Le grand remplacement, de Renaud Camus : discours alarmiste ou terrible réalité ?

Publié le 14 novembre 2011 - par - 4 403 vues

Le Grand Remplacement est un livre admirable à plus d’un titre : par son courage, sa lucidité, son écriture. Il restera comme une trace parmi d’autres pour les historiens à venir : une trace prouvant que tous n’étaient pas aveugles, obsédés par les ombres de la caverne manipulées habilement par les chantres d’un monde merveilleux qui se révèlera le pire des enfers s’il se réalise ne serait-ce qu’au quart de ce qu’il souhaite. Une trace qui s’obstine à ne pas oublier nos racines, à les faire parler encore pour appréhender avec précision ce qui est en train de se passer réellement. Les trois discours ici regroupés se répondent mutuellement et brossent un tableau terrible. Il est indispensable à la prise de conscience urgente de nos concitoyens, à tous les niveaux de la société, afin d’éviter, si c’est encore possible, l’accomplissement irréversible du Désastre.

Ce faisant on paraît tenir un discours alarmiste, décliniste, etc. En vérité, c’est la secousse nécessaire au réveil, même tardif, avant que le Réel ne se manifeste dans toute son implacabilité. Car, s’il échappe même à ceux qui s’efforcent de le capter, et bien entendu à ceux qui le fuient, le Réel tôt ou tard se manifeste, et il se venge. Son propre dans ce cas est de faire mal, très mal. Ce livre décrit noir sur blanc le cœur de ce qui se trame avec cette vengeance. Indispensable, il attend qu’un débat sincère, objectif, non biaisé ni idéologique s’ouvre à partir de ce qu’il montre.

Avec ces trois discours de haute tenue, on obtient une somme et un écrit politique majeur par l’un des très rares écrivains de notre temps, si ce mot veut bien encore dire quelque chose aujourd’hui, écrivain ostracisé comme il se doit, et en l’occurrence sans doute le plus ostracisé de tous. Sans concession, sans excès cela dit, avec une écriture dont la limpidité, la haute exigence, la fluidité ne sont pas les témoins d’un labeur, mais d’une attention à la langue, qui dit tout, et d’un rapport à cette dernière, qui relève de l’essentiel.

Nous sommes en France, aussi revient-il en effet à un écrivain, à l’écriture aussi peu “traditionnelle” que possible parce qu’elle est classique au grand sens du terme, aussi peu convenue que possible parce qu’elle fraie les chemins de la véritable modernité — celle de la culture authentique contre tout le culturel de pacotille qui s’impose partout —, de dire que le « Roi est nu », et par où il l’est.

Le Grand Remplacement est un concept aux implications multiples, révolutionnaire à plus d’un titre : il ne se limite pas à la question cruciale du changement de population que subit à grande vitesse notre pays ainsi que tous les pays européens, il replace ce phénomène (sans précédent à cette échelle et à cette allure) dans un cadre bien plus vaste. Le propre de notre époque, en quête permanente d’une “croissance” indéfinie, à base d’une consommation effrénée, c’est bien de vouloir tout remplacer, de vouloir du toujours “nouveau” factice pour remplacer les éléments immédiatement surannés du décor de la vie spectaculaire, de vouloir sans cesse du “nouveau-venu”, en l’occurrence des populations et des peuples entiers, avec armes et bagages civilisationnels, pour nous remplacer. Cette passion mortifère est précisément affiliée sinon à une pulsion de mort, au moins à une volonté de disparaître, et de ne plus assumer la charge de l’existence avec les responsabilités qu’elle entraîne, au premier rang desquelles la fidélité à une histoire, le soin des morts, l’accomplissement d’un destin, la conquête du sens, le regard sur le monde, la participation singulière à sa légende.

Faut-il qu’on ait enseigné l’oubli, la haine de soi, la moraline et l’idéologie qui domine sans partage, notamment par l’entremise du complexe médiatico-culturel (ou clérico-médiatique, comme on voudra) et dès le plus jeune âge à l’école, dans des conditions de plus en plus restrictives intellectuellement, pour arriver à pareille anesthésie et dépression vitale, à pareille entreprise de liquidation de peuples et de civilisations pour le plus grand profit des marchands de camelote ! Faut-il avoir tout mélangé et confondu à force de sophismes, de propagande, et de ressentiment pour confondre “ouverture à l’Autre” et déconstruction létale de soi, société politique et communautarisme généralisé (sous prétexte de “multiculturalisme”), relativisme et inculture crasse (en se fondant toutefois précisément sur la détestation et la culpabilisation unilatérale de sa propre culture, à proportion de l’ignorance à son sujet) !

Cet ouvrage de Renaud Camus, qui forme une sorte de triptyque avec “La Grande déculturation” et le récent “Décivilisation”, est donc une entreprise salutaire de description précise du monde comme il va réellement, et des catastrophes qui se profilent à un horizon de plus en plus proche si le mensonge, l’aveuglement et l’hypocrisie continuent de voiler efficacement “ce qui survient”.

Yannick Guillard

Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi