Le ministre de l’Intérieur veut adapter les concours d’Etat aux fêtes juives

Publié le 4 juillet 2011 - par - 584 vues
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J’apprends cela par un entrefilet du Journal du Dimanche : « Le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a estimé jeudi soir lors du dîner du Crif à Marseille qu’il conviendrait de veiller à ce que les examens et concours de la République ne se déroulent pas » pendant la Pâque juive. »Il m’apparaît opportun que les fêtes juives de Pessah puissent être prises en compte dans le fonctionnement des administrations et des services publics », a déclaré M. Guéant, sous les applaudissements des participants au dîner du Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. »

Je suis déjà étonné que le ministre de l’Intérieur d’une République laïque participe à un « dîner du Crif », tout comme j’ai été autant été étonné que Nicolas Sarkozy, quand il était lui-même ministre de l’Intérieur, se rende au congrès de l’UOIF au Bourget. « Ministre chargé des cultes » ne veut en aucun cas dire que la République reconnaît lesdits cultes comme le dit notre Constitution, et encore moins que les plus hauts dignitaires de notre République aillent faire allégeance aux dits cultes dans des réunions religieuses ou communautaires. On oublie complètement notre Constitution et nos lois de 1905, dans un but essentiellement clientéliste et électoraliste.

Heureusement, j’ai trouvé sur le net un journaliste qui était aussi choqué que moi sur ce raout hébraïco-républicain. C’est sur le journal en ligne Marianne2, qui n’épargne guère Riposte laïque, mais mon objectivité m’oblige à noter cet article.

Alors, concrètement, que penser de ces affaires de concours ou d’examens et de fêtes religieuses en France ? J’avais déjà une partie de ma réponse dans un article de Riposte laïque : « Quand, il y a plus de vingt ans, j’avais reçu en entretien d’embauche une jeune femme fort qualifiée. Rien à redire sur l’adéquation au poste souhaité. Mon impression était donc favorable, et j’en suis arrivé naturellement à détailler les conditions de travail. J’ai expliqué à la candidate qu’exceptionnellement, nous devions travailler le samedi ou le dimanche pour des raisons purement techniques (…) Ça n’arrivait guère que cinq à dix fois par an. La jeune candidate m’a dit qu’elle ne pourrait pas travailler le samedi pour cause de shabbat hébraïque. Je me suis alors levé en mettant fin à l’entretien et en proposant à cette postulante de la raccompagner à la porte. Elle s’est immédiate ravisée et a dit que sa revendication religieuse n’était pas rédhibitoire. Nous l’avons finalement embauchée, et elle a travaillé le samedi comme tout le monde quand il le fallait. »

Bon, ça règle déjà le problème du samedi. Et pour les vendredi des musulmans et le Youm Kippour et Pessah, on fait quoi ? Voici deux éléments que j’apporte au débat :

1. Dans les pays musulmans où le week-end tombe le jeudi-vendredi (Algérie, pays du Golfe), les chrétiens vont à la messe le vendredi et non le dimanche. (Sauf en Arabie Saoudite où leur culte est interdit !)

2. Quand je travaillais en Tunisie, on autorisait les chrétiens (donc moi aussi qui était supposé chrétien par défaut alors que j’étais athée) à ne pas travailler le 25 décembre, jour de Noël. Hé bien j’ai mis un point d’honneur à travailler chaque 25 décembre et j’ai fêté Noël (car j’y tiens par tradition) le week-end suivant cette date.

Contrairement aux musulmans qui ont un calendrier stupide purement lunaire qui se décale d’un demi-mois chaque année, les juifs ont un calendrier luno-solaire qui recale les fêtes et les saisons. Donc leur Pâque (Pessah) n’est jamais bien éloignée en date de nos Pâques chrétiennes, dont du reste l’origine est juive puisque Jésus (pour ceux qui y croient) est censé avoir vécu son calvaire et sa résurrection lors de la « Pâque juive ».

Voilà donc un problème réglé : fêtez ensemble vos Pâques ensembles, juifs et chrétiens, le même week-end de printemps selon le comput catholique (même s’il a un léger défaut astronomique), et puis ni Guéant ni personne ne devrait trouver à y redire.

Quant au shabbat, on peut s’arranger aussi. Croire qu’un dieu serait à un jour près pour lui rendre honneur n’est guère élogieux à son égard. Pour le Youm Kippour, je ne sais pas trop quand ça tombe, mais il y a suffisamment de fêtes chrétiennes et de dimanches dans l’année pour se repentir ensemble et décharger le bouc émissaire que nous partageons pour trouver un terrain d’entente.

Roger Heurtebise

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