Le Grand Débat, un cache-misère ?

Publié le 20 janvier 2019 - par - 7 commentaires - 651 vues
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Monsieur Ferry (Luc, pas Jules) se dit gaulliste. Si c’est à la façon de Chirac, bonjour… Dans une tribune libre du Figaro du 17 janvier, il appelle la France, d’après lui « au bord de l’abîme », à se ressaisir, non contre Macron et sa liquidation progressive du pays profond, de son histoire, de son identité, mais contre le danger populiste. Sans doute a-t-il raison de dénoncer l’abandon par les socialistes du social au profit du sociétal (parité, mariage gay, PMA, GPA, communautarisme…) mais il pourrait s’interroger aussi sur cette dérive, ne serait-ce que parce que ces politicards et ces privilégiés (qui ressemblent furieusement à ceux de droite) n’ont plus rien à faire du peuple dont ils ne partagent ni les soucis, ni les fins de mois difficiles, ni le sentiment d’insécurité, ni la peur du chômage. Ces tenants d’un pouvoir alternatif où, tour à tour socialistes et RPR, mitterrandistes et chiraquiens, sarkozistes et hollandistes, macronistes et Républicains se repassent le fromage, n’ont rien à voir avec de Gaulle, homme intègre au-dessus des partis et qui avait, lui, une haute idée de la France.

Certes, Luc Ferry n’a pas dit qu’il fallait tirer sur les Gilets jaunes, propos qui lui avaient été abusivement prêtés, mais il insiste sur le droit pour les policiers menacés à se défendre par tous les moyens mis à leur disposition par la loi sur la légitime défense. On se croirait à la veille d’une guerre civile alors que la plupart des blessés, parfois gravement, sont des Gilets jaunes. Où est la sagesse philosophique en cette affaire?…

Il ne reste plus au philosophe qu’à demander aux braves gens de rétablir la vérité : selon lui, en effet, chaque samedi le nombre des vrais Gilets jaunes diminuerait au profit des casseurs encouragés par l’extrême-gauche, ce qui est faux, l’Acte 10 du 19 janvier le démontre une fois de plus. N’est-ce pas là une façon camouflée de cautionner le pouvoir gardien de l’ordre ? Et ce au moment où le Grand Débat est lancé avec éclat, débat dont on voit bien qu’il s’agit d’une mascarade visant à gagner du temps en feignant d’être à l’écoute des maires, derniers élus auxquels les Français font confiance. Et de prendre en compte leurs questions, assurant que des réponses leur seront apportées d’ici 2 mois… Une façon de duper ceux qui pensent que dialoguer vaut mieux que s’abstenir, sans voir qu’ils font le jeu d’un pouvoir qui, hier encore, les ignorait. Rappelons tout de même que deux tiers des Français n’ont aucune envie de servir la soupe au grand manipulateur et batteur d’estrade. À l’arrivée, que résultera-t-il des débats maires/président, maires/administrés, quant aux retombées économiques et politiques, dans la mesure où certains sujets sont tabous et certains engagements irrévocables ?…

Sans doute, le président est un illusionniste de talent qui sait manifester une empathie avec les maires lorsque ceux-ci abordent les problèmes de leurs administrés, la détérioration du service public, la pesanteur administrative absurde, la pauvreté, l’abandon des campagnes et des villes moyennes… Adoptant une mine grave, approuvant du chef, prenant des notes, le président attend la fin des interventions pour répondre en bloc, ce qui, au passage, lui permet d’ignorer certaines questions, d’en éluder d’autres, puis de sortir le grand jeu. Car Emmanuel Macron est intelligent, habile, brillant, rompu aux joutes oratoires.

Les réponses s’organisent en différentes séquences : au départ, le président relit ses notes et prend la parole. Il se met alors en marche dans un remake de la campagne présidentielle de 2017, allant de droite à gauche, de gauche à droite, s’adressant tantôt à un côté de la salle, tantôt à l’autre. Il regroupe les thèmes abordés, feint de s’excuser s’il en oublie (surtout ceux qui posent problème), jouant la connivence ou l’irritation, la surprise ou l’amusement. Alternant sourires, mines soucieuses, rires complices, n’hésitant pas à user d’expressions populaires, il est infatigable.

Un peu plus tard, il tombe la veste, version Kennedy, et poursuit en cravate et chemise (blanche évidemment), tranchant avec les maires parfois moins à l’aise. Enfin il retrousse les manches, version Front populaire, manière de faire oublier qu’il a été catalogué président des riches.

Ce jeu complexe vise à séduire, à endormir, à jouer au bon roi à l’écoute de ses sujets, et, en même temps, à rassurer par la fermeté, baptisée défense de la légalité républicaine, ceux qu’inquiète le désordre : la droite bien-pensante, hier filloniste, aujourd’hui macroniste, le centre bien sûr abonné aux compromis et aux bénéfices, mais aussi la gauche timorée toujours prête à se ranger derrière un pouvoir susceptible de lui apporter avantages et bonne conscience.

Un exercice d’équilibriste destiné à rassurer l’électorat de droite attaché à ses privilèges, en ne revenant pas sur l’ISF et en reprenant à son compte la loi anticasseurs déposée au Sénat par le Républicain Retailleau. Loi prévue contre les hooligans mais qui serait appliquée ici contre des Français pacifistes en colère qui veulent vivre décemment. Bref, en apparaissant comme le parti de l’ordre face à une France apeurée par les violences tournant en boucle sur les médias complices. Et, parallèlement, à ne pas heurter l’électorat de gauche en refusant de débattre de l’immigration, sujet tabou pour la bien-pensance. Art difficile, car la gauche voudrait que l’on s’attaque à l’ISF, et la droite à l’immigration… Alors il reste à dénoncer, une fois encore, le populisme : la France insoumise, jugée, elle, avec une relative condescendance car, même violente et exaltée, elle reste manipulable en cas de menace lepéniste ; le Rassemblement national, lui, irrécupérable, car décrétée antirépublicain, antisémite, fascisant, même si aucune victime ne peut lui être imputée comparativement au vrai fascisme, islamiste celui-là.

Le but est clair : faire en sorte que les Républicains votent Macron et non Wauquiez savamment dynamité par les petits copains républicains ou ex-républicains : la bande à Juppé, la bande à Raffarin, la bande à Sarkozy, à Pécresse, et autres pétroleuses chics… Même appel en direction de la gauche centriste ainsi que, naturellement, du centre. Quant aux Gilets jaunes et à la France oubliée, le Grand Débat est là pour les occulter jusqu’aux Européennes en espérant que, le souffle retombé et l’espoir en berne, ils s’abstiendront ou voteront blanc. Ainsi Macron pourra caracoler en tête des Européennes, scrutin décisif pour le quinquennat, en coiffant le Rassemblement national. Là est l’urgence : comment, en effet, le président, s’il était désavoué par les urnes, pourrait-il prétendre à dominer l’Europe une fois Merkel disparue ?

Deux boucs émissaires qui ont déjà servi et serviront encore à un pouvoir qui fait eau de toutes parts, deux boucs émissaires accusés de conduire le pays à l’abîme, comme si aujourd’hui, avec Macron, il se trouvait au meilleur de sa forme, alors que la dette, déjà abyssale, continue à se creuser, que le déficit s’accroît, que le chômage est en hausse, que l’insécurité et la violence se généralisent ? Mais, plutôt que de s’affronter à ces graves dangers, mieux vaut, par paresse et lâcheté, opposer les honnêtes gens, les gens raisonnables, les réalistes, les citoyens ne connaissant pas de problèmes financiers et qui réussissent… à ceux qui ne respectent pas les règles du jeu et manifestent : les déclassés, les paumés, les « sans-dents », les « Gaulois réfractaires » (au progrès), les « illettrés », les « assistés », les « fainéants », les « haineux »…, tout en faisant mine de se pencher sur leurs difficiles conditions de vie. Vieux clivage entre le peuple dans ses différentes composantes et la caste au pouvoir et ses obligés. Mais jusqu’à quand la farce du Grand Débat, roulant de région en région, avec, en soliste, un président répétitif, pourra-t-elle étouffer les revendications des Gilets jaunes ? Leur colère, partagée par une majorité de Français exige des solutions immédiates plutôt que des promesses soporifiques ?

Max Chaleil

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Notifiez de
DUFAITREZ

A peine long, une manie sur RL, une fois de plus…
Ferry.. Boat people, qui cherche à faire parler de lui par tous moyens. (Livres, Télé..)
Pape du Transhumanisme et tout ce qui s’en suit… Hélas…
Quant au reste ?

patphil

je me souviens que soljénitsine dans l’archipel du goulag spécifiait qu’il noyait l’administration sous la paperasse, faites comme lui, envoyez vos doléances ! même si vous savez que ça sera mis à la poubelle, ça vous aura permis de les dire

Gib

Combien de maire sont d en marche dans ce débat

Aux Armes Citoyens

Maquereau el arabia a tombé la veste, en chemise, gardant la cravate, les manches quelque peu retroussées, il se l’a fait (et se la pète) à l’ « américaine » (comme dans les films), debout, au milieu des maires dont la plupart ont osé hué Mme le maire qui a eu le cran de parler de l’immigration et son coût, tandis que lui, se gaussait en douce…
Pathétique…
Réussira-t-il a enfumer une fois de plus ?
C’est un sournois, manipulateur, un psychopathe dont on ne cesse de mettre en garde sur la dangerosité du personnage.

Tesquieu

À Souillac, le Roidéc Emmanuel Macron a continué de souiller ceux qu’ils appellent les « fainéants », les « illettrés », les « ceux qui ne sont rien », les « alcooliques », les « gaulois réfractaires », etc. Il s’est marré quand le maire de Saint-Cirgues a expliqué que des concitoyens touchant le RSA n’avaient plus que 40 euros par semaine après avoir payé leurs dépenses obligatoires.
https://www.facebook.com/403505586497759/videos/735382226836443/

kabout

il parait que le macron va nous faire le coup du débat télévisé 12 ou 13 fois…..deja 2 de fait encore une dizaine de fois a laver le cerveau des francais sur les chaines infos ! et pendant ce temps les GJ se rassemble tout les samedi,qu’attend macron ? que lors d’une de ces manifs qu’un décés malheureux d’1 GJ ou d’1 policier intervient en direct sur bfmwc ou Cnews ? et soit disant la popularité de macron remonte a 27% !! a ces journalistes et leurs sondages bidons que feront-ils pas pour sauver macron.

Aux Armes Citoyens

Faut-il changer de stratégie ? Laisser un mois au repos et repartir de plus belle, mais en créant la surprise.
Prendre tous ces génocidaires par surprise.
Parce qu’il est à craindre que tous les samedis, ces rassemblements vont finir par user pour finir en couac…