Le halal, le casher et le business

Décidément nos gouvernants nous prennent pour des idiots : imaginez donc le Parlement européen qui envisage « la mise en place d’une mention obligatoire de l’abattage sans étourdissement sur la viande issue d’animaux abattus selon les rites musulman ou israélite » et notre gouvernement français qui n’y est pas favorable(1) !

Voici les pseudo-arguments officiellement avancés par le Ministère chargé du commerce et de la consommation :

  • « Il considère que cette approche revient à porter une attention particulière sur un type de viande en fonction du mode d’abattage alors même que les viandes concernées n’ont pas de différence organoleptique, sanitaire ou de mode de production.
  • Par ailleurs, elle serait susceptible de stigmatiser, aux yeux du consommateur, des pratiques d’abattage ayant des fondements relatifs à la liberté religieuse.
  • Enfin, un tel étiquetage différentiel serait de nature à déstabiliser les marchés de la viande de manière durable »

Les deux premiers arguments sont une insulte à l’intelligence des citoyens ; toutes convictions confondues. En effet, les juifs et les musulmans pratiquants pourraient se demander : puisqu’il n’y a pas de différence gustative, sanitaire ou dans le mode de production, pourquoi continuerons-nous donc à exiger la traçabilité du halal et du casher ?! Et pourquoi exigerons-nous la stricte séparation de nos cuisines et de nos grils de ceux où d’autres nourritures sont apprêtées ?! Et tous les citoyens pourraient légitimement se demander pourquoi ledit ministère n’a jamais considéré l’étiquetage « halal » dans nos grandes surfaces et sur les devantures de l’enseigne Quick, comme stigmatisant pour la communauté musulmane et pour un certain nombre de nos territoires ?!

La « logique » ministérielle considère donc que l’étiquetage et le séparatisme dans le processus de fabrication, d’emballage et de distribution ne sont nullement discriminants lorsqu’ils sont exigés et pratiqués par une communauté religieuse(2) et que le simple étiquetage est « susceptible de devenir stigmatisant » lorsqu’il est envisagé par nos parlementaires européens !! Nous avons là un ministre ouvertement converti à la langue religieusement correcte. Il en perd l’entendement, le sens des mots et de la réalité. C’est à se demander si la « logique » religieuse ne rend pas bébêtes nos amis humains et si elle n’en conforte pas certains dans une méchanceté devenue inutile envers nos amis les bêtes !

 

Label-religieusement-correct
L'étiquette est stigmatisante, à moins qu'elle ne stipule que c'est "casher" ou "halal"

Il n’y a donc que le troisième argument qui recèle quelque inavouable vérité, savamment camouflée dans un flou artistique. Le ministère y confirme finalement ce que le Figaro avait publié le 20 janvier 2011 (3) : « Selon la Fondation Brigitte Bardot, plus de 60% des ovins-caprins, 28% des gros bovins et 43% des veaux seraient ainsi abattus sans étourdissement (toutes religions confondues), alors que les pratiquants musulmans et juifs ne représenteraient environ que 7% de la population française. ». Autrement dit, la majorité des carcasses abattues et contrôlées par des religieux est finalement écoulée sur le marché de dupes que nous sommes.

Un rabbin et un recteur tout deux étourdis

Le 26 mai dernier, c’est au sein du Conseil économique, social et environnemental (CESE) que j’ai interpellé Dalil Boubakeur et Alain Goldmann, sur deux questions : celle de l’étourdissement préalable et celle des excédents commerciaux(4).  Dalil Boubakeur, médecin de son état et recteur de la mosquée de Paris, a confirmé que les méthodes d’étourdissement actuelles étaient réversibles, c’est à dire que les bêtes n’en meurent pas et que si on ne les égorgeaient pas elles finiraient par reprendre conscience. Il s’est déclaré favorable pour que les musulmans aient recours à l’électronarcose (5).

Comme on peut le constater sur la vidéo mise en ligne par le CESE, l’aplomb du grand rabbin Alain Goldmann lui permet d’affirmer que « nos meilleurs vétérinaires, qui ne sont pas des juifs – ils ne sont donc pas parties-prenantes – estiment que l’abattage rituel, tel qu’il est pratiqué par  les sacrificateurs juifs, est le meilleur au monde car, en moins de 10 secondes, l’animal est totalement insensibilisé. Il a perdu sa conscience de telle sorte que la bête n’a aucune espèce de souffrance ». Autrement dit, les égorgeurs juifs font mieux que les techniques modernes d’étourdissement. C’est à se demander pourquoi les poulets continuent de gigoter lorsqu’ils sont égorgés d’un seul coup, alors qu’ils ne gigotent plus lorsqu’ils sont, au préalable, étourdis par une décharge électrique bien dosée ?!

Quant à la question touchant aux excédents, elle a tout simplement été passée par  pertes et profits (ou plutôt profits sans pertes) par nos deux hommes de religion. Cela dénote leur mauvaise conscience ; en pleine conscience : ils savent pertinemment que leurs pratiques commerciales violent la conscience des concitoyens qui sont d’une tout autre conviction.

En résumé, il y a bel et bien des consciences et des citoyens plus égaux que d’autres. Il vous suffit de vous déclarer juif ou musulman et de faire semblant de souffrir le martyre pour vivre « wie Gott in Frankreich », comme Dieu en France.

Pascal Hilout

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(1)   Question au gouvernement N° : 106119

(2)  Avouons que les juifs de France ne demandent rien à personne et qu’ils n’imposent pas de label « casher » hors des magasins communautaires. C’est donc la loi du nombre, celle du chiffre d’affaires, qui fait que le label « halal » a été adopté par des chaînes de grande distribution et par certaines chaînes de restauration rapide.

(3)  Les pro-animaux mettent l’abattage rituel à l’affiche

(4)  Le 26 mai 2011 – Laïcité : vers un dialogue républicain ouvert ; le vrai débat (voir vidéo à partir de la 81e minute). Mon rappel de la péridurale signifiait aussi aux chrétiens que le soi-disant pêché d’Eve n’a pas condamné les femmes à accoucher dans la douleur.

(5)  Dalil Boubakeur ne peut nous faire oublier que rien n’a été  décidé dans ce sens lorsqu’il était président du CFCM. Maintenant qu’il n’a aucune chance de revenir aux affaires et qu’il peut mettre quelques bâtons dans les roues de ceux qui l’ont remplacé on voit qu’il ne s’en prive pas !

 

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