Le mauvais usage du terme identitaire par Fourest et Sifaoui

Dans l’édition du 6 juillet dernier, du quotidien belge « le Soir » (1), a été donnée carte blanche à un collectif de signataires pour dire tout le mal qu’ils pensaient de Riposte Laïque ; nous ne serons pas surpris de constater, parmi les premiers de la liste de signataires, la présence de nos amis Caroline Fourest et Mohamed Sifaoui, qui font vraiment preuve d’une affection soutenue et continue à notre égard, car, ne l’oublions pas, qui aime bien châtie bien.
Il n’est nullement dans mon intention, dans cet article, de revenir sur les accusations de racisme, concernant l’apéro du 18 juin à la Goutte d’Or, colportées par tout ce petit monde, et de les démonter. Plusieurs rédacteurs et contributeurs de RL l’ont déjà fait ; moi-même, j’y ai participé en envoyant une lettre adressée personnellement à Caroline Fourest au siège de son journal Prochoix, ainsi qu’au Monde, suite à une chronique agressive de celle-ci dans ce quotidien (2). Pour vous donner une indication du sens du débat démocratique, ou tout au moins de la courtoisie, de ces deux journaux, sachez que je n’ai reçu aucune réponse de leur part.
Je voulais par contre faire d’autres remarques sur l’intervention de ce collectif ; tout d’abord sur l’ambiguïté de plusieurs formulations concernant l’identité nationale. Quand une affirmation est mal formulée, ce peut-être le fruit d’une maladresse, d’un manque de précision ; cela arrive parfois, car il peut être difficile de se mettre à la place de notre lecteur qui essaie de comprendre notre pensée ; mais quand cela arrive plusieurs fois, cela ne traduit-il pas une intention inconsciente ?
Détaillons donc cette ambiguïté que j’ai ressentie, à la lecture de plusieurs expressions maladroites : « à des citoyens marquant leur appartenance à la religion islamique, il s’agissait d’opposer non pas la citoyenneté, la mixité, […], le vivre ensemble, mais l’appartenance à une nation caricaturale elle-même porteuse de « valeurs » : le vin et le saucisson ». Qu’est-ce qui est caricatural ? La nation française (ou belge) ? Ou l’appartenance à une nation ? L’oubli d’une virgule est-il inconscient ou volontairement malveillant ? Mais si ces rédacteurs voulaient nous signifier que marquer son appartenance à la nation par l’usage du saucisson et du pinard est caricatural, c’est vraiment raté, car grammaticalement, cela ne peut-être perçu ainsi. Pourtant le vivre ensemble, qui a leur préférence, n’est-il pas le mieux représenté par l’appartenance à une nation, si l’on reprend bien sûr la célèbre définition de Renan (3) ?
Par la suite, le mot identitaire est repris plusieurs fois pour être connoté chaque fois négativement. Indiquons la définition de ce mot pour que l’on sache tous de quoi l’on parle. « Qui a trait à l’identité d’une personne ou d’un groupe » ou « relatif au sentiment d’appartenance à un groupe ou à une communauté spécifiques » (4). Les signataires nous annoncent « que le discours identitaire raciste ne vaut pas mieux que le discours identitaire islamiste » ; tout discours identitaire serait-il donc raciste ? Tout discours identitaire, donc tout discours manifestant un sentiment d’appartenance à un groupe relèverait-il donc d’une pensée totalitaire comme celle des islamistes ?
Plus loin, à travers le « on ne répond pas à la bergère intégriste par des éructations de berger identitaire », l’inconscient de nos procureurs se dévoile : l’allusion consciente à la réponse du berger à la bergère nous montre qu’ils n’ont pas encore pleinement perçu l’envergure du danger représenté par l’islamisme ; car associer les islamistes à d’inoffensives bergères, il fallait oser. Et face aux douces bergères du Petit Trianon éructeraient donc les gens attachés à leur culture française.
Nos procureurs terminent par « l’enfermement identitaire » ; encore une fois le terme identitaire est connoté péjorativement. Concernant cette dernière allusion, je ne les blâme pas, car si en bon adepte de Renan, je suis très attaché à la prise en compte par les citoyens d’une identité nationale, meilleur vecteur du vivre ensemble, qui a fait ses preuves durant les III° et IV° Républiques en intégrant des centaines de milliers d’immigrés, je suis par compte opposé à un sentiment national excessif et exclusif qui nous placerait en situation de repli ou d’enfermement, et donc de fermeture vis-à-vis d’autrui. Riposte Laïque, par son refus du communautarisme, est justement dans une dynamique d’opposition à tout enfermement identitaire.
Mais ce que je leur reproche, c’est que leurs 4 utilisations du terme identitaire, sans nuance, ne l’associant qu’à des représentations négatives est au mieux maladroite, au pire représentative d’un mépris, inconscient peut-être, mais d’un mépris tout de même, à l’égard de nos concitoyens attachés à leurs traditions ou à leur culture, marques de toute identité nationale, qui n’est qu’une des nombreuses facettes de toute identité individuelle. Pourtant, tout à leur désir de défendre les pratiques culturelles des membres des minorités en France, il ne viendrait pas à l’esprit des signataires de nier que ces pratiques constituent un marquage identitaire. Il est donc curieux que cet aspect identitaire là, à l’exemple d’une identité musulmane, ne soit pas l’objet de leur condescendance, alors que l’attachement identitaire à la France leur paraît malsain.

