Le paradoxe de la tolérance

toléranceLe paradoxe de la tolérance est un concept développé par Karl Popper. Il se résume en ces termes: « La tolérance illimitée doit mener à la disparition de la tolérance. Si nous étendons la tolérance illimitée même à ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas disposés à défendre une société tolérante contre l’impact de l’intolérant, alors le tolérant sera détruit, et la tolérance avec lui. »[1] En d’autres termes, nous devons nous protéger de l’intolérant, et nous devons revendiquer le droit de le neutraliser pour le bien de la société.

Cependant des questions subsistent : où se situe le point de non tolérance ? jusqu’où peut-t-on aller dans la tolérance et dans l’acceptation de l’autre ?

Le problème réside dans le fait que la tolérance n’est pas une notion précise : elle recouvre deux définitions. La première est « l ‘attitude de quelqu’un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres ». La deuxième est la « l’attitude laissée à quelqu’un d’aller dans certains cas contre une loi, un règlement ». Cette dernière nous intéresse particulièrement. Il est généralement admis qu’en France, des associations telles que SOS Racisme ont poussé le concept de tolérance de plus en plus loin. Ce fut tout à fait visible dans des slogans tels que « touche pas à mon pote » par exemple. Le problème est que, ce faisant, les propagateurs de ce message ont fortement contribué à légitimer une forme d’impunité au « pote » en question. En effet, cette formule « pose une relation d’égalité en des termes qui ne commandent guère le respect mutuel. Davantage, elle ne pose pas une véritable relation d’égalité. « Chacun doit respecter l’autre » implique des obligations réciproques, « Touche pas à mon pote » fixe une relation à sens unique qui ne comporte d’obligations que pour une seule partie. »[2]

Dès lors, plusieurs questions restent en suspens :

Est-il normal de tolérer que l’État français finance des mosquées, oubliant par là son devoir de laïcité ?[3]

Est-il normal de tolérer que les jeunes issus de l’immigration soient surreprésentées parmi les délinquants ?[4]

Est-il normal de tolérer que les violences envers les policiers ne cessent d’augmenter ?[5] (Ceci ajouté à tous les actes de vandalisme envers les symboles de l’État, non comptabilisés.)

Est-il normal de tolérer que ce soit toujours la responsabilité de l’État qui soit toujours mise en cause ?(« ici on souligne la responsabilité des politiques publiques françaises »[6]).

Est-il normal de tolérer que nos compatriotes juifs, qui représentent moins de 1% de la population totale, sont la cible à eux seuls de 40% des actes racistes ?[7]

Enfin est-il normal de tolérer que l’on doive interpeller plus de 70 personnes lorsqu’il y a un match de l’Algérie en France ?[8]

En tout état de cause, on peut avancer qu’un minorité de la population française soit devenue intolérante, car elle ne reconnaît plus les valeurs, les traditions et l’État français. Par ce fait même, le pacte social français est remis en cause, car une partie de la population n’y adhère plus. En fin de compte les français auraient-ils été trop tolérants ?

« Tue au départ, pour éviter d’alimenter les discriminations, l’origine « arabe ou nord-africaine » des agresseurs de la Saint-Sylvestre, et surtout la présence parmi eux de réfugiés, sont aujourd’hui jetées à la figure des Colonais, comme une remise en question brutale de leur foi en la coexistence pacifique des nations au sein de leur ville »[9]

Notre « foi » en la tolérance n’est-elle pas allée trop loin ?

Paul Chouard

[1]Karl Popper, The Open Society and Its Enemies, Princeton University Press, 1971.

[2]Phillippe Bénéton, Les fers de l’opinion, PUF, 1ère édition : octobre 2000, p57.

[3]http://www.saphirnews.com/Financee-par-l-Etat-la-Grande-Mosquee-de-Strasbourg-fait-la-fierte-de-la-ville_a15351.html

[4]http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/1-l-origine-des-delinquants_483039.html

[5]http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/08/28/01016-20150828ARTFIG00308-violences-contre-les-gendarmes-et-policiers-20-victimes-par-jour.php

[6]http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/04/29/en-france-les-detenus-musulmans-sont-surrepresentes-selon-le-washington-post_1039616_3224.html

[7]http://www.antisemitisme.fr/

[8]http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/06/27/01016-20140627ARTFIG00050-mondial-2014-liesse-des-supporters-algeriens-quelques-incidents.php

[9]http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/01/13/agressions-du-nouvel-an-a-cologne-ce-ne-sera-plus-jamais-comme-avant_4846335_3214.html

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14 Commentaires

  1. Le problème de la tolérance c’est qu’elle est considérée comme une qualité au lieu d’être envisagée pour ce qu’elle est vraiment, à savoir le refus – qu’elles qu’en soient les raisons diverses – d’entrer dans le débat de ce qu’il est juste de faire, de s’y tenir et de s’opposer à ce que soit accompli le contraire.

