Le lent effacement de Dupont Lajoie

Aujourd’hui était un jour de liesse républicaine. Le citoyen français Jean Dupont, dans sa mairie de quartier pavoisée aux trois couleurs arborant la devise en triptyque, s’apprêtait à signer au bas du registre de l’état civil son engagement en épousailles avec madame Marie Dupuy, née en Valais, Suisse. Au bord des larmes, au comble de la joie, il lui offrit l’alliance en piercing, à la narine gauche. Esbaudie, toute l’assemblée applaudit, émue par le ventre rebondi de la mariée vaguement caché par les mousselines d’une blancheur virginale. C’était décidé depuis belle lurette, l’enfant se prénommera Warren – surtout pas sur les fonts baptismaux, c’est d’un has-been ! – et arborera le patronyme Dupont-Dupuy. Fi du patriarcat et des lignées en primogénitures ; l’égalité doit prévaloir en actes militants, en dilutions de filiations. Peu importe si la traditionnelle arborescence se voit frappée d’obsolescence programmée. Que les généalogistes s’y adaptent, si tant est qu’il en reste demain !

18 septembre de l’an de disgrâce 2020 après J.-C. (Jésus-Christ) An 21 de l’ère d’Homo Antipodus après P.M. (Philippe Muray)
28 ans après, l’oisillon maladroit a pris son envol. Le jeune Franco-Suisse Warren Dupont-Dupuy est tombé en amour. Il compte bien enfin s’installer après s’être pacsé avec mademoiselle Kévina Durand, citoyenne belge légèrement congolaise. L’enfant qu’ils envisagent de coproduire en GPA – chacun étant, par infortunes de rencontres toxiques, affecté de gonocoquies stérilisantes – s’appellera tout naturellement Dupont-Dupuy-Durand. Véritable citoyen européen en une triple nationalité : franco-suisso-belge, ou bien belgo-franco-suisse… ou toute autre combinaison de valeur équivalente.

32 ans plus tard, reconnu par la loi sur la GPA de 2025, leur rejeton, le sémillant Nelson-Harlem Dupont-Dupuy-Durand tombe sous le charme de la jeune Aminata Coulibaly, la quatrième fille issue de la troisième femme de leur voisin de palier franco-malien ; appartement lui ayant été attribué, il y a près de douze ans, par Le Droit Au Logement Opposable inscrit dans la constitution de la VIIe République. Après que le prétendant Nelson-Harlem se fut converti en chahada pour obtenir le blanc-seing du patriarche, l’imam les lie en phrases rituelles, pour le meilleur et pour le pire.
Leur fille, obtenue par les voies les plus légales et naturelles qui soient – les autres alternatives ayant été déclarées « haram » par la 32e fatwa de 2048 – s’appellera tout simplement Malala Coulibaly-3D. Il ne faut quand même pas compliquer les choses de façon inutile ; Mémé réac ayant été poussée depuis des lustres dans le fossé aux orties.

On n’en doute pas. Malala Coulibaly-3D sera une exemplaire citoyenne du monde… du monde de l’Oumma. Ne pouvant s’empêcher de pousser son ultime chant du cygne, le vieux chanteur oublié Mickey 3D en fera un tube sentimental, numéro un pour trois jours dans le top cinquante… ou, plus dans l’air du temps, un hit number one dans les charts, scandé sur un rythme de slam assaisonné d’un peu de rap.
Quand on est devenu minoritaire, faut savoir faire profil bas… et faire soumission pour le bonheur de tous dans le Grand Projet… et que vive le « vivre-ensemble » !

À Michel Houellebecq (ainsi que Philippe Muray, vous l’aurez deviné).

Frédéric Sahut

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3 Commentaires

  1. je rêve que ce ne soit qu’un rêve …. mais il se peut que ça devienne réalité

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