Le pillage de la Syrie s’organise avec la complicité de l’Europe et des jihadistes

Publié le 22 octobre 2013 - par - 1 236 vues
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Nous avons dénoncé l’intervention de l’Occident en Syrie, en sous-main, pour aider la rébellion islamiste. L’aide apportée aux brigades internationales du jihad et aux rebelles radicalisés est très importante sous forme de renseignements, d’entraînement militaire, de fournitures d’armes etc. … La facture a été réglée tout particulièrement par les États du Golfe. L’Occident s’est comporté en prestataire de services, pour le compte du Qatar d’abord puis de l’Arabie Saoudite qui sont d’importants clients de l’industrie de l’armement.

Il y a eu des soldats mercenaires américains en Irak et ailleurs (Xe et ex-Blackwater). Une nouvelle opportunité s’est présentée aux États occidentaux en crise, c’est l’intervention en Syrie pour le compte d’un autre État riche qui paie la note. Comment appelez-vous ces États sinon des États mercenaires ? Nous avons mesuré l’importance de ce phénomène récemment en Libye lors des bombardements du territoire libyen par les forces de l’OTAN pour le compte du Qatar. Et nous ne connaissons même pas l’étendue réelle du désastre de cette intervention. Le désastre s’est déplacé en Syrie.

En Syrie, l’expansion jihadiste, « la ruée vers l’Est » syrien, s’est concrétisée. Le territoire du Nord-Est de la Syrie est devenu le siège d’une activité aussi rentable que criminelle par la mainmise des rebelles sur les puits de pétrole.

VOL DU PETROLE SYRIENDes moyens primitifs pour le vol et la vente du pétrole

Début 2013, nous avons vu apparaître des bandits dans les régions de Deir- Ezzor, Rakka et Hassaké, des bandits d’une activité spéciale : le vol de pétrole brut. D’abord ils ont percé des pipelines pour extraire le brut puis l’ont vendu à la population, en profitant de la pénurie générale et en réalisant des bénéfices importants. Ensuite, ils ont volé des équipements d’extraction et d’exploration pétrolière et même des pipelines, sur des centaines de kilomètres, dont la valeur dépasse des millions de dollars. Ces éléments sont vendus comme ferraille pour quelques milliers de livres syriennes (1 € = 150 LS) !

Or, dans cette course à l’or noir de l’Est syrien, les convoitises se sont fait rapidement sentir et les disputes sur les puits sont devenues de plus en plus féroces entre les protagonistes représentés par les hordes d’al-Qaeda  (le Front al-Nousra et  l’État Islamique d’Irak et du Châm (EIIC)), les chefs des tribus bédouines et les combattants kurdes. Lors des disputes sur le partage du butin, comme s’il s’agissait de razzias de chameaux ou de bétail, certains puits ont été incendiés pour empêcher une autre faction d’occuper le puits : « Ce puits sera à moi ou à personne ».  C’est à celui qui réunit le plus de combattants pour protéger « ses puits ». D’autres puits ont été délibérément démolis.

VOL DU PETROLE SYRIEN4Un « raffinage » primitif : le grand gâchis

Désastre sanitaire

Ce pétrole, dans ses deux variantes, lourd et fluide, tombé entre les mains de gens qui n’ont aucune notion, aucune connaissance du risque de manipulation à mains nues et sans masque de protection, a engendré des maladies cutanées et des maladies respiratoires. Sans compter l’inhalation de gaz toxiques provoqués par les  incendies des puits. Les voleurs, par ces méthodes primitives de « raffinage » absorbent davantage de gaz cancérigènes et d’émanations de rayons toxiques. Le pétrole viendra-t-il à bout de la vie des voleurs avant toute intervention internationale pour stopper ce trafic ?

Désastre écologique  

Le percement des pipelines a déclenché l’écoulement du pétrole sur les terres arables et l’empoisonnement de la nappe phréatique profonde pour des centaines d’années. Il faut y ajouter les rejets dans l’atmosphère de gaz toxiques provenant des puits incendiés. Les équipements de production et d’extraction sont contaminés à 95 %.

VOL DU PETROLE SYRIEN6-BBCUn « manipulateur-raffineur »

Les « bataillons du pétrole »

Après avoir démonté et vendu à la Turquie un millier d’usines d’Alep puis volé les silos de blé de cette riche plaine de Syrie, les jihadistes s’attaquent depuis quelques mois au pétrole dans un silence absolu de la communauté internationale. Des « bataillons du pétrole » se sont constitués pour auto-raffiner selon une technique expéditive, avec des unités mobiles de raffinage. Ce pétrole volé est la propriété du peuple syrien. C’est un pillage.

VOL DU PETROLE SYRIEN5Groupe armé venant de mettre la main sur un champ pétrolier

La seule façon de tirer suffisamment de profit est de se lancer dans la quantité pour exporter le pétrole par citernes en direction de la Turquie et tout particulièrement vers la raffinerie la plus proche Batman Tüpras (objet d’enquête en Turquie pour fraude fiscale). Le pétrole est acheminé ensuite vers l’Europe. Le pétrole est vendu aux intermédiaires turcs de la mafia à moitié de son prix mondial, soit 50 dollars le baril. Les experts en hydrocarbures estiment que le manque à gagner de la Syrie, victime d’un blocus pétrolier au début du conflit (mars 2011) était de 7 milliards de dollars en février 2013.

Raffinerie tüprasRaffinerie Tüpras (Turkish Petroleum)

L’Europe aggrave la situation

Sous prétexte « d’aider la population civile syrienne, en particulier en réponse aux problèmes humanitaires […], et pour restaurer une activité économique normale », les ministres européens des Affaires étrangères de l’Union Européenne ont décidé, le 22 avril 2013, d’autoriser l’importation de brut produit en Syrie et l’exportation d’équipements dans les secteurs pétrolier et gazier ainsi que les investissements dans ces domaines.

Donc l’Europe, qui a autorisé l’importation de pétrole volé au peuple syrien, se comporte en receleur et troque le pétrole à bas prix contre argent et matériel. De plus, les revenus  de ce pétrole, amassés par les jihadistes al-Nousra et EIIC,  servent à l’achat d’armes, dont des blindés, à bien payer confortablement les jihadistes et à entretenir une guerre sans fin. L’EIIC peut ainsi se permettre d’attirer de nouveaux jihadistes dans son giron et de les rémunérer généreusement. L’activité de l’EIIC s’étend même aussi jusqu’à la culture du cannabis, comme ce fut le cas en Afghanistan.

Le peuple syrien ne recevra pas un kopeck des revenus de son pétrole qui iront enrichir ces nouveaux princes des imarats jihadistes du pétrole. Cet argent est aussi canalisé pour soutenir le jihad dans le monde. L’Europe scie la branche sur laquelle elle est assise.

La responsabilité de l’Europe est grande L’histoire retiendra cette alliance morbide et contre-nature entre l’Europe et les jihadistes de la planète qu’elle déclare par ailleurs  vouloir empêcher de sévir sur son propre sol alors qu’elle les finance par ailleurs.

Bernard Dick

 

 

 

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