Le PMF manifeste contre la France

Cinq ans après la loi du 15 mars 2004 stipulant que «dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit», le Parti des Musulmans de France appelle à manifester, le 17 janvier prochain, à Paris, Place de la République, pour abolir cette loi, qu’il juge «liberticide».
Pourquoi la juge-t-il «liberticide» ? Parce qu’elle est «contre le port du voile», c’est-à-dire contre la liberté que devraient avoir les Françaises de porter le hidjab. D’où la volonté du Parti des Musulmans de France de faire du 17 janvier 2009 la «Journée du Hidjab pour la liberté, contre l’inégalité, contre l’islamophobie».
Oui, vous avez bien lu : «pour la liberté, contre l’inégalité, contre l’islamophobie» !

Que penser de cette incroyable inversion des valeurs ?
D’abord que tout est dit dans l’appellation même du parti en question. Quand on se nomme «Parti des Musulmans de France», le pays auquel on se rattache n’est qu’une contingence géographique. C’eût été n’importe quel autre pays non musulman que rien n’eût été changé. Pour ce parti, en effet, la France ne compte pas : elle ne compte qu’en tant qu’elle permet l’expression des valeurs musulmanes. En d’autres termes, la France ne compte qu’à la condition de n’être plus la France !
Le paradoxe est si énorme et si réel qu’il exige qu’on y réfléchisse sérieusement : tant que nous ne comprendrons pas que tous les partis, groupes, associations, corporations, unions, sociétés, syndicats, confréries, comités et autres communautés s’affirmant en priorité musulmans n’ont pour seul but que d’être musulmans, nous ne comprendrons pas les raisons de leurs désaccords avec les lois de la République. Si le Parti des Musulmans de France refuse la loi du 15 mars 2004, c’est bien parce qu’il se veut musulman, ou, si l’on préfère, parce qu’il ne pense qu’à lui, donc qu’à l’islam. Voilà pourquoi cette loi le blesse, comme elle blesse tous les musulmans qui, loin de la recevoir en tant qu’expression laïque d’une raison respectueuse de l’intériorité de chacun, n’y voient qu’une loi «anti-foulard», autrement dit une «loi d’exception» nécessairement «discriminatoire, sexiste et raciste» (sic) !
Que cette loi puisse blesser les juifs et les chrétiens, peu importe ! Mais aucune loi ne doit blesser un musulman ! La preuve : le 17 janvier 2004, soit deux mois avant le vote du 15 mars, Mohamed Latrèche, chef du Parti des Musulmans de France, manifestait déjà contre le projet de loi sur les signes religieux à l’école en répétant inlassablement dans les rues de la capitale : «Les Juifs ont tout, les Arabes n’ont rien» !
Appréhendée sous cet angle, la loi du 15 mars 2004 ne pouvait pas ne pas apparaître sacrilège – et même doublement sacrilège – puisqu’elle cible d’abord l’islam, et interdit ensuite à l’élève musulmane de porter le voile ! Or, si l’on en croit la sourate XXIV, verset 31, ou encore la sourate XXXIII, verset 59, le port du voile est une prescription coranique. Ce n’est donc pas une prescription comme une autre, car le Coran n’est pas un livre comme un autre : c’est le Saint Livre, qui consigne à la fois la liberté musulmane et la liberté divine, les deux devant existentiellement se confondre. Voilà pourquoi cette loi est hautement «liberticide».
Etrange liberté, cependant, que cette liberté musulmane qui accorde aux femmes, aux filles et aux fillettes (!) l’exclusivité du voile – uniquement parce qu’elles appartiennent à l’autre sexe ! Etrange liberté que cette liberté dont le non-respect peut valoir la mort ! Qui ne se souvient ici des quinze collégiennes brûlées vives dans l’incendie de leur établissement, en Iran, la police de la vertu ayant refusé qu’elles sortent sans hijab ? Qui n’a jamais entendu parler de ces femmes battues, fouettées, séquestrées pour une mèche de cheveux dépassant malencontreusement de leur voile ? Bien naïf celui qui pense que cela n’a lieu qu’en terre d’Islam : c’est à Marseille, en 2008, que Djamila fut rouée de coups par son mari pour avoir soulevé son voile en raison des chaleurs estivales !
Que dire donc à tous ces intellectuels et hommes politiques qui, en France, vont trouver d’excellentes raisons pour permettre, cautionner ou comprendre ce type de manifestation extrémiste ?
Qu’ils n’entendent, en ce domaine, rien à rien, ou alors qu’ils se complaisent dans les contradictions – et les drames qu’elles contiennent ! Beaucoup d’entre eux, en effet, ne cessent d’affirmer que la France est un refuge contre l’intégrisme et ses ignominies, tout en laissant les populations immigrées aux mains des Frères musulmans et autres Salafistes. Ainsi trahissent-ils les Français d’origine étrangère et, par voie de conséquence, les Français de souche, en cédant, une fois encore, à la lâcheté ambiante – qui finira par nous conduire à dupliquer le Liban !
Que dire, par ailleurs, au Parti des Musulmans de France, sinon que le corps féminin ne saurait être une insulte à la pudeur, que les cheveux ne sont pas une partie honteuse qu’il faut cacher à tout prix, qu’il n’y a pas de parties honteuses dans le corps, et qu’à montrer son corps ou ses cheveux, on ne brûle point en Enfer ?
Comment dire au Parti des Musulmans de France que l’inégalité n’est pas dans l’interdiction du port du voile mais dans l’obligation, pour un seul des deux sexes, de le porter ? Si l’islam prônait l’égalité des sexes, il prônerait l’égalité des corps, des cœurs et des droits, et ne voilerait personne.
Comment dire, enfin, à ce Parti, que la France n’est point islamophobe ? La France serait islamophobe si elle éprouvait une «crainte excessive ou maladive de certains objets, actes, situations ou idées» émanant de l’islam. Or, il n’en est rien. Par contre, elle ne peut pas ne pas être en éveil devant l’incapacité de ce même islam à concevoir ce qui n’est pas lui. Car ce qui n’est pas lui appartient à la République, celle-là même qui, en l’occurrence, ne saurait tolérer que les couleurs nationales deviennent celles du hidjab.
N’en déplaise à quiconque, la France n’est pas une extension de l’islam : c’est un pays laïque, susceptible d’accepter sur son sol tous ceux qui participent de cet esprit-là, mais susceptible aussi de rappeler à ceux qui s’y opposent qu’il y a plus grand que la France – et c’est le reste du monde !
Maurice Vidal

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