Le pianiste versus Le djihadiste

Publié le 13 octobre 2014 - par - 1 359 vues
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lepianisteAyant revu récemment Le pianiste (Palme d’Or du Festival de Cannes en 2002), film de Roman Polanski dont le personnage principal est un pianiste juif dans la Pologne sous occupation nazie, je n’ai pu m’empêcher de penser à la définition concise mais ô combien pertinente que d’aucuns ont donnée du nazisme: “c’est torturer dans la cave cependant que l’on joue du Brahms (ou du Wagner, etc) au premier étage”.

On peut interpréter cela comme la contiguïté de la barbarie et de la civilisation, ce que le nazisme fut à n’en point douter. On peut aussi, de manière plus optimiste, y constater que même au sein de la barbarie la plus manifeste, la plus patente, la simple humanité peut encore rester présente. En effet, vers la fin du film, lorsque l’officier SS découvre le pianiste famélique tapi comme une bête dans le grenier d’un immeuble en partie bombardé, il ne tue pas ce dernier mais le fait jouer au piano qui avait été remisé dans cet endroit. Les deux hommes engagent même une conversation dont la teneur relève davantage d’un dialogue entre humains tout court qu’entre ennemis destinés par définition à se haïr. Et plutôt que de le laisser crever sur place comme une bête, l’officier nazi va jusqu’à prodiguer de la nourriture à ce pauvre hère de pianiste. Après les images insoutenables qui jalonnent le film, on ne peut qu’éprouver un sentiment d’énorme soulagement et même une lueur d’espoir, à savoir que le cauchemar présent ne va peut-être pas s’éterniser et que les vraies valeurs d’humanité reprendront le dessus un jour ou l’autre. Après que fut mis fin à l’engrenage de la folie criminelle nazie, l’après-guerre a effectivement permis de concrétiser cet espoir.

Par contraste, que se passe-t-il en ce moment même dans les zones conquises par les djihadistes d’un mouvement terroriste s’autoproclamant “Etat Islamique”? D’emblée ces derniers interdisent la musique et la danse, considérées comme non islamiques. Les talibans agissaient déjà de manière identique en Afghanistan. Pour tous ces puritains haineux et totalitaires, le côté ludique et festif de la musique et de la danse est aussi insoutenable qu’il est inadmissible. Ceci n’a pas de quoi étonner vu que la musique, et la danse qui peut l’accompagner, constitue certainement la forme d’art la plus à même d’éveiller les affects les plus intimes, les plus archaïques et ceux les plus immédiatement liés au corps et aux sens (1), voire porteurs d’une charge érotique plus ou moins suggestive. Le carcan dans lequel l’islam veut enfermer ses “soumis” ne concerne pas uniquement la sexualité en tant que pratique vénérienne, mais inclut tout ce qui peut favoriser le bonheur des sens, la joie de vivre et le plaisir tout simplement.
Chantres des pratiques sanguinaires, les djihadistes se plaisent à décapiter, égorger, lapider, torturer, et rien ne vient rédimer la pratique de ces actes barbares. Aucune musique, aucun chant ne viennent créer de l’harmonie propre à apaiser les sens et l’âme. Selon le psychanalyste Jacques Lacan, “la beauté est cette brillance qui s’interpose entre nous et la mort”. Dans l’engagement djihadique, apogée du devoir coranique, sévissent l’horreur à l’état pur, la violence magnifiée et la mort brutale qui s’ensuivent, cercle infernal et délétère aux antipodes de quelque espèce de beauté ou d’harmonie que ce soit. Dans le djihadisme est absente toute forme de sublimation dans le sens où Freud disait que la civilisation se bâtit sur la sublimation.

Si nous ne gagnons pas la lutte civilisationnelle contre le djihadisme, nous pourrons dire adieu à toutes ces idées de sublimation, d’harmonie, de beauté, notions issues du soleil apollinien de la culture hellénique et des clartés chrétiennes, socles sur lesquels repose notre civilisation européenne.

D’un large point de vue historique, dans la civilisation chrétienne, l’Eglise catholique a procédé à maints aggiornamenti (2) au cours de son histoire; et le protestantisme, rival en même temps que surgeon du catholicisme, n’a cessé de renouveler le message évangélique. L’islam ne s’est jamais livré à de telles remises en question.

Dans le même registre, la notion de laïcité est déjà en germe dans la Bible où l’on peut lire: “Payez donc à l’ empereur ce qui lui appartient, et payez à Dieu ce qui lui appartient” (Matthieu 22, verset 21). Elle ne l’est nullement dans l’islam.
Quant aux Lumières européennes, nées par excellence sur le double socle latino-hellénique et chrétien, elles furent particulièrement fécondes en France avec D’Alembert, Diderot, Montesquieu Rousseau, Voltaire, etc; dans les Etats germaniques avec Kant (3) et Lessing, etc; en Italie avec Beccaria (4) et en Ecosse avec Adam Smith. Mais où sont véritablement les Lumières de l’islam qu’invoquent tant les apologistes de la soi-disant religion de paix et d’amour, donc d’harmonie sociétale et morale?

Au regard de tous ces constats, c’est bel et bien à un choc civilisationnel entre islam et Occident que nous assistons présentement. Il faut vraiment être crédule et naïf pour croire que le monde puisse vivre en paix avec un islam non réformé. L’histoire de cette idéologie totalitaire tantôt dormante, tantôt en éruption, et sévissant depuis quatorze siècles, infirme cette vision. Et les événements actuels, plus violents et barbares que jamais, démontrent à qui en douterait encore, qu’effectivement
L’islam, c’est le djihadisme en dormition,
Le djihadisme, c’est l’islam en action.

Charles Adam

(1) Je renvoie ici au texte de Guy Rosolato, La haine de la musique,
dans l’ouvrage collectif Psychanalyse et musique
(éditions Les Belles Lettres, collection Confluents psychanalytiques; 1982).
(2) aggiornamento ( < italien, = mise à jour): adaptation au progrès, à l’évolution du monde actuel, notamment en parlant de l’Eglise catholique.
(3) Emmanuel Kant – Moses Mendelsohn: Qu’est-ce que les Lumières?
(éditions des 1001 nuits, petite collection n°508).
(4) Cesare Beccaria: Des délits et des peines (GF Flammarion n°633).
Préface de Robert Badinter.

 

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