Le Pakistan, base arrière du terrorisme islamique

Le Pakistan est l’un des états issus, avec l’Inde, de la disparition de l’empire colonial britannique en Inde en 1947.
Entre 1947 et 1958, ce pays traversé par une instabilité politique et de graves difficultés économiques a tenté de mettre en place un système démocratique.
Le 16 octobre 1951, le premier ministre Liaqat Ali Khan est assassiné par un fanatique afghan. Ce pays souffre de leaders que ni les Premiers Ministres Nazimuddin (1951-1953) et Muhammad Ali (1953-1955), ni le Gouverneur général Ghulam Muhammad (1951-55), ne parviennent à combler.
Le Pakistan devient la première république islamique au monde après la promulgation d’une constitution le 26 mars 1951 et Mirza est élu président à titre provisoire.
Malgré la mise en place de cette constitution, l’instabilité politique perdure faute de trouver une majorité stable au sein de l’assemblée, qui au cours de cette période n’est plus dominée par la ligue musulmane qui a enregistré de nombreuses débâcles électorales, notamment en 1954.
Le pays se trouve confronté à une corruption généralisée et le président Mirza fait appel au général Muhammad Ayub Khan pour réprimer une agitation persistante dans le Pakistan oriental.
Le 8 octobre 1958, le pouvoir abroge la constitution est instaure la loi martiale.
De 1958 à 1972, la loi des armes prévaut au Pakistan.
En 1962, une nouvelle constitution est instituée ; celle-ci prévoit l’instauration de deux langues officielles, le bengali et l’ourdou. Islamabad devient la capitale nationale et Dhaka au Pakistan oriental devient la capitale législative.

Pendant cette période, les relations avec l’Inde restent exécrables, surtout en raison de la question du Cachemire et des conflits communautaires qui déchirent l’Inde.
Le président Ayub Khan démissionne en mars 1969 après de terribles émeutes internes à la fin de l’année 1968 et transmet le pouvoir au général Muhammad Yahya Khan qui décrète à nouveau la loi martiale.
En 26 mars 1971, le Pakistan Oriental déclare son indépendance et devient le Bangladesh. Une guerre civile éclate, entrainant la fuite de 10 millions d’individus vers l’Inde et la mort de centaines de milliers de civils.
L’Inde soutient le Bangladesh et envoie des troupes le 3 décembre 1971 et déclenche la troisième guerre indo- pakistanaise entre les deux pays. Le 16 décembre 1971, les troupes pakistanaises se rendent et un cessez le feu est signé entre les deux belligérants. Le Pakistan reconnaîtra le Bangladesh en 1974.
Entre 1972 et 1977, Ali Bhutto conduira les affaires du pays, en faisant adopter une nouvelle constitution de type fédéral.
Au cours de cette période, Ali Bhutto entreprend de grandes réformes économiques (nationalisation des banques et réforme agraire) tout en écartant du pouvoir les militaires des postes décisionnaires.
Neuf importants partis d’opposition font alliance contre le PPP (Parti du Peuple Pakistanais) sous le nom de « Pakistan National Alliance » (Alliance nationale du Pakistan) ou PNA. Aux élections générales de 1977, les secondes de l’histoire du Pakistan, le PPP l’emporte cependant largement, avec 150 sièges sur 200. Le PNA conteste violemment ces résultats marqués, selon lui, par la fraude et les pressions. Des manifestations et des émeutes sont déclenchées dans le pays.
Face à ce blocage et affirmant ne pouvoir choisir une autre solution, le général Muhammad Zia-Ul-Haq décide d’imposer la loi martiale au pays le 5 juillet 1977.
Ali Bhutto est arrêté, jugé et condamné à mort et exécuté par pendaison le 4 avril 1979.
C’est sous le régime militaire de Zia qui se déroulera de 1977 à 1988, que le processus d’islamisation prendra place. Des taxes d’origines religieuses sont introduites, à l’exemple de la Zakât, aumône obligatoire instituée par le Coran. Une Cour Fédérale de la Charia est mise en place pour statuer selon les préceptes du Coran et de la Sunna.
En 1979 quand les soviétiques envahissent l’Afghanistan, une nouvelle tension apparaît dans la région. Le régime soutient l’aide apportée par les américains à la résistance afghane contre les communistes.
Les élections de 1985 permettent de restaurer un ordre constitutionnel en dotant l’Assemblée Nationale de pouvoirs législatifs. Un nouveau premier ministre est nommé et lève à cette occasion la loi martiale.
Le général Zia meurt dans un accident d’avion le 17 août 1988.
Entre 1988 et 1999, Benazir Bhutto et Nawaz Sheriff conduiront à tour de rôle les affaires du pays, sans pour autant parvenir à instaurer une stabilité politique dans le pays, lequel est confronté à des tensions internes et des conflits régionaux, notamment avec l’inde à propos du Cachemire au cours de l’été 1999.
De 1999 à 2008, Pervez Musharraf dirigera le pays avec le soutien des américains. L’attentat perpétré sur le sol américain le 2 septembre 2001 par les islamistes d’Al Qaida conduira le pouvoir pakistanais à se ranger au côté des Etats Unis dans sa lutte contre Ben Laden et le régime taliban en Afghanistan.
Cet alignement sur les Etats Unis provoque à l’intérieur du pays des émeutes fomentées par les islamistes, notamment en bordure de la frontière afghane.
En Octobre 2002, le PPP de Benazir Bhutto remporte un succès lors de ces élections. Le parti de Perraz Musharraf arrivé en deuxième position, s’allie avec le PMLQ (parti islamiste) pour revenir sur des amendements de la Constitution, pour renforcer ses pouvoirs face au parlement.
Le 18 octobre 2007 une première tentative d’assassinat de Benazir Bhutto tue 140 personnes dans des attentats à la bombe. Celle-ci accuse les services secrets et le pouvoir de Musharraf dans plusieurs lettres. Elle se fera assassiner finalement en décembre 2007 .
Depuis le 6 septembre 2008, jour de la victoire du Parti du Peuple Pakistanais, Asif Ali Zardari (veuf de Benazir Bhutto) est devenu président de la République Islamique du Pakistan.

