Le halal va-t-il faire exploser le prix du poulet ?

Publié le 26 avril 2010 - par - 3 288 vues
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La problématique de la viande halal présente, dans le cas particulier du poulet, des spécificités interessantes par leurs implications économiques, et par leur potentiel déstabilisant : soit elles feront monter en flèche le prix du poulet (pour tous les consommateur, musulmans ou pas), soit elles feront éclater la fragile alliance entre islam d’une part, et d’autre part grandes chaînes de boucheries et de restaurants de viandes, dont au premier chef KFC mais aussi notre ami Quick. Il serait amusant, si les laïcs devaient échouer à faire supprimer la restauration rapide halal, que les musulmans y réussissent.

Le présent article n’a pas pour objet de revenir sur les problèmes généraux et de principe bien connus (souffrance animale, mépris de la laïcité) ; il s’interesse spécifiquement au poulet ; celui-ci, par sa petite taille et son prix peu élevé, exige des cadences d’abattage rapides qui ne permettent pas les gestes sacrificiels (égorgement à la main de chaque poulet, prononcé d’une prière) si bien que ceux-ci sont, soit simplement esquissés, soit en réalité souvent absents ; la notion de poulet halal, au sens fort du terme, est impossible à la base, dans les conditions économiques actuelles.

Il est assez réjouissant, pour l’observateur laïc, de voir ces grandes chaînes, qui se sont interessées au halal pour son potentiel théoriquement élevé de rentabilité, découvrir certains aspects de la personnalité de leurs nouveaux amis islamiques et les difficultés qu’il y a à travailler avec eux.

Il importe aussi aux laïcs d’être doublement vigilants, car le conflit entre industriels et religieux a deux issues possibles : soit les industriels renoncent à produire du halal, jugeant son potentiel d’enquiquinements supérieur à son potentiel économique, soit les deux larrons (les industriels d’une part, les religieux d’autre part) sortent du conflit sur le dos d’un tiers absent, le consommateur laïc, qui arrangerait tout le monde s’il acceptait de continuer à consommer halal sans le savoir et d’absorber une partie du surcout lié aux frais sacrificiels.

La filière poulet accusée en permanence de vendre du faux halal

Nous mangeons tous halal sans le savoir et finançons donc ainsi, que nous le voulions ou non, le développement de l’islam. Dans des proportions minimes, entend-on ici et là. Dans un article de 2005 (1), le journal économique Les Echos écrivait : “Petit calcul. Avec un surcoût au kilo estimé entre 3 et 15 centimes d’euro, la somme totale pourrait atteindre 45 millions d’euros pour peu que le marché de la viande halal, hors exportations, s’élève effectivement à 300.000 tonnes.”

La “taxe islamique” , selon cet article, serait donc de 3 à 15 centimes par kilo. Cette estimation n’est pas spécifique au poulet.

Mais elle pourrait bien monter en flèche avec l’actuelle offensive sur le poulet, qui pourrait en faire exploser le prix. Explosion qui pourrait évidemment concerner aussi le consommateur non musulman, puisqu’on lui vend de la viande halal sans le dire.

Des organismes comme Al Kanz (2) ou AVS (3) ciblent tout particulièrement la chaîne de restauration rapide KFC, spécialisée dans le poulet, et son fournisseur Doux. Tous les forums musulmans bruissent de ce buzz: KFC vendrait du faux halal (4). Au lieu de réserver le halal à une partie de ses restaurants, comme le fait Quick, KFC se veut 100% halal. Mais, selon, entre autres, Al Kanz et AVS, les certificats seraient délivrés avec laxisme.

Cependant, au delà du cas particulier de KFC et de Doux, c’est toute la filière poulet qui se voit remise en cause par des exigences sans cesse croissantes des intégristes du halal. Al Kanz souligne sans rire le laxisme supposé de l’Arabie saoudite (5) en matière de poulet halal.

Il importe de préciser en exergue que les exigences pour considérer une viande comme halal varient fortement d’un religieux à l’autre, et donnent parfois lieu à des délires interprétatifs. A la base, le Coran (La Table, V, 5) (6) indique : « Vous est permise la nourriture des Gens du Livre, et votre propre nourriture leur est permise. » . Or, parmi les « Gens du Livre », il y a les chrétiens, qui n’ont aucune exigence rituelle en matière de nourriture. On ne voit donc pas trop, dès le départ, pourquoi il faut toutes ces revendications et ces dérogations aux règles classiques d’abattage, puisque la nourriture du Français catholique lambda convient (à la seule exception du cochon). Les exigences sur le halal comportent une bonne part de surenchères qui n’a rien à voir avec la pratique paisible d’une religion, et montrent bien que nous sommes dans le cadre d’une pseudo-religion en réalité politique.

Problèmes de cadences spécifiques au poulet

Pourquoi, de plus, le cas du poulet est-il aussi spécifique ? Pourquoi les accusations de faux halal lui sont elles quasiment consubstantielles ? Ou encore, dit autrement : pourquoi la filière poulet est-elle incapable, dans des conditions économiques normales, d’obéir à des normes halal dans leurs formes les plus strictes (ou les plus volontairement complexifiées) ?

Tout simplement parce qu’un poulet est un animal de petite taille. Si l’on paie une personne à effectuer un rituel sacrificiel pour chaque poulet individuellement, la cadence en est considérablement ralentie (contrairement au cas d’animaux de grande taille, pour lesquels l’accomplissement du rite est sans influence majeure sur la cadence).

