Le manque de soignants et la bureaucratie ont tué une malade en CHU

10/11/2022 (2022-11-10)

Par Gérard Delépine, chirurgien orthopédiste
https://t.me/DrDelepine
gerard.delepine@bbox.fr

Tous les chirurgiens orthopédistes considèrent les fractures du fémur comme des urgences vitales. Ce type de fracture entraîne en effet des douleurs intenses, empêche les mouvements et, malgré les antalgiques, gêne le sommeil rendant la vie extrêmement pénible. Retarder l’intervention indispensable accroît le disque de phlébite et d’embolie pulmonaire. Durant mes 45 ans d’expérience chirurgicale, je me suis toujours organisé pour les opérer dans les 48 heures de l’hospitalisation (dès le bilan anesthésique réalisé). Aussi je suis scandalisé par le drame de cette femme de 77 ans, admise dans un CHU pour une fracture du fémur et morte dans des conditions inhumaines après une semaine d’attente d’une opération sans cesse reportée 1 2.

Un tel drame témoigne de l’état catastrophique du système hospitalier français

En 2019, la gravité de la crise hospitalière était déjà soulignée par des grèves quasi permanentes des personnels des urgences, mouvements qui ont été méprisés, parfois violemment réprimés (aux lanceurs de balles de défense) puis suivis du simulacre de concertation du Ségur de la santé 3 n’octroyant que 19 milliards au système hospitalier et 8 aux personnels tout en instaurant un plafonnement de la rémunération des médecins intérimaires entraînant de nombreuses démissions 4. La disproportion entre ces aumônes accordées aux hôpitaux et le seul coût des tests PCR inutiles (près de 15 milliards) et non fiables 5 ou celui des confinements (plus de 400 milliards) pour « éviter la surcharge du système hospitalier » mesure les conséquences financières désastreuses d’une politique comptable à court terme abandonnant l’hôpital, les soignants et les malades.

Considéré comme le meilleur du monde au début du siècle 6 notre système sanitaire a ainsi été relégué à la 16place lors du classement 2020 de l’institut Legatum7.

Cette chute a été depuis lors aggravée par la politique sanitaire Véran-Macron qui a fermé 5 800 lits en France, en 2020 tandis que la gestion tyrannique des ARS — arc-boutées sur leurs certitudes comptables excluant soignants et malades a culminé par l’obligation vaccinale des soignants totalement injustifiée. En plus des soignants et administratifs hospitaliers, exclus sans indemnités ni droit au chômage, cette obligation infondée a entraîné des prises de retraite anticipées et des réorientations professionnelles aggravant lourdement le manque de soignants dans les hôpitaux et multipliant les déserts médicaux.

Actuellement 20 % des lits sont fermés faute de personnel, plus de cent services d’urgence ferment la nuit 8 9 10 11 et d’innombrables services de chirurgie opèrent au ralenti faute de personnel.

Mais le pouvoir maintient l’obligation vaccinale totalement injustifiée puisqu’il est maintenant définitivement établi que les faux vaccins n’empêchent pas les contaminations.

C’est le manque de personnel de bloc opératoire qui a entraîné le report dramatique de la malade qui en est décédée.

Le manque de soignants en salle est certainement la cause du défaut d’alimentation de la malade durant une semaine.

La fille de la malade, Murielle, accuse l’établissement de ne pas avoir nourri sa mère durant plusieurs jours.

« Elle a eu un bouillon de légumes le 24 au soir et c’est la dernière fois qu’elle s’est nourrie. Quand elle réclamait à manger, ils lui ont dit “non, vous devez être à jeun, vous allez être opérée demain.” Et ça pendant plusieurs jours (…) Sur la porte de sa chambre, il y avait le tableau “à jeun”, continuellement » 12.

Le chef de service dans un langage bureaucratique caricatural se défend :

« Je peux vous assurer qu’après chaque report successif, des repas ont été distribués, attribués et ces faits ont été tracés dans le dossier ».

Et on peut lui faire confiance : le protocole a certainement été rigoureusement respecté et surtout tracé. Mais la malade a-t-elle mangé ?

Personne ne peut témoigner qu’un soignant ait fait manger à la malade les repas « distribués, attribués ». Le manque chronique d’infirmières et les « protocoles infirmiers » limitant le temps qu’elles sont autorisées à consacrer à chaque malade les empêchent le plus souvent de nourrir à la cuillère les vieillards qui en ont besoin et qui le plus souvent n’ont pas la force de le réclamer et les malades entravés par des pansements ou autres.