L’Afghanistan, Al-Qaïda et la problématique islamiste

La situation du Pakistan, doté de l’arme nucléaire, a profondément changée sur le plan international depuis les attentats du 2 septembre 2001. Cet état bénéficie d’une aide financière considérable, bien qu’il ait été soupçonné de soutenir le régime de talibans.
Pour autant, la situation à la frontière afghane ne s’arrange pas et le Pakistan apparaît pour de nombreux observateurs, comme une base arrière du terrorisme islamique dans le monde, sur le plan financier et opérationnel.
Le Pakistan est régulièrement l’objet d’attentats attribués aux islamistes : l’armée et la police sont la cible d’attaques dans le nord-ouest, près de la frontière avec l’Afghanistan.
Les 17 et 27 juillet 2007, deux attentats-suicide à Islamabad ont fait 27 morts au total.
Le 4 septembre 2007 au moins 24 personnes sont tuées dans deux explosions dans la banlieue de la capitale.
Le 21 décembre 2007, le jour de l’Aïd al-Adha, un kamikaze se fait exploser dans une mosquée du nord-ouest du pays, faisant au moins 54 victimes.
Plus de 760 personnes sont mortes dans des attentats au Pakistan au cours de l’année 2007, quasi-exclusivement par des kamikazes.
Le 20 septembre 2008 un camion bourré d’explosifs fonce sur l’hôtel Marriott d’Islamabad, un des plus luxueux de la ville, et fait au moins 60 morts.
Le terrorisme est devenue la plaie du pays qui peine à s’en défaire tant l’état a abandonné du terrain dans la vie quotidienne des pakistanais.
Depuis le début de l’année 2009, nous assistons à une recrudescence d’attaques des islamistes pakistanais pour déstabiliser le pays et la capitale Islamabad serait même menacée par les visées de ces extrémistes fondamentalistes.
Le Gouvernement pakistanais a tout dernièrement passé un accord de paix dans la vallée de Swat avec les islamistes, alors que les droits fondamentaux de ces populations sont en danger. Les islamistes ont obtenu contre ce cessez le feu l’instauration de la Charia dans cette région.
Les talibans prennent systématiquement comme cible les femmes et les filles. Leurs droits à la liberté de mouvement, au travail et à l’éducation ont été sévèrement restreints.
Les femmes de Swat vivent des atrocités et si on laisse s’instaurer la Charia dans d’autres régions, c’est tout le Pakistan qui risque d’être islamisé, avec obligation pour les femmes de porter le voile.
Al Qaïda , très implanté dans la vallée de Swat, aurait des soutiens à l’intérieur des services secrets pakistanais sous différentes formes.
Deux décisions prises récemment par les autorités pakistanaises ont tout particulièrement suscité l’inquiétude : un accord avec un important djihadiste taliban d’imposer la loi islamiste (la charia) dans la vallée de Swat, à 150 km d’Islamabad, la capitale du Pakistan , comme rappelé ci-dessus, et la libération d’A.Q Khan, le scientifique qui a vendu les secrets nucléaires à la Corée du Nord, à l’Iran et à la Lybie, et qui était jusque-là en résidence surveillée.
En Afghanistan, les talibans en nette augmentation restent étroitement liés avec Al-Qaïda, et depuis 2005, ils ont adopté sa tactique des attentats-suicides. Al-Qaïda et les talibans sont tous impliqués dans l’assassinat, en 2007, de l’ancien Premier ministre pakistanaise Benazir Bhutto, et certaines preuves indiquent qu’ils ont aussi collaboré à une tentative d’assassinat avortée du président afghan Hamid Karzaï en avril 2008.
