Le PCF, la laïcité, la liberté de la presse et la démocratie

Les positions des organisations de gauche à propos de l’islam et de la laïcité satisfont-elles pleinement leurs militants et sympathisants ? Je n’en ai pas l’impression. En tout cas, sur le site de l’Humanité, dans les jours qui suivirent le pavé dans la mare de Marine Le Pen (12 décembre 2010), on ne se pressait pas pour applaudir la déclaration du secrétaire général du PCF, parti bien connu par ailleurs pour son conformisme en la matière. Mieux, certains s’y montraient agréablement critiques. Du coup, je me suis joint à eux et envoyé le texte suivant :
« La déclaration de Marine Le Pen est en effet un coup préparé. Le PCF est aussitôt tombé dans le piège. Comme à l’époque du père, la gauche en général exauce les vœux du FN qui n’aime rien tant que d’être diabolisé et qu’on lui oppose des cris d’orfraie. « Cachez ce sein que je ne saurais voir », s’écrient ses porte-paroles. La scène est éculée. D’un côté, le plaisir de la transgression. De l’autre, les pleurnicheries très morales.
Il y a pire. Car que remarque t-on à la lecture du communiqué du PCF ? On remarque que le PCF réclame la condamnation de la dirigeante du FN. Pas la mise en examen, la condamnation. C’est inquiétant. La liberté d’expression est contestée et la séparation du juridique et du politique est niée. Dans quelle sorte d’Etat est-on lorsqu’un parti s’arroge ce droit ? Et puis il y a le vocabulaire. Je croyais qu’en république, en république laïque, il y avait des citoyens libres et égaux, des individus citoyens donc avant tout, citoyens avant toute coloration religieuse, ethnique, etc.. Et bien, non, il y a « l’autre ». L’autre des chrétiens ? L’autre des religieux de tout poil ? Quel autre, vague, indistinct, abstrait ? Les ancêtres marxistes du PCF se retournent dans leur tombe ! Il ne manquait que la majuscule. C’est le mot « homme » qui la reçoit. Pour le PCF, il y a l’« Homme ». Pas les hommes, c’est à-dire les hommes réels, de chair et de sang, avec des contradictions, des idées et des émotions, non, pour le PCF, il existe un homme abstrait qui s’appelle l’« Homme ». Ça ne mange pas de pain. L’homme avec un grand « h » ne pose guère de problèmes. C’est l’homme des totalitaires.
Je lis que le cœur du PCF est soulevé. Le mien aussi. J’ai cherché sur le site de l’Huma le nom d’Atefeh Rajabi, l’adolescente iranienne pendue à l’aube à une grue, il y a quelques années. Je ne l’ai pas trouvé. Ai-je mal cherché ? Ou s’était-elle montrée trop politiquement incorrecte en arrachant son voile et en le lançant au visage de ses juges ? J’exagère, c’est de mauvais goût. Comme il serait de mauvais goût de rappeler aussi le souvenir de tous les progressistes laïques morts persécutés et torturés en terre musulmane. Aujourd’hui, le PCF, sans relâche, prend la défense d’une idéologie dont il devrait être un des adversaires les plus résolus. Et va jusqu’à défiler avec les obscurantistes. Quand je l’ai vu à Nice, cela aussi m’a soulevé le cœur, ce renoncement de la gauche au combat laïque, cette trahison.
Je me relis. Ah, et le service public audiovisuel… D’après le PCF, il ne devrait pas faire ceci ou cela… « se déshonorer en faisant la promotion d’un discours… ». Ah bon, il va falloir trier. Qui sait, soumettre les déclarations des uns et des autres à une commission… à des commissaires politiques ? Et comment se fait-il que lorsque – un exemple entre mille – Ramadan a demandé un moratoire sur la lapidation des femmes, cela n’ait pas posé les mêmes problèmes ? Ah zut, quel islamophobe je fais ! J’espère que ce n’est pas, parce qu’en tant que simple citoyen, je suis libre de toutes préoccupations électoralistes… »
Erik Laurent

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