorité des gens ressentant une identité nationale ne pratiqueront jamais d’odieuses agressions racistes.

Il serait temps que ceux qui voient du nauséabond tout autour d’eux, prennent conscience que ceux qui éprouvent l’amour de leur pays n’en sont pas moins ouverts sur le reste du monde. Au niveau individuel, on sait bien qu’il faut s’aimer soi-même pour aimer les autres. Celui qui ne s’aime pas sera incapable d’apprécier les autres. Au niveau collectif, il en est de même. Pour s’ouvrir aux autres cultures, il faut déjà estimer sa propre culture (2).

Certes, il existe des racistes pathologiques, qui n’entretiennent que des préjugés négatifs à l’égard des autres peuples. Mais ils sont loin de constituer la majorité de ceux qui éprouvent un sentiment identitaire. Et ils ne sont pas seulement l’apanage d’adhérents à une identité nationale.

D’ailleurs, sans aller jusqu’à parler de racisme, que penser de ces donneurs de leçon qui vous tiennent des raisonnements appelant à une solidarité internationale et à l’accueil de tous les immigrés, et qui sont, psychologiquement ou socialement, si fermés qu’ils n’ont parmi leurs fréquentations aucun représentant de la diversité, mot qu’ils chérissent tant, alors qu’il est si facile dans la France contemporaine de s’ouvrir à autrui ?

Et que penser de ces défenseurs d’immigrés clandestins qui, lors de chaque expulsion, nous suggèrent que le retour dans le pays d’origine est une perspective horrible ? Leur assimilation du pays africain ou asiatique à une contrée où il serait indigne de vivre ne pue-t-elle pas un déplorable sentiment de supériorité ?

Il y en a donc marre de ce soupçon injustifié à l’égard des citoyens attachés à leur identité nationale. Pourquoi ce dédain à leur égard alors qu’à l’inverse la mise en avant d’une identité musulmane, d’identités régionales, de fiertés homosexuelles sont, elles, honorées et encensées ? Si ce n’est que le but ultime est de saper les fondements de notre République, en déniant à ses citoyens le droit de l’aimer et d’en être fiers.

Pour en revenir à des détails de l’article, et au rapport de l’ONG Human Rights Watch (3), il s’avère que la plupart des agressions à l’égard des immigrés sont le fait de néo-nazis du parti Aube Dorée, authentiques racistes, ou de gangs, qui considèrent les immigrés comme des proies plus faciles.  On est donc loin de l’ensemble des Grecs, qui effectivement, avec la crise, sont de plus en plus nombreux à revendiquer leur identité hellène.

Mais la Grèce, c’est loin, et peu iront vérifier ce qu’il en est exactement. En condamnant faussement l’attachement à l’identité grecque d’être la source des agressions racistes, il s’agit encore de culpabiliser en le soupçonnant de racisme, celui qui, en France, serait tenté de réaffirmer son identité française.

Et dire que le Figaro est considéré comme un journal de droite ! Après les tambours et trompettes de Sarkozy qui les rangea si prestement après un début de débat mal préparé et éreinté par l’opposition de gauche, il semble qu’on ne puisse guère compter sur les ténors et journalistes inféodés au PS et à l’UMP pour défendre sérieusement l’identité nationale. Militants de ces partis et d’ailleurs, convainquez les en relançant le débat, déjà autour de vous, dans votre entourage.

Jean Pavée

 

(1)    http://www.lefigaro.fr/international/2012/08/27/01003-20120827ARTFIG00479-en-grece-la-crise-reveille-le-sentiment-identitaire.php

(2)    Bien sûr, il est des exceptions ; certains qui haïssent la France de leurs ancêtres adhèrent subitement et avec enthousiasme à une autre culture, mais en général, c’est pour mieux s’enfermer dans celle-là, et on ne les voit pas alors aborder d’autres rivages culturels. Cela leur est impossible, le différend psychologique avec eux-mêmes ou la mère-culture n’ayant toujours pas été résolu.

(3)    http://www.hrw.org/fr/news/2012/07/10/gr-ce-les-migrants-d-crivent-la-peur-r-gnant-dans-les-rues

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