Le Pakistan multiplie les persécutions contre les chrétiens, et poursuit l’Occident devant l’Onu !

Publié le 2 août 2010 - par - 225 vues

Signer les pétitions de l’Église catholique, ce n’est en général pas mon genre, mais là, j’ai décidé de faire une exception : l’Église lance en effet une pétition contre une législation anti-blasphème, celle du Pakistan, qui est une des pires du genre. Vi, vi, vi, vous avez bien lu : l’Église pétitionne bien contre les excès de ceux qui crient au blasphème, ce qui est d’ailleurs dans la droite ligne du dernier vote du Saint-Siège à l’ONU contre une énième résolution sur la “diffamation” des religions (le_saint-siege_dit_non_a_la_resolution_de_l_onu_sur_la_diffamation_des_religions.html) .

On vit vraiment une époque formidable …

Comme je ne vais pas défendre la législation anti-blasphème du Pakistan uniquement parce que l’Église la combat, j’ai donc signé la pétition diffusée par Aide à l’Église en Détresse (AED) (http://www.aed-france.org/blaspheme/loi-anti-blaspheme/#c). J’ai quand même laissé un petit message dans l’espace prévu à cet effet pour préciser que cette signature, dans mon cas, ne me faisait pas rejoindre la chaîne de prières associée à cette pétition.

L’Église évalue à près de 1000 le nombre de victimes de cette loi. Pour être précis : de 1986 à 2010, la Commission Justice et Paix de la Conférence des Évêques Catholiques avance le chiffre de 993 victimes innocentes, dont 120 chrétiens, 442 musulmans et 417 ahmadis (mouvement issu de l’islam et considéré comme hérétique par la majorité des musulmans), 14 hindous.

La Loi anti-blasphème est contenue dans le Code Pénal du Pakistan, explique le Conseil Œcuménique des Églises (COE) dans une Déclaration sur l’abus de la Loi sur le blasphème et la sécurité des minorités religieuses au Pakistan, le 1er septembre 2009.

Il s’agit au départ d’une vieille loi datant de la colonisation britannique qui, avec l’indépendance et l’islamisation du pays, ne cessa de se renforcer et de se durcir dans le cas de prétendus blasphèmes contre l’islam, au point qu’elle prévoit maintenant la peine de mort en cas de blasphème contre Mahomet.

Depuis lors, les chrétiens, et d’autres minorités au Pakistan ont subi de manière croissante des humiliations et des persécutions en raison d’allégations mensongères proférées sur la base de la loi anti-blasphème.

C’est « un instrument d’oppression très perfide », déclare Marc Fromager, directeur de l’AED-France. Pourquoi ? Parce qu’elle n’est pas précise dans sa formulation (la loi ne définit pas le comportement attendu des citoyens à l’égard de Mahomet et du Coran ; les “remarques désobligeantes” suffisent à entraîner des poursuites) ; parce que, sur le simple témoignage d’un plaignant, la personne en cause est immédiatement placée en détention ; parce que le plaignant jouit d’un statut d’impunité compte tenu de la loi (il peut donc lancer toutes les accusations qu’il veut, même les moins crédibles) ; parce qu’on assiste le plus souvent à un simulacre de jugement ( les extrémistes y sont le plus souvent présents afin d’empêcher toute possibilité d’acquittement ; ces arrestations sont aussi une manière de récupérer la propriété du voisin) ; parce qu’elles sont utilisées pour régler des comptes.

Les arrestations, assassinats, massacres et pillages vont en s’accroissant depuis la promulgation de ces lois. Des centaines de lieux de culte ont été détruits. Récemment en août 2009, 8 chrétiens étaient brûlés vifs à Gojra (pakistan-sept-chretiens-tues-accuses-d-avoir-blaspheme). Il faut savoir qu’au Pakistan, les enlèvements, viols, mariages et conversions obligatoires des femmes chrétiennes par des hommes musulmans ne sont pas poursuivis. Si une femme vient se plaindre d’un viol, il n’est pas exclu qu’elle soit accusée d’adultère.

