“Le fond du sac”, de Plinio Martini : migrations d’avant, et de maintenant

Publié le 9 février 2020 - par - 3 commentaires - 677 vues
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  Le livre Le fond du sac de Plinio Martini décrit la vie dans le Tessin suisse avant 1950 : une accumulation d’horreurs, pauvreté extrême de familles qui possèdent juste assez de terres pour pouvoir  – mal ! – nourrir ladite famille par temps favorable, familles qui ont jusqu’à 20 enfants ! Ces enfants meurent de maladie, de faim, d’accident dans les montagnes où chaque carré d’herbe est exploité…

 Comment peuvent-ils accepter cette vie ? Comment peuvent-ils être heureux ? Oui, l’auteur montre que ces très pauvres connaissent le bonheur d’être ensemble, de s’entraider, de faire la fête à l’occasion… La seule violence « humaine » venait du curé du village : il surveillait tout, n’aurait pas toléré que des fiancés s’embrassent, qu’un couple n’ait pas tous les enfants « cadeaux de Dieu ».

Tous les enfants allaient à l’école et ceux qui obtenaient un diplôme utile quittaient le village pour pouvoir gagner dignement leur vie dans une ville. Ceux qui n’étaient pas scolaires ne pouvaient pas tous survivre dans le village déjà trop petit pour ses habitants adultes. Ils émigraient.

Oui, ils quittaient leur pays, le plus souvent pour l’Amérique. Là, certains avaient déjà un membre de la famille qui pouvait les accueillir. D’abord, ils obtenaient les papiers nécessaires, l’accord du pays de destination, ils empruntaient l’argent nécessaire au voyage et partaient pour l’inconnu.

 À peine arrivés, ils étaient mis au travail, on leur confiait les tâches ingrates, on les payait mal… c’était toujours mieux qu’en Suisse ! L’argent du voyage remboursé, un pécule amassé, beaucoup de migrants retournaient au pays pour y mener une vie utile aux autres grâce aux dollars réunis, à leur dynamisme. Certains devenaient riches en Amérique… aucun n’y serait resté sans raison impérieuse.

 Et je pense aux millions de migrants que l’Europe voit arriver à l’heure actuelle ! Eux aussi viennent de familles trop nombreuses, de pays où la vie est difficile. La guerre s’ajoute souvent aux conditions pénibles… Les migrants actuels viennent à pied, par bateau, s’attendent à être logés, nourris, soignés dès leur arrivée dans un pays européen…

 Certains migrants – j’en connais – travaillent dur, non seulement pour rembourser les frais du voyage mais aussi pour entretenir une famille qui doit vivre avec 50 euros par mois ! Une partie de l’argent de l’aide sociale belge ou française  envoyé au pays permet de donner un bon niveau de vie n’importe où en Afrique et, s’il y en a qui s’en passent dès que possible,  je connais aussi des migrants qui estiment que cet argent leur est dû et que travailler pour le gagner serait carrément ridicule… certains estiment  normal de recevoir salaire ET aide sociale !

 Beaucoup de migrants actuels vont jusqu’à être convaincus de ce que ce n’est pas à eux de s’adapter au pays d’accueil mais à ce pays de respecter leur langue, leurs croyances, leurs traditions.

 Et on peut se demander comment l’Europe a pu passer de l’attitude digne des Suisses d’avant 1950, attitude partagée par la plupart des Européens de l’époque, à l’organisation d’un parasitisme indigne, indigne aussi bien des accueillants que des accueillis ! Cette question mérite réflexion.

L’indignité de ceux qui accusent invariablement « l’autre » de tous leurs malheurs, l’indignité de ceux qui se soumettent pour « expier des fautes », réelles et imaginaires, du passé, est présentée de manière critique par Kakou Ernest Tigori dans son livre L’Afrique à désintoxiquer. Sortir l’Europe de la repentance et l’Afrique de l’infantilisme. Ce livre est constructif, montre par l’histoire que nous pouvons tous faire preuve de dignité. La dignité a fait et fait la Suisse, elle fait le bonheur de ceux qui en sont capables et le livre de Plinio Martini complète idéalement celui d’Ernest Tigori. Il est temps de réfléchir à un monde digne, aux moyens d’y parvenir !

Mia Vossen

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Notifiez de
Pascale Binamé

Bel article. Dommage qu’il ne soit pas lu par plus de personnes. Cela fait pourtant partie de notre Histoire avec un H majuscule. C’est un thème encore actuel et dont il FAUT absolument parler. Combien de tessinois doivent encore aujourd’hui chercher du travail dans un autre canton ou un autre pays?

zéphyrin

nous sommes nombreux à penser et ressentir la même chose….mais pas assez visiblement.
affaire à suivre…

Anne Lauwaert

De nombreux Tessinois ont émigré vers les Flandres. Certains qui ont fait fortune sont revenus dans leur vallée y investir leurs richesses. Dans une église de la Valle Onsernone un tableau rappelle celui des archiducs Albert et Isabelle à Montaigu – Scherpenheuvel. Ces migrants ont travaillé dans leur pays d’accueil et ont aidé leur pays d’origine. Souvent, quand ils reviennent en visite, ils connaissent encore les vieux dialectes. C’est une histoire passionnante.

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