Le pas de deux de Nicolas et de Benoît sur un air de laïcité positive

Le 12 septembre 2008, lors de la visite du Pape en France, Nicolas Sarkozy récidive avec sa définition de « laïcité positive ».
Le 20décembre 2007, le chanoine honoraire de Saint Jean de Latran avait choqué les laïques français par ses propos péjoratifs sur les instituteurs.
En 2004, dans son livre « la République, les religions, l’espérance », il mettait à mal la laïcité en stigmatisant les athées, décrits comme des hommes «sans aucune espérance».
Nous aurions dû, nous les laïcards (comme ils nous nomment), nous méfier de la suite des événements.
Pourquoi, aujourd’hui, sommes-nous tant choqués ?
Pourquoi devons-nous, aujourd’hui, défendre de toutes nos forces cette valeur qui nous est chère, la laïcité ?
Souvenons-nous de l’essentiel et pour cela reprenons notre histoire.
Le mot laïcité vient du grec laikos ; peuple.

La laïcité est une éthique basée sur la liberté de conscience visant à l’épanouissement de l’homme en tant qu’individu et citoyen.
Dans le langage chrétien, un laïc était au Moyen Age un « baptisé » qui n’appartenait pas au clergé.
C’est la Révolution française qui a donné le cadre premier de droit à partir duquel la laïcité pouvait être imaginée.
La proclamation de la République, le 21 septembre 1792, s’identifie avec l’abolition de la monarchie. C’est l’an I de la République « Liberté-Egalité-Fraternité ».
En lieu et place de la souveraineté du pouvoir royal, s’installe « la souveraineté de la nation », l’idée d’une nation républicaine une et indivisible. Désormais la France sera gouvernée par la volonté du peuple.
En 1795, la constitution de l’An III est proclamée fondamentale de la République française.
Cette constitution dit : « Nul ne peut être forcé de contribuer aux dépenses d’un culte. La République n’en salarie aucun ». C’est la première séparation déclarée des Eglises et de l’Etat. L’application en restera partielle et brève. La Ier République issue de la Révolution française sera la première expérience historique d’une société politique essayant de vivre sans religion publique.
La IIIe République (1871-1940) sort victorieuse définitivement en 1875 de presque un siècle de luttes contre la monarchie, le pouvoir religieux et plusieurs régimes autoritaires.
C’est elle qui va réaliser la laïcité, mais qui va aussi poser le cadre républicain et ses valeurs de liberté et de démocratie de façon durable jusqu’à nous : suffrage universel, système des partis, droit de réunion, autorisation des syndicats (1884), liberté de la presse, droit du sol (1889), liberté d’association (1901).
Sous la IIIe République, la laïcité est devenue une conception de l’organisation de la société visant à la neutralité réciproque des pouvoirs spirituels et religieux par rapport aux pouvoirs politiques, civils, administratifs. Le but était de lutter contre le cléricalisme, c’est-à-dire l’influence des clergés et des mouvements ou partis religieux sur les affaires publiques.
C’est sous la IIIe République qu’est votée la loi de 1905 qui entérine de façon définitive la séparation de l’état et de l’église.
C’est dans la Constitution du 27 octobre 1946 qu’apparait pour la première fois « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale ».
Cette phrase est devenue l’article premier de la Constitution de 1958 qui est toujours la nôtre.
Ce rappel historique était indispensable pour comprendre que la Laïcité est une idée révolutionnaire, datant de quelques siècles, mais qui régit notre vie quotidienne.
Ce qui est particulièrement choquant aujourd’hui , c’est que le Président de la République, garant de notre Constitution (article 5) ose bafouer aux yeux de tous et devant le Pape cette même Constitution.
De quel droit se permet-il de porter un jugement sur les religions alors qu’il devrait garder la neutralité de part sa fonction?
En fait ses prises de position ne sont que le prolongement du discours qu’il développait dans son livre de 2004, nous n’avons pas un Président de la République de tous les Français et pour tous les Français, mais un homme qui aimerait imposer ses idées et ses propres croyances.
« La République, comme vous le dites, c’est l’espoir d’une vie meilleure dans le temporel. La religion, c’est l’espérance d’une vie meilleure dans l’au-delà. Reconnaître l’espérance qu’incarne la religion, ce n’est donc pas nier l’espérance qu’incarne la République. J’affirme que religion et République sont complémentaires » (Nicolas Sarkozy lors d’un entretien avec Denis Jeambar, le 29/10/2004).
En ce sens, par ses propos, nous voyons bien où il voudrait en venir, rompre le pacte républicain qui constitue le socle de notre société .La laïcité en effet permet à tous de vivre ensemble quelques soient ses croyances et/ou ses non croyances.
Le terme de laïcité « positive » est en lui-même un non-sens. Si l’on parle de laïcité positive, cela sous entend qu’il y aurait une laïcité négative… La laïcité ne supporte aucun adjectif, comme l’ont rappelé les Francs-Maçons du Grand Orient.
Le Pape, lui, s’est saisi de ce terme « laïcité positive » pour prêcher pour sa paroisse.
Quelle aubaine pour lui !!!Un homme politique qui lui donne la possibilité de développer son emprise sur les consciences et sur sa vision de la société .D’ailleurs il s’est empressé de reprendre cette conception particulière de la laïcité :
« Vous avez d’ailleurs utilisé, Monsieur le Président, l’expression de «laïcité positive» pour qualifier cette compréhension plus ouverte. En ce moment historique où les cultures s’entrecroisent de plus en plus, je suis profondément convaincu qu’une nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l’importance de la laïcité est devenu nécessaire. Il est en effet fondamental, d’une part, d’insister sur la distinction entre le politique et le religieux, afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l’État envers eux, et d’autre part, de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu’elle peut apporter, avec d’autres instances, à la création d’un consensus éthique fondamental dans la société. »
Ce Pape, qui représente une religion conservatrice par ses prises de positions sur l’avortement, le refus de la contraception, le refus du préservatif etc n’est sûrement pas la meilleure des références pour donner des leçons sur notre façon de vivre et de penser.
N’oublions pas non plus l’omniprésence de l’Opus Déï dans son entourage, frange sectaire de l’Eglise Catholique. Ce Pape actuel, anciennement cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, ancienne Inquisition, estime depuis longue date que ces mouvements sont l’unique évolution positive de l’Église post-conciliaire.
Mais, fort heureusement, nous vivons dans une République Laïque et dès le jour même des réactions hostiles à ce concept se sont élevées avec force contre la remise en cause de la séparation de l’église et de l’Etat.
Des hommes politiques de droite et de gauche, des associations laïques, une instance religieuse telle que le CRIF ont rappelé leur attachement à la loi de 1905.
La laïcité française, une exception dans le monde, doit rester en l’état.
Aucune compromission n’est possible au risque de raviver les discordes du passé entre croyants et non-croyants.
« Cela ne me dérange pas que vous ayez une religion, mais je ne peux pas vous permettre de me juger si je n’en ai pas une », voilà la phrase que je veux continuer à dire sans être inquiétée ou méprisée. Je n’autorise pas la moindre personne à porter un jugement de valeur sur mes convictions.
La laïcité permet à chacun d’être en concordance avec lui-même en dehors de toute considération politique, philosophique ou religieuse.
Marie-José LETAILLEUR
Présidente de l’Ufal de Champs sur Marne

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