Le mouvement s'amplifie contre le démantèlement de l'Enseignement public

Le Gouvernement Sarkozy-Fillon continue la casse du Service National Public d’Enseignement. Après la loi Pécresse sur l’autonomie des universités ouvrant la voie à la privatisation et à un enseignement supérieur à deux vitesses (cf. P. Baracca, Plan européen : des universités pour le peuple et des Harvard pour une élite mondialiste), (1) ce sont les étages précédents du Service National Public d’Enseignement (SNPE) qui sont à leur tour dans le colimateur néolibéral du gouvernement. En effet derrière ce que le gouvernement appelle « une politique de rigueur budgétaire », c’est en fait le désengagement de l’Etat qui est accéléré, dans la pure logique des directives néolibérales de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), l’Accord Général sur le Commerce et les Services (AGCS), décliné par l’Europe.
Comme pour la démolition de la Sécurité sociale, la casse organisée de l’Enseignement public et l’impossibilité de payer l’instruction des enfants dans un système d’enseignement privatisé sont devenus un sujet national d’inquiétude populaire. C’est pourquoi le mouvement d’opposition aux mesures annoncées par le gouvernement prend de l’ampleur.
L’« Appel à la grève du 15 mai » de l’intersyndicale (FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA-EDUCATION, SUD EDUCATION) refuse les 11 200 suppressions de postes prévues pour la rentrée de septembre 2008, parce qu’elles « entraîneront des classes surchargées, rendant impossible le suivi individuel des élèves ». Et d’ajouter : « Ce budget de rigueur et les suppressions de postes qui en découlent auraient des conséquences néfastes sur la qualité du service public dans l’Education nationale et dans l’Enseignement Agricole Public. Il se traduirait par une aggravation des conditions de travail pour l’ensemble des personnels (enseignants, ouvriers, administratifs, personnels de santé, sociaux, …).
Ce processus pourrait continuer en 2009. A la suite de sa rencontre avec le ministre Xavier Darcos (17 avril 2008), le SNES-FSU a déclaré que « Le ministre s’est refusé à livrer la moindre information sur la préparation du budget 2009 qui, s’il devait se plier à la logique du non-remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur 2, conduirait à la suppression d’au moins 17 000 emplois dans l’EN à la rentrée 2009 ». Le SNES « réaffirme qu’il n’acceptera pas qu’une réflexion sur l’avenir du lycée soit encadrée par la réduction du nombre d’emplois dans la Fonction Publique ». (2)
Le gouvernement campe sur sa volonté d’imposer le démantèlement de l’enseignement public et de le mettre en concurrence avec des entreprises privées d’enseignement. La stratégie gouvernementale est claire : réduction de moyens et de postes pour le Public, tout en accordant simultanément, par exemple, des crédits à l’enseignement privé catholique pour créer 50 établissements dans les Zones d’Education Prioritaire. Mais plus de 80 % des conseils d’administration des lycées publics ont déjà refusé de voter la dotation horaire globale de la rentrée 2008. Et dans de nombreux établissements, les professeurs ont annoncé qu’ils refuseraient les heures supplémentaires.
Dans ces conditions, du côté des parents d’élèves, on constate que la FCPE soutient l’ « Appel à la grève du 15 mai » de l’intersyndicale
(http://www.fcpe.asso.fr/ewb_pages/a/actualite-fcpe-2126.php). Par ailleurs « La FCPE a appelé ses élus dans les conseils d’administration à déposer un vœu dénonçant la dégradation de la qualité de l’offre d’enseignement, voire à voter contre la répartition des moyens horaires qui leur sera proposée si le recours abusif aux heures supplémentaires des enseignants a pour conséquence d’aggraver les conditions d’étude des élèves. » (Communiqué de presse de la FCPE : « Dotation horaire des collèges et lycées : quand le colosse se fabrique des pieds d’argile » (1er février 2008).
Il n’est pas étonnant que le gouvernement tente de diviser les défenseurs de l’enseignement public en recentrant médiatiquement le débat sur les questions pédagogiques. Certes, s’il est nécessaire de mener une réflexion démocratique quant à l’impact du pédagogisme et des sciences de l’éducation sur l’Ecole par rapport aux tenants des contenus disciplinaires, il ne faudrait pas réduire l’échec scolaire à cette seule explication. La précarisation socio-économique et culturelle des familles et des élèves et étudiants participe également fortement aux difficultés de l’Enseignement public dont ce n’est pas la fonction de régler cette question. Les défenseurs de l’Enseignement public doivent intégrer cette dimension du débat en évitant d’en faire une cause de division irrémédiable.
Comme le signale l’UNSA, « Le service public repose sur un contrat collectif implicite. La nation, pour rester cohérente, doit tout mettre en œuvre pour favoriser l’égalité entre citoyens. Des services publics essentiels traduisent en actes cette égalité. Leur dévolution au secteur privé n’intègre jamais cette part politique : elle se présente comme une mesure « technique » de réduction des coûts, un « simple » ajustement budgétaire alors que les conséquences en termes d’égalité d’accès sont considérables. » ( CF. le site UNSA-éducation, page 3 : http://www.unsa-education.org/modules.php?name=Dossiers&pa=showpage&did=49).
C’est en gardant ce cap que le Service National Public d’Enseignement pourra être amélioré tout en gardant sa fonction républicaine, laïque et sociale. Tel doit être le sens des mobilisations à venir.
Pierre Baracca
(1) http://www.ripostelaique.com/Plan-europeen-des-universites-pour.html
(2) http://www.snes.edu/snesactu/spip.php?article2992

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