L’anormal manque de culture militaire des hauts fonctionnaires

La promotion Voltaire de l’ENA…

Un de mes plus proches amis, Saint-Cyrien, ancien officier de Régiment Etranger Parachutiste, ayant l’expérience de la guerre, et dont je ne cite pas le nom par discrétion, m’a transféré par courriel des commentaires, qui ne sont pas de lui, à propos d’un rapport de l’HCECM ( Haut Comité d’Evaluation de la Condition Militaire ) regrettant le manque de culture militaire de certains hauts fonctionnaires depuis la « suspension » du service militaire obligatoire et qualifiant ce manque d‘anomalie. J’ai trouvé ces commentaires globalement très pertinents et je lui ai répondu ce qui suit.

Bonjour P….

Je te remercie pour ces commentaires, que tu viens de me transférer, sur le rapport du HCECM à propos du manque de culture militaire des hauts fonctionnaires depuis la fin du service militaire obligatoire. Ce rapport met judicieusement le doigt sur un problème très sérieux, même s’il est insidieux et inaudible pour le grand public. Je crois en effet que ce manque de connaissance de la chose militaire a une conséquence grave, notamment chez les énarques budgétaires et beaucoup de responsables politiques : elle contribue à leur faire considérer le budget du Ministère de la Défense comme une variable d’ajustement. Phénomène bien connu et malheureusement récurrent depuis des décennies.

J’adhère donc tout à fait à l’esprit de ce rapport du HCECM et à ces commentaires, même si j’ai des réserves sur certaines observations ou modalités de réforme. Ce que je vais faire à propos de l’école la plus mise en cause dans ce rapport, l’ENA.

Au chapitre des observations, tu connais mes réserves sur la « diversité » dans nos forces armées. Je pense qu’il est imprudent et naïf de se féliciter d’une diversité qui contribuerait à l’image d’une armée en adéquation avec la Nation. Cette adéquation est sans doute à rechercher, mais certainement pas au point d’incorporer dans une proportion importante et de former militairement des gens dont la loyauté à l’égard de la France est loin d’être garantie….

Quant aux modalités, je pense que ce que suggère le rapport (une durée significative de formation d’élève-officier suivie d’un service effectif dans une unité) est trop chronophage pour la direction de l’ENA et pour le Ministère de la Fonction Publique. Et surtout par rapport à l’état d’esprit des élèves qui, ne l’oublions pas, ont déjà un certain âge quand ils intègrent l’école, en tout cas un âge nettement supérieur à celui des élèves qui viennent de réussir le concours d’une école d’ingénieurs ou de l’une de nos grandes écoles militaires.

Je verrais plutôt un stage de trois mois, à prendre sur l’année de stage, en préfecture, en ambassade ou autre, qui précède la scolarité proprement dite.

Ce stage serait à faire en principe dans l’un de nos camps d’entrainement (Mourmelon par exemple). Au programme : mise en condition physique de base (footing et musculation 6 jours sur 7, plusieurs heures d’endurance le dimanche), tir aux armes individuelles et entretien de ces armes, self-défense, manœuvres collectives d’infanterie, de jour et de nuit, notions de « survival » … et conférences faites par des historiens militaires sachant captiver leur auditoire, style professeurs d’histoire à Saint-Cyr. Logement par chambrées de huit. Encadrement assuré par de bons sous-officiers (ils le sont presque tous maintenant) avec, pour instructeurs, de jeunes lieutenants issus de Saint-Cyr, à raison d‘un pour 24 élèves (trois chambrées). Ce stage devrait concerner la quasi-totalité de chaque promotion. Les élèves n’y auraient aucun grade, sauf ceux qui, au moment du concours, ont déjà un grade militaire. Au titre de ces rares exceptions, je ne vois guère que ceux qui, ayant fait une grande école militaire vers 20 ans, intègrent plus tard l’ENA au concours fonctionnaire. Ceux-là feraient autre chose pendant ces trois mois. Quant à la séquence formation d’officier puis service effectif, je pense qu’elle devrait être réservée (et même imposée !) aux élèves qui, à la sortie de l’école, choisissent d’être administrateurs civils au Ministère de la Défense. Je pense qu’ils pourraient faire l’école d’application d’une arme, puis effectuer un temps de commandement (de 6 mois ou un an) comme chef de section ou équivalent, en unité.

Mais, à part un peu de connaissances « techniques », l’objectif essentiel de ce stage de trois mois, outre l’effet cohésion, qui est garanti, serait qu’ils en gardent un bon souvenir !

Pour la majorité de la promotion, il ne peut guère être question d’en faire en trois mois des officiers aptes à commander sur le terrain. Donc, à l’issue de ce stage, on pourrait, par exemple, leur donner un grade modeste, sergent par exemple, sauf peut-être pour ceux qui auraient fait l’effort et pris le temps d’effectuer une préparation militaire (PMS ou PM Para) avant le concours d’entrée et qui pourraient être alors nommés tout de suite sous-lieutenants. Les autres, la majorité, ne deviendraient officiers, de réserve, que s’ils effectuent un minimum de périodes militaires pendant les premières années de leur vie professionnelle. Et un stage d’un mois, par exemple comme aspirant dans une unité opérationnelle, quelques années après la sortie de l’école, pourrait clôturer cette période probatoire tout en leur procurant des souvenirs et des références.