Pour des raisons de rentabilité, l’abattage du poulet est mécanisé partout, y compris dans le cas du poulet halal. C’est sur ce point que porte la controverse : pour les intégristes du halal, chaque poulet devrait être égorgé à la main par un “sacrificateur” obligatoirement musulman et en récitant une prière.

Or, d’après Rue 89 (4), relayant le point de vue de la mosquée de Lyon, un sacrificateur rituel ne peut pas aller au-delà de 1800-2000 volaille/heure, mais la cadence chez Doux atteint 7000 à 8000 poulets /heure ; un syndicaliste aurait même parlé de 380 000 poulets par jour, ce que Al Kanz relève (7) dans un article spécifique.

Pour sacrifier 8000 poulets en une heure, il faudrait en théorie quatre “sacrificateurs” (2000 x 4 = 8000) ; en huit heures, ces quatre “sacrificateurs” peuvent en théorie tuer 64 000 poulets. Il en faudrait environ 25 pour tuer 380000 poulets. Autant d’emplois qui seraient bien sur réservés à des musulmans. De même que ceux des contrôleurs destinés à surveiller les sacrificateurs ainsi que les circuits de la viande en général, car les exigences des plus prédateurs, comme le certificateur AVS (3), ne se limitent pas à vouloir réserver à leurs coréligionnaires les emplois d’ouvriers d’abattoir (rebaptisés pour ce propos sacrificateurs) mais tendent à mettre sur pied une véritable machine bureaucratique. Nous conseillons au lecteur d’explorer page par page le site d’AVS, la lecture en est édifiante.

Nous ajouterons que l’offensive est internationale. La mobilisation contre KFC est aussi intense en Grande-Bretagne qu’en France (8). On s’amuse de voir KFC particulièrement ciblée, alors que la difficulté de produire du poulet halal pas cher ne lui est pas spécifique. Peut-être cette entreprise est-elle attaquée en tant que maillon faible : ses restaurants étant 100 % halal, elle peut difficilement se permettre de résister à outrance. Si nous n’étions pas sur un journal laïc, je m’amuserais à souligner qu’on est parfois puni par où l’on a pêché …

Cherche-t-on à financer une bureaucratie du halal ?

Rue 89, toujours présent pour soutenir les exigences islamiques, précise :

“Mais la question ne fait pas consensus, comme le précise Hadjabelaziz Di Spigno :

« Les certificateurs sérieux considèrent que l’abattage doit être manuel. Le sacrificateur doit être différent du contrôleur, celui-ci doit faire des visites inopinées à l’abattoir. Or sur le terrain, les deux fonctions sont souvent mélangées. »

Pour l’Association Rituelle de la Grande Mosquée de Lyon, une certification hallal de qualité nécessite :

La présence permanente d’un ou plusieurs contrôleur(s) rituel(s) durant toute la durée de l’opération de production hallal, et ce depuis le sacrifice rituel jusqu’au conditionnement final du produit.

L’animal doit impérativement être vivant au moment du sacrifice.

La traçabilité complète de l’ensemble des matières vendues dans le restaurant (quelles soient carnées et non carnées dans la mesure où certains additifs sont illicites),

Des contrôles rituels quotidiens inopinés pour vérifier que les produits vendus correspondent bien au cahier des charges édicté par l’organisme de contrôle.”

C’est donc beaucoup d’emplois et de salaires que nécessiterait la certification halal telle qu’on la rêve chez les plus intégristes, ou chez les plus désireux de créer des emplois pour leurs coréligionnaires. D’autant plus que, au delà de l’abattage, c’est, pour les plus intégristes, toute la filière qu’il s’agit d’agréer, comme dans le cas du certifcateur AVS (3), qui ne tolère pas la présence de viande non halal dans une boucherie halal.

De combien augmenterait le kilo de poulet si ces exigences rituelles infinies étaient satisfaites ? De 20 % ? De 50 % ? De 100 % ?

Difficile à dire. En tous cas, il est clair que l’augmentation ne se limiterait pas à quelques centimes par kilo.

Nous sommes aussi concernés

Si les filières halal et classique étaient bien séparées, si le consommateur savait ce qu’il achète, ces questions de surcoût ne seraient pas très graves. Un consommateur, musulman par exemple, a toujours le droit de multiplier les demandes coûteuses à condition de les payer lui-même, sans mettre à contribution le consommateur non musulman.

Oui mais voilà … il a été jusqu’ici impossible d’obtenir un étiquetage clair assurant le consommateur que la viande qu’il achète est non sacrificielle.

Catherine Ségurane

http://archives.lesechos.fr/archives/2005/LesEchos/19349-49-ECH.htm

http://www.al-kanz.org/

http://www.halal-avs.com/

http://eco.rue89.com/2010/02/05/kfc-affirme-que-son-poulet-est-halal-mais-ne-convainc-pas-137050

http://www.al-kanz.org/2009/12/28/doux-arabie-saoudite/

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Koran_(Traduction_de_Kazimirski)_5

http://www.al-kanz.org/2010/02/05/kfc-doux-enquete/

http://fr.novopress.info/56407/business-halal-les-musulmans-se-mobilisent-contre-kfc/

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