Peut-être ne voulaient-ils ne dénoncer que des dérives extrémistes identitaires, le Bloc identitaire étant en arrière-plan de leur réflexion ; il leur aurait alors fallu pour cela qu’ils précisent davantage ce qu’ils entendent par le terme « identitaire » ; au lieu de cela, cette pensée peu fine et imprécise laisse entendre que ceux qui sont attachés à une identité nationale sont des racistes. Le comble pour des gens qui se targuent de dénoncer une pensée binaire.
Cette volonté d’amalgamer les méthodes de RL à celle des islamistes en assimilant notre discours à un « discours identitaire raciste [qui] ne vaut pas mieux que le discours identitaire islamiste et qu’il lui ressemble comme un jumeau de cauchemar » ne signifie pas pour autant qu’ils réservent aux islamistes le même sort qui nous a été accordé. Car contrairement à ce qu’ils affirment, ils ne nous mettent pas sur le même pied que les islamistes. En effet nous attendons qu’ils fassent preuve d’un réel dynamisme pour interdire les prières musulmanes dans les rues, ce qui n’a pas été le cas jusque là. Dynamisme auquel ils ont pourtant recouru pour faire interdire l’apéro du 18 juin. A quand un collectif de signataires autour de Mme Fourest et M. Sifaoui pour demander fermement et officiellement la fin de ces prières ?
Et si, Mme Fourest, M. Sifaoui, vous assortissez cette demande d’une pétition, je serai un de ses signataires à partir du moment où vous l’accompagnez de ce que vous écrivez à la fin de votre article : « Assurer l’égalité de toutes et de tous en devoirs comme en droits, préserver l’espace public de toute confiscation par le religieux, quel qu’il soit, préserver la liberté individuelle, refuser l’enfermement identitaire, le racisme et le communautarisme, le mélange de la foi et du Droit, tels sont précisément les objectifs de la laïcité. » Ce sont aussi mes objectifs, ceux de tout républicain qui se respecte et donc bien sûr … ceux de Riposte Laïque. Mais vous, êtes-vous vraiment sûr de vouloir vous battre pour réaliser ces objectifs.
Jean Pavée
(1) http://www.lesoir.be/debats/cartes_blanches/2010-07-06/le-discours-identitaire-raciste-vaut-il-mieux-que-le-discours-identitaire-integriste-780167.php
(2) http://www.ripostelaique.com/Madame-Fourest-au-lieu-de.html
(3) http://www.bmlisieux.com/archives/nation04.htm
« Une nation est une âme, un principe spirituel. […] L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. […]
Dans le passé, un héritage de gloire et de regrets à partager, dans l’avenir un même programme à réaliser ; avoir souffert, joui, espéré ensemble, voilà ce qui vaut mieux que des douanes communes et des frontières conformes aux idées stratégiques ; voilà ce que l’on comprend malgré les diversités de race et de langue. Je disais tout à l’heure : «avoir souffert ensemble» ; oui, la souffrance en commun unit plus que la joie. En fait de souvenirs nationaux, les deuils valent mieux que les triomphes, car ils imposent des devoirs, ils commandent l’effort en commun.
(4) http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/identitaire/
http://fr.encarta.msn.com/dictionary_2016038492/identitaire.html

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