Du fait de la loi anti-blasphème, le Pakistan ne cesse de défrayer la chronique des droits de l’homme. Le 19 juillet 2010, deux chrétiens ont été – ô miracle ! – acquittés d’accusations de blasphème contre Mahomet, mais ils ont été assassinés en plein tribunal et la foule en fureur est allée saccager le quartier chrétien (deux-chretiens-pakistanais-assassines-devant-le-tribunal-apres-avoir-ete-aqcuittes-daccusations-de-blaspheme/).

Le 20 mars 2010, un chrétien fut brûlé vif, et sa femme violée par la police, parce qu’ils refusaient de se convertir (pakistan-un-chretien-brule-vif-sa-femme-violee-par-la-police-ils-refusaient-de-se-convertir-a-lislam/).

Au début de l’année, un couple de chrétiens a été condamné à 25 ans de prison pour avoir touché le Coran sans s’être lavé les mains (un-couple-de-chretiens-condamnes-a-25-ans-de-prison-pour-avoir-touche-le-coran-sans-setre-prealablement-lave-les-mains/).

Cinq hommes enlèvent et violent une jeune chrétienne , ils se défendent en disant qu’ils suivent en cela les préconisations entendues lors d’une conférence sur l’islam : pakistan-a-la-conference-sur-lislam-ils-ont-dit-que-si-on-epouse-ou-viole-une-non-musulmanes-on-aura-70-vierges-au-paradis/ ; autre exemple de viol, les coupables ayant été laissés en liberté par la police qui affirmait cependant les poursuivre : pakistan-14-ans-violee-par-6-hommes-parce-que-chretienne/.

On pourrait multiplier les exemples ; voici encore quelques cas récents : pakistan-loi-sur-le-blaspheme-quelques-cas-recents/.

En 1994, Amnesty International avait fait paraître un rapport spécifique intitulé “Pakistan : utilisation abusive des lois sur le blasphème” (www..amnesty.org/fr/library/asset/ASA33/008/1994/fr/16189b59-ebfc-11dd-9b3b-8bf635492364/asa330081994fr.pdf). Il s’agit d’un document terrifiant, montrant comment tout un chacun peut être accusé, sur simple déclaration d’un musulman, et montrant aussi que la victime de ces accusations s’en tire rarement, entre les condamnations à mort judiciaires et les violences extra-légales, puisqu’un musulman qui assassine un non-musulman a souvent droit à l’indulgence du tribunal s’il se fait passer pour blessé dans ses sentiments religieux. On dira qu’il a avait juste le sang chaud et qu’il s’est fait justice lui-même. Quelques exemples édifiants figurant dans ce rapport : un petit marchand de bracelets refuse de céder son emplacement à un concurrent, il est accusé de blasphème par ce dernier ; un musulman, militant social, encourage les habitants d’un bidonville à retaper leurs logements eux-mêmes, il est accusé de blasphème par les entrepreneurs locaux ; un musulman est passé à tabac, puis lapidé à coups de briques par un groupe de personnes qui l’accusent d’avoir brulé un Coran ; son corps est arrosé d’essence, brûlé, attaché à une motocyclette et traîné dans les rues du village. Amnesty qualifie la législation anti-blasphème de véritable “droit au harcèlement”. En août 2009, Amnesty réitère sa demande d’abrogation de la loi anti-blasphème.

Cependant, Amnesty semble devenue discrète sur les cas où la législation anti-blasphème est appliquée à des chrétiens. Riposte Catholique va même jusqu’à dire qu ‘elle les ignore délibérément (lobservatoire-de-la-christianophobie/pakistan-amnesty-international-ignore-deliberement-les-persecutions-antichretiennes-depuis-2007) ; en tous cas, Amnesty, dernièrement, prend les exemples qu’elle cite (peu nombreux d’ailleurs) chez les soufis ou les ahmadis, le dernier exemple chrétien dénoncé par elle remontant à 2007.