En Italie, les familles savent depuis longtemps que pour être certains que leurs parents âgés mangent elles doivent leur apporter des repas et le leur servir. Le drame de Dijon montre que les familles françaises devraient peut-être aussi adopter cette pratique.

Comment rétablir notre système de santé d’il y a 20 ans ? 13

La France dispose encore d’une des meilleures réserves de professionnels de santé au monde. Mais ces soignants ont été éloignés de l’administration du système, privés de leur libre choix de prescription, persécutés par l’Ordre des médecins pour l’expression de leur opinion si elle divergeait du credo gouvernemental et exclus de leur sacerdoce s’ils n’acceptaient pas des injections expérimentales qu’ils savaient inefficaces et potentiellement dangereuses.

Insuffisamment considérés et rémunérés 14, souffrant de la déshumanisation technocratique de leur exercice, ils traversent une crise sociale grave 15 qui explique les 60 % de burn-out, 30 % de dépression, 25 % d’idées suicidaires et 3 passages à l’acte tous les deux jours 16 17 18 et les très nombreuses démissions, retraites précoces ou reconversions responsables des fermetures de service et des déserts médicaux.

Ce constat est partagé par la grande majorité (76 %) des personnes qui considèrent la place accordée au patient dans le système de santé français comme insuffisante 19.

Pour redonner au système son lustre d’antan, il faut prendre des mesures très fortes 20 :

Libérer les soignants du mammouth administratif dans les hôpitaux 21 22 comme en ville.

Supprimer bon nombre de strates administratives, en particulier les agences régionales de santé 23, mais aussi une bonne partie des conseils d’administration et de surveillance et plus de la moitié des agences sanitaires qui ne sont plus indépendantes, mais sont devenues des agents trop coûteux de la propagande gouvernementale 24.

Limiter la judiciarisation de la médecine qui a entraîné une augmentation forte des primes d’assurance de certaines spécialités,25 mais aussi la prescription de trop d’examens inutiles destinés seulement à protéger la responsabilité du médecin et amène parfois certains collègues à récuser des interventions salvatrices, mais trop risquées pour leur assurance.

Redonner aux médecins la liberté de parler et de soigner selon leur conscience et leurs compétences en supprimant le tribunal d’exception du Conseil de l’Ordre qui s’attaque maintenant à la liberté d’expression 26, fondement de la démocratie.

Il ne faut plus que ce soient des énarques qui décident de la manière dont les médecins doivent soigner leurs malades. Les contraintes administratives sont devenues telles qu’elles découragent de devenir médecin.

Il faut supprimer tout numerus clausus institué sous le mauvais prétexte purement financier.

Il faut que les étudiants accèdent beaucoup plus précocement à l’internat 27 ce qui leur permettrait d’avoir un réel contact avec des patients et d’acquérir expérience et sens de leurs responsabilités.

Cette liste de mesures indispensables est incomplète, mais sa mise en œuvre permettrait de limiter les dégâts infligés à notre système de santé depuis plus de 30 ans par les politiques de gestion financière à court terme des gouvernements successifs et les derniers coups de boutoir assénés par l’actuel gouvernement, avec une brutalité sans faille.


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13 Commentaires

  1. Après les vieux, morts sans soin ni visite de leur famille dans les maisons de repos, les Français ont réélu le même 1er responsable…
    En ce moment, les députés actuels n’entament pas la procédure pour le destituer…
    Ces gens-là sont-ils masochistes. ou bêtes, ou les deux ?

  2. Ma mère le jour de ses 93 ans, fracture du col du fémur dans la nuit du mercredi au jeudi, opérée seulement le mardi, quel efficacité ce meilleur système de santé au monde. Heureusement elle ne soufrait pas trop la fracture n’étant pas déplacée.

  3. Nous savons comment les choses se passent dans certains « hopitaux » (peut-être pas tous ?). On laisse les malades sans soins ciblés sur le problème de santé et ça se complique évidemment. Donc, on les euthanasie en douceur, silencieusement, sans remords ni état d’âme et ensuite, on raconte des mensonges aux familles. Nous avons constaté ce scénario plusieurs fois dans notre région. On peut penser que la pratique est généralisée et surtout, que personne ne s’en inquière. La rentabilité est le seul souci des services hospitaliers et en aucun cas la santé des gens. Après cette terrible constatation, les autruches décérébrées qui n’y croient pas peuvent se rendormir et se faire oublier. Ils auront peut-être la même fin ignoble.