Voilà, mon cher P….  l’état provisoire de mes réflexions.

Eric Lhullier

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18 Commentaires

  1. J’ ai bien connu les camps de Mourmelon et de Bitche en 70 et 71 , pendant les périodes bloquées de P.M.S. .Les conditions étaient spartiates (eau froide le matin et poêle a bois la nuit) ; on nous faisait faire des pompes au petit matin a Mourmelon sur l’ herbe gelée en Février (et sans gants) ,mais nous avions 21/22 ans ,étions tous volontaires (par définition) et motives.
    L’encadrement était de grande qualité ( des gendarmes mobiles comme sous-off., un St Cyrien comme Lieutenant et un para comme commandant de compagnie) .
    Cette période de P.M.S.& les E.O.R. qui ont suivi m’ont enseigne 50% de ce qui m’était nécessaire en tant que cadre dans le prive, le solde se ventilant entre l’expérience de terrain et la formation continue.. Beaucoup de nos fonctionnaires auraient a y gagner .

  2. C’est très clair, intelligemment expliqué.
    Rien à redire. Bravo ??
    Un français de l’ étranger.

  3. Au lieu de ça, les énarques ont fait quoi ? Ils ont créés le SGA gouverné par des hauts-fonctionnaires civils afin de garder un œil et la main-mise sur tout le système militaire.
    Le management à remplacé le commandement. Ils ont voulu gérer l’armée comme une entreprise du CAC40, alors que celle-ci n’a pas vocation à produire des dividendes, ce qui a conduit à sa ruine (élément de CV indispensable à tout énarque, d’ailleurs et le récent accident de l’Antonov 26 loué à Abidjan en est une preuve ).
    Ils ont remplacé optimisation par rendement financier et ministère régalien par vase communicant.

  4. La France joue un vilain jeux avec l’Armée et ceci depuis longtemps. Nommer comme Ministre des Armées une énarque qui n’a aucune notion de ce qu’est l’Armée et aucune affinité avec celle-ci c’est une faute très lourde qui peut avoir de très lourdes conséquences. Il est à noter qu’avec un salaire de 52 569 euros par mois (selon l’hebdo Marianne) la question se pose : comment se fait-il qu’elle soit nommée à un tel poste ?

  5. De deux choses l’une : où le gouvernement prépare la guerre (inévitable) en y mettant les moyens, où « on fait semblant » et la France est (déjà) foutue…

    • ..perso..je pense que macron a choisi la seconde option..
      Mais, nous, non..la résistance est donc de mise…

  6. pour classes et pelotons il faut 6 mois, alors en 3 mois même pas au niveau du cabot

  7. Le problème est que l’armée française dans quelques années ressemblera à l’équipe de France de foot vu la gueule de la jeunesse les bidasses seront tous au régime halal ! Pour ma part je m’identifie d’hors et déjà et sans hésitation à l’armée Visegrad !

    • votre remarquee est très juste ; nous sommes dans la situation des Romains qui discutaient de qui commanderait la légion alors qu’Odoacre s’emparait de la cité

    • la comparaison avec l’équipe de foot est pertinente, c’est pourquoi ceux qui, aprés Mariiine viiite, disent je soutiens l’armée car elle est avec nous, vont au delà de graves déconvenues

  8. Un jeune Président qui n’a jamais mis les pieds à l’Armée !
    Une Femme, « ministre », non plus, et pour cause !
    C’est du Feydeau !
    Les Généraux acceptent ? La Troupe aussi ?
    Un Général Ministre est une obligation ! LUI, sait de quoi il parle !

    • ça c’est fini depuis Bigeard, remarquons que les Enarques, aussi incompétents en gestion d’entreprise que le français moyen, pondent des lois qui sont autant de boulets pour les entreprises et donc pour l’emploi

      • Pas tellement remarqué la haute intelligence militaire de l’état major français depuis l’affaire Dreyfus.

  9. A force de dire que la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires… Les Français auront ce qu’ils méritent. Tant pis pour la France.

    • on dit aussi que l’armée gagne les batailles et que les politiques perdent la guerre, le cas de l’Algérie confirme la constatation

  10. Quant on voit les décisions « militaires » de Chirac, Hollande, Chevènement, Quilès et d’autres, qui, tous, ont fait leur service… Je ne suis pas persuadé de la pertinence du stage.
    Pour moi, MAM a été un des moins mauvais ministres des Armées.
    Quant au niveau supérieur de réflexion stratégique, depuis De Gaulle (relire Peyrefitte), qui pensait vraiment en stratège, laissez-moi rigoler !
    Un jeune militaire (30 ans de maison), ennemi du service militaire !
    Il y a les armées professionnelles et les armées d’amateurs…

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