Est-ce que par hasard les massacres de chrétiens auraient, comme le racisme anti-blanc, vocation à se déployer à leur aise sans que personne les dénonce ?

Pas un mot en particulier, sur le véritable pogrom anti-chrétien survenu en 2009 au village de Bahmani Wala (asie-du-sud/pakistan/pendjab-un-village-de-chretiens-a-ete-attaque-par?SearchableText=), où 50 musulmans ont investi le village, saccageant tous les biens des chrétiens et faisant irruption dans les maisons pour en chasser les habitants. Un groupe de femmes chrétiennes, surprises à l’heure de la toilette, n’a dû son salut qu’à la fuite ; les assaillants ont jeté de l’acide en leur direction, sans toutefois les atteindre. L’assaut des musulmans a duré deux heures avant que la police intervienne et rétablisse l’ordre . Selon le groupe d’enquête mis en place par l’Eglise catholique, l’attaque des musulmans trouverait son origine dans une querelle de voisinage entre un musulman et un chrétien. Le 29 juin, les choses se seraient envenimées et « le lendemain matin, un appel a été lancé à la mosquée du village musulman voisin pour aller mener le djihad contre les chrétiens de Bahmani Wala, coupables d’avoir insulté le Prophète Mahomet », rapporte Abid Gill, membre de la Commission Justice et Paix de la Conférence des évêques catholiques du Pakistan. « Le religieux qui tenait le micro a appelé les musulmans à mettre les chrétiens en fuite et à se saisir de leurs enfants et de leurs filles. »

Les demandes d’abrogation de cette législation sont de toute évidence en mauvaise voie, à l’heure où d’importantes organisations religieuses pakistanaises envisagent au contraire de demander à l’ONU de promouvoir l’idée d’une législation mondiale prévoyant la peine de mort pour blasphème (L-ONU-va-etre-saisie-d-une-demande.html) ; l’Assemblée nationale pakistanaise avait déjà adopté une résolution en ce sens (default.asp?page=2008\04\16\story_16-4-2008_pg7_6) ; sans aller jusqu’à demander ouvertement une telle peine de mort, l’ Organisation de la Conférence islamique demande la pénalisation de ce qu’elle appelle la “diffamation des religions”, et elle obtient certains succès à l’ONU, qui prend de façon récurrente des résolutions condamnant la “diffamation des religions” et l'”islamophobie” ; on en est au point où même le Conseil de l’Europe ne s’oppose pas franchement à cette offensive, et préfère renvoyer dos à dos islamisme et islamophobie (Islam-islamisme-et-islamophobie-au.html), répartissant ses critiques à égalité entre une idéologie meurtrière (l’islamisme) et de simples critiques de l’islam relevant du débat démocratique (la prétendue “islamophobie”).

Au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le Pakistan donne des leçons.

Il vient de faire condamner la Suisse pour son interdiction des minarets (l’onu-condamne-l’interdiction-des-minarets-en-suisse/).

Le 16 juin 2010, s’exprimant au nom des pays de l’Organisation de la Conférence islamique, il a aussi réclamé, au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, une action énergique contre l’islamophobie en Occident (les-états-musulmans-veulent-des-mesures-énergiques-de-lonu-contre-lislamophobie-en-occident.html) ; il a déposé une résolution donnant pour instruction à son rapporteur spécial sur la liberté religieuse “de collaborer étroitement avec les grands médias pour faire en sorte qu’ils instaurent et promeuvent” (sous-entendu : en occident) “un climat de respect et de tolérance envers la diversité religieuse et culturelle” ; cette résolution a des chances d’être adoptée, les pays musulmans et leurs alliés ayant la majorité au Conseil des droits de l’homme.

Oui, vous avez bien lu : le Pakistan dénonce l’occident devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, et il gagne !

Orwell avait tout compris !

Catherine Ségurane

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