    Parfois lâcheté, parfois paresse devant la complexité de faire la lumière, parfois intérêt à préserver ses propres turpitudes par un contrat de réciprocité ( je te laisse me faire chier pour que tu me laisses aussi te faire chier quand c’est mon tour ) , et j’en oublie peut-être mais il n’y a rien de très glorieux – ou simplement louable – là-dedans.

    Mais avant de pouvoir changer de paradigme sur cette question, on sera tous enterrés.

  2. @Adhémar en effet on rejoint la vieille citation d’Antoine de Saint-Just « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté. »

    @brandenburg qui que fut Karl Popper certains de ses travaux sont valables (de mon point de vue), je les actualise donc. Il est vrai que la conception d’Aristote est également intéressante et pourrait être débattue

  3. Revenons aux choses sérieuses et non aux foutaises:Aristote: »La tolérance et l’apathie sont les signes de la mort d’une civilisation »;Saint Thomas d’Aquin: »La justice s,ns la miséricorde c’est de la cruauté mais la miséricorde sans la justice aboutit à la dissolution ».
    Comme toujours avec le catholicisme,le débat est élevé et l’on passe d’une tolérance passive à une miséricorde et une justice actives.
    Merci d’élever le débat vous aussi!

  4. La référence à Popper ,un métèque,ancien marxiste,epistémologue sans grand intérêt,par rapport au français Pierre Duhem,par exemple,est une erreur.Il faut en revenir à Locke qui a défendu la tolérance envers les différentes sectes protestantes de son temps mais l’intolérance absolue vis-à-vis des catholiques,notamment irlandais,selon le précepte « Pas de tolérance, pour les ennemis de la tolérance » devenu ensuite « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté »,tout cela faisant des centaines de millions de morts , d’opprimés ou de déportés.Hypocrisie habituelle des protestants ou protestantisants comme arouet dit Monsieur de Voltaire,anti-catholique obsessionnel-« Ecrasons l’infâme » ou « Mentez »- antisémite,raciste,finançant le trafic d’esclaves,etc.Cette tolérance n’est qu’indifférence au sort des autres: »Moi d’abord », »Périsse le monde pourvu que j’ai ma tasse de thé »,un américain contemporain: »Il faut tuer 90 % de l’humanité pour préserver mon bien-être ».Bref,infamie!

    A suivre.

  5. Aristote et la tolérance, ce poison particulièrement sournois : —

    TOLÉRANCE ET APATHIE SONT LES DERNIÈRES VERTUS D’UNE SOCIÉTÉ MOURANTE. »

  6. ce qui n’est pas tolérable, c’est que notre mode de vie soit remis en cause par des étrangers qui migrent chez nous uniquement pour nous imposer un mode de vie qu’ils sont censés fuir chez eux, mais il n’y a pas que cela, et l’article reprends une grande partie de cette trahison envers nos valeurs et notre Patrie.

    • oui, mais ce doit être A NOUS DE LEUR INCULQUER LE CONTRAIRE DE CE QU ILS ONT DECIDE POUR NOUS paule di Malta

  7. Très bon article, une répétition s’est glissée en recopiant : que ce soit toujours la responsabilité de l’État qui soit toujours mise en cause.
    On vous répondra évidemment le grand classique de Marx : les problèmes sociaux sont responsables de cette délinquance… pourtant à ma connaissance Ben Laden et les rois du Golfe, qui sont des totalitaires intolérants, n’ont jamais eu de problème social. La philosophie personnelle, est tout ce qui fait un homme. Quand le « prophète », qui représente dieu parmi les hommes, tue sans vergogne tous ses opposants, qu’attendre de ceux qui le prennent comme modèle, d’autre que la violence ?

  8. Excellent article, oui, cette notion de tolérance face a ceux qui ne le sont pas est complexe, conceptuellement. Enfin avec ceux quine font pas la différence entre une opinion et une pensée.

  9. Une saine réactualisation de la pensée de Karl R. Popper, qui opposa la théorie de la falsification aux pseudo-sciences comme aux idéologies (le marxisme , l’islam et leurs « sciences » dans les sociétés totalitaires qu’ils ont produit).
    A relire absolument.
    Tiens, un Chouard de plus après Étienne Chouard ! L’économiste, un bon article de Paul Chouard dans RL.

  10. L’umps est tolérant avec vous tant que votre opinion n’est pas contraire à la sienne. Sinon, vous vous faites traiter de fasciste.

  11. Une bonne arme, est d’appliquer l’un des principe de la Connaissance, qui est de :
     » S’opposer à toutes formes d’intolérance  »
    Non pas d’être tolérant, mais de s’opposer à touts formes d’intolérance.
    Et de lui adjoindre cet autre principe de la Connaissance qui est :  » le principe de la réciprocité  »
    Voilà deux bonnes armes pour un monde futur presque parfait !

  12. Leur tolérance est comme leur liberté d’expression: elle est à sens unique.

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