    • Le nouveau ministre travaillait aux urgences dans l est , région où il y a le plius de casse . En résumé , ils ne vont en grande partie une seule fois aux urgences , et si tu as de la chance , tu reviens debout .

  4. Cher confrère vous avez parfaitement raison. Mais on ne meurt pas de ne pas manger. Par contre on meurt très vite de ne pas boire! En 6 heures sans apport hydrique, on devient acidotique. Et en 12 heures on atteint une acidose profonde dont il est difficile de se remettre. Et pour éviter cela il suffit d’un putain d’orthopédiste qui a une notion basique de la physiologie niveau 3 éme année d’étude de médecine.

  5. c’est un scandale en 2022, un crime de « non assistance de personne en danger » que le CH DIJON n’a même pas le courage de reconnaitre : l’Etat doit être condamné à double titre : pour ne pas réintégrer le personnel soignant d’une part, et pour destruction continue de l’hopital

  6. Ce sont les politicards qui ont licencié 15000 soignants.Je pense que la famille de ce défunt ne doit pas chercher bien loin les coupables du décés.Par ailleurs il y a pire:lecourrierdesstrateges.fr/2022/11/11/soignants-suspendus-maitre-marian-vous-dit-comment-reagir-a-une-convocation-au-commissariat/
    https://reseauinternational.net/des-soignants-suspendus-discretement-convoques-par-la-police/
    La raie pue blique donnera des leçons de droitdlomme aux Chinois et aux Russés c’est « l’Etat de Droit »…..de la séquestration arbitraire

  7. Et comment cela se passe dans les services où arrivent tous les étrangers soignés gratuitement (à nos frais) ???
    Parce qu’apparemment ce sont toujours des Français Blancs qui se retrouvent oubliés dans les couloirs d’hôpitaux, oubliés pour les nourrir, oubliés pour les derniers soins, oubliés, oubliés, oubliés…
    Par contre pour les macaques : tout a l’air de se passer correctement !
    Il y a suffisamment de branches dans les salles d’hôpitaux pour qu’ils s’y suspendent, pas grave si les lits manquent…!!
    OK : Citez-moi un cas de macaque oublié ???!

  8. FAUTE DE PLACE, DE PERSONNEL alors que 15 000 SOIGNANTS virés comme des malpropres ATTENDENT DEHORS, des bébés en URGENCE respiratoire, en soins intensifs bronchiolite sont SOIGNES DANS LES COULOIRS pendant que Macron et toute sa clique SE PRECIPITENT avec les ONG aidées financièrement par DES DONS DE VILLES GAUCHISTES, au devant des 230 envahisseurs qui vont recevoir tt les soins nécessaires gratuitement avec tt le personnel médical qu’il faut. C’est a vomir de voir qu’à cause de crétins et de haineux, un psychopathe a été remis au pouvoir afin qu’il TERMINE LA DESTRUCTION qu’il n’a pu faire lors de son 1er mandat !

    • Absolument d’accord !
      Je lui souhaite un super retour de karma !
      Nous avons une vraie pourriture sur le trône et lorsqu’il distribue des chèques énergie ou autres, c’est toujours calculé pour que seuls les macaques les encaissent. Les Français passent à côté de tous les avantages.

  9. Toujours un plaisir de vous lire.
    Vous brossez un tableau très juste de la situation, la seule question à se poser: quand allons nous retrouver le bon sens et qui pourra rétablir une situation normale de soins?

  10. après l’éducation nationale, et la « justice » voilà l’hopital qu’ils arrivent à déconstruire

  11. Au total, entre fin 2016 et fin 2021, donc en grande partie sous le quinquennat Macron, plus de 21 000 lits ont été fermés.
    https://www.humanite.fr/societe/hopital-public/21-000-lits-d-hopital-supprimes-765478
    Publié leJeudi 29 Septembre 2022

    Nicolas Dupont-Aignan a-t-il raison de dire que 100.000 lits ont été fermés en 20 ans dans les hôpitaux ? OUI !!!
    https://www.tf1info.fr/politique/nicolas-dupont-aignan-a-t-il-raison-de-dire-que-100-000-lits-ont-ete-fermes-en-20-ans-dans-les-hopitaux-2146533.html
    Publié le 27 février 2020

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