Le libre-penseur René Pommier revendique le droit d’être islamophobe

Publié le 4 juin 2012 - par

En écrivant « Rire et colère d’un incroyant » (1) René Pommier annonce la couleur et il sait, certainement, qu’il fera grincer bien des dents. Cet agrégé de Lettres, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm, Docteur d’Etat, spécialiste de la littérature du XVII eme siècle, a condensé dans ce petit ouvrage tout ce que lui inspire les religions:  Rire et colère…. ! Ce n’est pas un hasard si Voltaire illustre la page de couverture.

Élevé, comme beaucoup dans la religion catholique, « mais esprit lent », il a mis 24 ans à s’en détacher. Quand il pense religion il y juxtapose souvent le mot faribole. Il écrit : « Si les croyances religieuses me font souvent pouffer de rire, elles me font aussi, et sans doute plus souvent encore, étouffer de colère. Car, par leur absurdité, elles constituent une insulte à l’intelligence humaine et jettent le ridicule sur notre pauvre espèce ».  Ses amis croyants lui reprochent souvent de faire des plaisanteries faciles sur la religion, mais dit-il : «  A qui la faute si elles sont faciles ?  ….La religion ne serait pas une mine inépuisable  de plaisanteries faciles, si elle n’était pas d’abord une mine inépuisable de stupidités ridicules ».

Les religions le font rire et lui inspirent quelques mécréantises parmi lesquelles  j’ai  sélectionné  les 2 plus courtes:

« On dit que le Christ n’a jamais ri une seule fois dans sa vie. C’est que personne n’a jamais pensé à lui dire que sa mère était vierge”.

Les musulmans ne cessent de dire qu’Allah est grand. Pour parler comme les jeunes d’aujourd’hui je dirais plutôt qu’il est «  grave ». 

Les incroyants seraient-ils des êtres supérieurs, et les croyants  dépourvus  d’intelligence?

« Devant l’absurdité des croyances religieuses, la première réaction de l’incroyant est nécessairement de se poser des questions sur le quotient intellectuel des croyants ». Mais il ne pense pas, pour autant, que tous les croyants sont des imbéciles, ni non plus, d’ailleurs, que tous les incroyants sont nécessairement intelligents. « On aurait de très bonnes raisons de s’interroger sur l’intelligence, voire sur la santé mentale  de Pascal, si les travaux scientifiques et tant d’autres textes admirables n’étaient pas là pour nous prouver qu’il n’en était pas moins un grand savant et un esprit tout à fait supérieur ». « La véritable explication est à chercher ailleurs que dans une question d’intelligence. Sans s’en rendre compte, Pascal ne cesse de nous dire dans ses Pensées pourquoi il se raccroche désespérément aux prétendues « vérités chrétiennes ». Il reproche  aux hommes de s’adonner au divertissement parce qu’ils sont incapables  de regarder en face «  notre condition faible mortelle et si misérable que rien ne nous peut  consoler lorsque nous y pensons de près »….

Et c’est là que René assume un raisonnement  qui agréera à beaucoup d’ incroyants, qui, peut-être, ne se le sont jamais clairement formulés : «  Mais c’est lui ( Pascal) qui refuse de regarder notre condition en face, c’est lui qui ne veut pas admettre que nous ne sortons du néant que pour y retourner sans avoir jamais pu seulement entrevoir pourquoi nous en sommes sortis quelques temps…. C’est le croyant qui croit détenir la vérité « unique et universelle ». Ce n’est pas l’incroyant. Celui-ci est, au contraire, convaincu que cette vérité est inaccesssible à l’homme ».. Eh oui pour de nombreux incroyants tout est là…. ! Je retrouve dans ce passage, l’esprit de mon quatrain  préféré du grand poète persan Omar Khayyam :

Ma venue ne fut d’aucun profit pour la sphère céleste ;

Mon départ ne diminuera ni sa beauté ni sa grandeur ;

Mes deux oreilles n’ont jamais entendu dire par personne

Le pourquoi de cette venue et celui de ce départ.

Rire des religions est-ce un droit ou un signe d’intolérance ?

Il revient sur un propos de M Patrick Charaudeau(2), cité dans le Monde en décembre 2006 par  l’intermédiaire de Robert Solé le médiateur : «  Au nom de nos valeurs de laïcité, nous demandons à l’autre d’accepter que sa croyance soit critiquée. Or il ne la considère nullement comme relative …  Ayons l’humilité  de reconnaître que l’on ne peut se moquer de tout, n’importe comment, face à un autre qui est imprévisible et différent. Le droit à l’irrévérence est à ce prix ».