Les djihadistes évoquent un «ennemi proche» (les régimes apostats au Moyen-Orient et alentour) et un «ennemi lointain» (les Etats-Unis et l’Occident en général). L’homme à qui l’on attribue l’invention de ces expressions, Mohammed Abd al-Salam Faraj, l’a fait principalement pour souligner qu’attaquer l’ennemi proche importait bien davantage, principe qu’il a appliqué en organisant l’assassinat, en 1981, du président égyptien Anouar el-Sadate (le gouvernement égyptien a adhéré au même principe en exécutant Faraj).
En 1993, un groupe égyptien militant appelé Jamaa islamiya, qui entretenait des liens étroits avec Al-Qaïda, rompit avec la stratégie de «l’ennemi proche» en commettant un attentat au World Trade.
Tous ces événements devraient nous inciter à redoubler de vigilance contre l’offensive des islamistes dans cette région du monde qui risque de provoquer une guerre régionale si le Pakistan tombait entre leurs mains.
L’Afghanistan son voisin en proie à une offensive des talibans malgré une importante présence militaire internationale ne cesse d’inquiéter les capitales occidentales et le régime d’Islamabad.
Les Etats Unis ont senti le danger et semblent décider à ne pas baisser leur garde face aux menaces terroristes perpétrées dans cette partie du monde des plus instables. Ils envisagent de renforcer leur présence militaire en Afghanistan et d’augmenter leur aide financière à Islamabad pour combattre Al Qaïda.
Pour la première fois les Etats Unis, par l’intermédiaire du chef état major interarmées Mickael Mullen reconnait implicitement l’aide qu’apporteraient les services secrets pakistanais à Al Qaîda à sa frontière avec l’Afghanistan.
L’Afghanistan reste sous la menace d’un retour des talibans si aucune résistance intérieure ne vient déjouer leur projet maléfique.
Le Pakistan est aussi en danger, si le pouvoir actuel ne prend pas des mesures appropriées pour endiguer les attaques incessantes menées sur son territoire par ces extrémistes religieux.
Cette région du monde est devenue une poudrière ou se joue peut être l’avenir de l’humanité.
Ces derniers jours sous la pression des Etats –Unis l’armée pakistanaise a lancé une offensive militaire sous le nom d’opération « Tonnerre noir » dans le district du Lower Dir et le district de Buner. 190 talibans auraient été tués au cours de ces deux interventions.
Nous devons prendre conscience que la lutte contre l’obscurantisme ne fait que commencer et que nous devons absolument restés fermes sur nos valeurs en promouvant la liberté d’expression, la liberté de conscience et le droit inconditionnel des femmes à revendiquer leur émancipation, trois conceptions non reconnues par la charia.
Si nous voulons que ces peuples puissent un jour vivre dans une démocratie ou les hommes et les femmes auront les mêmes droits quelque soit leur origine, leur confession religieuse ou leur préférence sexuelle, nous ne devons pas abdiquer, comme nous venons de le faire le 22 avril 2009 lors de la Conférence Internationale contre les discriminations raciales et le racisme (dite Durban II).
Fabrice LETAILLEUR

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