Le monde des nègres insoumis se divise entre noirs opprimés et blancs oppresseurs

Publié le 6 février 2015 - par - 724 vues
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Raciste !J’ai eu l’occasion de dire ailleurs ce que je pensais du « manifeste des nègres insoumis », tel qu’il s’est affirmé sous la plume d’une chanteuse guadeloupéenne.

Je voudrai revenir sur un aspect de l’axe autour duquel tourne les accusations de la chanteuse : à l’en croire, le monde se diviserait en « Noirs » ou « Nègres » opprimés et en « blancs » oppresseurs et esclavagistes.

Vous me demanderez : en quoi cette politique de division de la société, affirmant qu’il existe une opposition entre blancs et noirs, est-elle un djihadisme ?

Elle l’est, dans la mesure où, comme au Caire il y a deux ans, les salafistes djihadistes alliés des frères musulmans s’en sont allés incendier le musée des antiquités égyptiennes, les noiristes effacent des pans entiers du passé ou les caricaturent jusqu’à les rendre méconnaissables.

Avec les salafistes, l’Histoire, les faits établis, le passé avec ses contradictions de points de vue et d’intérêts devait disparaître pour ne laisser subsister que très partiellement l’Histoire de l’islam apparu en Egypte à la pointe des sabres arabes. L’Histoire plusieurs fois millénaires des autochtones (les Coptes) disparaissant et devenant quelque chose qui n’aurait jamais eu lieu.

La politique contenue par ce manifeste noiriste est un djihadisme. Il l’est, comme à Mossoul, quand la semaine passée des pick-up de DAESH sont repartis d’une bibliothèque -pour les réduire en cendres et en fumées- avec des milliers de livres et centaines de documents écrits du passé irakien vieux de 7000 ans et plus. Ces ouvrages étant qualifiés, par eux, de « guerre contre Dieu », les violeurs- égorgeurs-pendeurs-crucificateurs- -faiseurs d’autodafé humain, ont mis en action leur idéologie fanatique et totalitaire : rien n’existe qu’eux ; rien ne doit subsister du passé, qui pourrait contredire leur dogme. Le passé irakien porterait ombrage et offenserait l’homme qu’ils appellent « Prophète ».

On aura observé que les nègres insoumis, s’exprimant actuellement, n’ont pas eu un seul mot au sujet des assassins de la jeune stagiaire de police de Montrouge, une « négresse » pourtant.

Y aurait-il de bons et légitimes assassinats de « Nègres » ?

Dans ma première réponse au « collectif des Nègres insoumis » j’observais ce qui m’amène à qualifier de djihadisme leur action. Pour étayer leur « noiritude », leur noirisme au sens que donneront à ce mot François Duvalier et les Tontons-macoutes, le Collectif en question procède à un autodafé de l’Histoire humaine. Il en fait disparaître des pans entiers, pour mettre en valeur d’autres auxquels, ainsi, il donne un sens qu’ils n’ont pas. Il s’agit pour lui d’étayer une opposition quasi métaphysique entre « blanc »-esclavagiste et « noir »-esclavagisé. Pour cela, le collectif ignore superbement que la fin de la traite négrière est une décision de ce « blanc » détesté et détestable.

Les quatre Lords abolitionnistes, les sociétés abolitionnistes britanniques, n’auraient jamais existé. Les Anglais n’auraient jamais utilisé le Congrès de Vienne de 1815 pour faire décider que la traite négrière sera partout illégale et que les équipages négriers seront traqués et pendus sans autre forme de procès à la haute vergue de leur bateau ramené à la côte.

N’auraient jamais existé les sociétés abolitionnistes en France d’ancien régime, la Société des amis des noirs notamment, les conventionnels qui mèneront un combat obstiné pour obtenir que la Convention nationale prononce l’abolition de l’esclavage des Noirs.

N’aurait jamais existé la pétition de 1847, émanant des ouvriers parisiens, réclamant « liberté pour nos Frères noirs ».

C’est à cette pétition que répondra l’assemblée nationale de 1848, en suivant la proposition de Victor Schœlcher.

Plus inepte encore, avec cette opposition exprimant un fanatisme noiriste : n’aurait jamais existé la société américaine, une société traversée, depuis le début du 19ème siècle, par des tensions liées à la question « nègre », et au problème de l’esclavage, avec, au péril de leur vie, les coups de mains de Quakers cherchant à faire fuir des esclaves et les aidant à gagner le nord ; avec les revendications des Woblies et des organisations ouvrières, syndicales et politiques ; avec les quatre années de guerre qui opposeront le nord et le sud au prix de centaines de milliers de soldats confédérés et fédérés tués dans les combats… Des blancs se sont opposés entre eux, par millions, entretués par centaines de mille autour de la question de l’esclavage, mais le dit « collectif » n’en sait rien ou ne veut rien en savoir. Curieux, non, ne trouvez-vous pas ?

En d’autres termes, au moment où la société est partout menacée, ses fondations sapées, bien qu’ayant réalisé, pour partie, l’égalité politique et sociale, et cherchant à l’étendre, ayant conquis la liberté de conscience et d’opinion sur une partie de la planète (la France en particulier), le collectif lance à cet instant une guerre contre le blanc et le pays accusé de tous les maux. Il ne dit mot des tueries en masses en Irak-Syrie ; il ne dit pas un mot des pogroms et des violences islamistes, souvent mortelles, contre les Africains d’Afrique subsaharienne accusés d’être  des nervis de Kadhafi parce qu’ils étaient venus travailler en Libye. Il ne dit pas un mot des brutalités massives contre la personne de centaines de négro-africains, dont a rendu compte la presse algérienne…

Le mal, pour les Nègres, c’est la France, c’est le « blanc » ?

J’ai posé la question à notre chanteuse : que compte-elle faire pour sauver la vie du Nègre mauritanien, un sans-droit dans son propre pays, un homme pacifique condamné à mort par un tribunal mauritanien parce qu’il aurait «blasphémé », « offensé l’islam », en rappelant le lien entre l’esclavage des négro-africains de Mauritanie et la conquête du pays Bafour, du pays Sûdan,  par les almoravides et leur suite. Je rappelais aussi, que cinq autres mauritaniens négro-africains ont été condamnés, à de lourdes peines de prison, pour avoir eux aussi réclamé l’égalité entre « Nègres » mauritaniens et Maures.

Alors, le Collectif des Nègres insoumis, vous dîtes quoi, vous comptez faire quoi ? Les Nègres de Mauritanie ne mériteraient-ils pas votre solidarité de Nègres insoumis ?

Alon Gilad

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