C’est là ou l’auteur arrive au plus profond de son raisonnement « Certes, j’en suis aussi conscient que M Charaudeau, le croyant considère ses croyances non comme relatives, mais comme sacrées. Et c’est évidemment la raison principale pour laquelle l’incroyant ne peut éprouver pour elles qu’une grande méfiance et une profonde hostilité ». A partir de cette donnée René Pommier réclame pour les croyants le droit de pouvoir déclarer que les religions profèrent des vérités sacrées, venant tout droit de la parole de Dieu, mais réclame aussi pour les incroyants le droit de contester et de se moquer de ces sacro-saintes vérités !  C’est cela pour lui la tolérance. Il souhaite qu’on puisse en rire sans être condamné, qu’on puisse être hostile à l’islam et le dire sans être accusé de racisme, car pour éviter de réfléchir et se remettre en question: « Il est plus flatteur de se dire qu’on est victime de préjugés racistes plutôt que d’admettre qu’on vous reproche de croire à des stupidités ridicules ». Il n’y a que l’islam à avoir trouvé la parade «  Personne ne songe à accuser de racisme anti- français tous les Français, qui, comme moi,  nés dans des famille chrétiennes, ont non seulement perdu la foi, mais affichent leur irréligion ».

Il admet que la religion chrétienne a mis un peu d’eau dans son vin  et l’explique par le fait que les croyants ont, au fil du temps, perdu leurs certitudes. Aucun  chrétien ne s’exprimerait aujourd’hui comme Paul Claudel: “Ne me perdez pas avec les Voltaire, et les Renan, et les Michelet, et les Hugo et tous les autres infâmes! Leur âme est avec les chiens, leurs livres sont joints au fumier. Ils sont morts, et leur nom même après leur mort est un poison et une pourriture” (3) . L’auteur pense que l’islam   n’a pas encore pris le chemin  de son introspection, (le prendra -t-il jamais d’ailleurs?). Il cite les pensées profondes et extravagantes de l’Ayatollah Khomeiny(4)) : « L’homme et la femme non musulmans sont impurs au même titre que l’urine, l’excrément, le chien, le porc et la sueur du chameau mangeur d’excréments humains ». On a de la peine à penser qu’un  brillant esprit ait pu penser et écrire cela, et René alors de poursuivre : «  il est pour le moins difficile de ne pas concevoir aussitôt, quand on n’est pas musulman, une vive antipathie pour la religion, dont un tel individu a été, de son vivant le principal phare et reste une des grandes lumières ».

Après cela, insiste-t-il : « l’islamophobie n’est pas une tare dont on doit avoir honte ; ce n’est pas une pathologie qu’il vaudrait mieux cacher : c’est, au contraire, la réaction saine et légitime de tous ceux qui sont attachés aux valeurs de l’humanisme laïque et rationaliste lorsqu’ils découvrent l’islam ».

Cet ouvrage décoiffera bien  des croyants et nombre  de bien-pensants. Ce pamphlet semblera cependant utile aux autres,  en ces temps ou l’on veut   faire taire ceux  qui ne pensent pas comme il faut, ceux qui osent critiquer les religions et qui veulent encore garder  le droit d’en rire…. Le temps leur est compté, les censeurs sont en embuscade pour rétablir l’interdit du blasphème et clouer au pilori les blasphémateurs, comme au temps du Chevalier De la Barre. Certains   Libres Penseurs  et  gens de gauche,  ne  sont-ils pas  passés,  sciemment ou non , (ou pour asseoir un pouvoir politique ), dans le camp de la réaction ?

Ceci devient un véritable problème  puisque cette Réaction est de plus en plus obscurantiste  et déterminée à contrer les enseignements de la Philosophie, de l’Histoire, des  Sciences, et de toutes les matières basées sur l’étude des faits et de la rationalité.   Notre personnel politique et, bizarrement celui de gauche, fait de plus en plus allégeance aux pouvoirs religieux. C’est un véritable recul et ce pourrait être le début d’un  naufrage intellectuel de notre société !

Chantal Crabère.

(1)Rire et colère d’un incroyant De René Pommier aux Editions Kimé

(2) Patrick Charaudeau Professeur à l’Université de Paris XII

(3) Cinq grandes Odes, Magnificat, in Œuvre poétique Editions La Pléiade

(4) Principes politiques, philosophiques, sociaux et religieux de l’Ayatollah  Khomeiny.  Editions libres Hallier 1979

 

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