Le PMU, l’un des derniers lieux populaires, va-t-il survivre ?

Publié le 23 septembre 2019 - par - 1 commentaire - 1 012 vues
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La poule aux œufs d’or de l’État, du monde hippique professionnel et de parieurs chanceux, a du plomb dans l’aile. Pas sûr que les 93 % qui ne jouent pas aux courses et ignorent ce qu’est le Pari mutuel urbain depuis 1931, comprennent l’urgence du plan de sauvetage. Or, outre le côté business de l’affaire, il est fort intéressant de voir le nouveau directeur général du PMU, Cyril Linette, s’inquiéter de l’indispensable maintien du lien social que les jeux de soutien à la filière équine, intelligemment créés depuis 1930, avaient su développer. Et bien sûr, sans que le vocable lien social gauchisant ne soit rabâché comme aujourd’hui.

L’empreinte sociale du PMU n’est ni plus ni moins que celle de l’identité française dont ne veut plus Macron, et Cyril Linette va avoir du grain à moudre.

240 hippodromes en France, 80 000 emplois, 13 500 points de vente souvent dans de petites communes, les fameux bars-PMU, une spécificité française : « qui restent finalement l’un des derniers vecteurs de lien social » dixit Cyril Linette. Ce à quoi on pourrait ajouter une autre spécialité bien française, celle des politiciens acharnés à détruire la France par tous les moyens. Comme quoi tout se tient.

Autres données : l’âge moyen des parieurs en points de vente est de 58 ans et 80 % de réseau sont partagés avec la Française des Jeux, mais attention, la FDJ c’est 50 % de la population joueuse, le PMU c’est 7 %.

C’est dans ce contexte que le directeur général, choisi pour sauver le PMU, multiplie les déclarations. Mais pour le moment, les parieurs ne voient rien de franchement nouveau sous les sabots.

« il faut « simplifier » le PMU « pour attirer une clientèle plus jeune » : https://www.europe1.fr/economie/cyril-linette-il-faut-simplifier-le-pmu-pour-attirer-une-clientele-plus-jeune-3920675

Cyril Linette souhaite « des courses hippiques plus accessibles, ouvertes à tout le monde » sinon : https://www.equidia.fr/articles/actualite/cyril-linette-si-nous-ne-trouvons-pas-une-solution-dans-5-ou-10-ans-lentreprise-met-la-cle-sous-la-porte

En 3 mn, l’histoire des courses de chevaux en France depuis plus de 200 ans

https://youtu.be/KJe3I9Y2A5A

« 1 maire sur 4 en place a vu son café de village fermer », selon Loïc Latour (France Boissons)

https://youtu.be/FmGwOw5nZYw

1972 : trop de bistrots à Paris (Archive INA)

https://youtu.be/JLmkpCHdYsY

Les raisons non exhaustives du déclin du PMU

Depuis la création du tiercé en 1954, la panoplie des types de paris et du nombre de courses ont connu un essor démentiel, asséché le budget des parieurs et les ont fait fuir vers des jeux de hasard à résultats et gains immédiats. Le comportement du réseau PMU a lui aussi sa part de responsabilité.

– mépris de la clientèle en points de vente

– certains tenanciers, tenancières de bars-PMU, gracieux comme des portes de prison, considéraient comme obligatoire de consommer systématiquement dans la tabagie de l’époque. De surcroît, certains d’entre eux n’étaient pas trop clairs sur la manipulation des tickets. L’époque de la prise des reports à la main sur papier carboné a dispensé allègrement de payer les fameuses tombées de reports (les millions de centimes compris entre 1 et 9).

– suffisance et fatuité du personnel PMU lors des opérations promotionnelles sur place dans les années 2000 (absence de cadeaux ou cadeaux dérisoires…)

– mépris de la clientèle de la part du PMU et des fédérations, au niveau national  

– développement d’une pléthore de paris de plus en plus compliqués, de réunions en France et à l’étranger, gains minables dus à l’éparpillement des enjeux, masse à partager grevée de prélèvement progressifs, paiement de multiples bonus dérisoires. Notons au passage l’aveu du nouveau directeur général du PMU à propos du pari phare avec lequel les parieurs de base ont été matraqués depuis sa création  « le quinté (est) un jeu très expert ». Une phrase qui sous-entend beaucoup de choses.

Les grasses élites à la direction du PMU n’ont rien vu venir, ou pire, ont continué à courir dans le mur. Idem pour les grossium du PMH (pari mutuel hippodrome) plus prompts à grailler au restaurant des tribunes qu’à prendre l’avis du pelousard avec son sandwich. Ce sont ces gros (1) qui miaulent maintenant sur la désaffection des hippodromes. Payaient-ils seulement le parking et le programme ?

– communications étranges du PMU lors des gains des très gros parieurs : six plus gros parieurs français misant 3 500 € en moyenne par course (alors que le ticket moyen est de 10 € sur plusieurs courses d’une même réunion), litige opposant un gérant de bar -PMU estimant avoir perdu 95 % de son chiffre d’affaires avec un seul client soufflé par le PMU.

Et encore, cette histoire de GPI (grand parieur international en langage PMU) qui a palpé en formule minorée : 421 882,20 € + 119 fois le désordre (10 640 fois la mise !).

Résultat : le PMU ne veut plus communiquer sur les éléments ayant permis à des (gros) parieurs de décrocher la timbale (2).

Évidemment, tout porte à croire qu’il ne s’agit pas de tricherie (comme il a pu en exister dans quelques célèbres affaires ayant défrayé la chronique hippique judiciaire il y a quelques décennies), il s’agit vraisemblablement de calculs de fins mathématiciens argentés.

Tout le problème sera donc pour le nouveau directeur général du PMU de concilier la sagacité et l’intuition du parieur avec des rapports de gains intéressants dans la transparence et la fameuse glorieuse incertitude du turf.

Et comme Cyril Linette réclame l’avis des turfistes, en voilà un gratuit. Et même encore un autre : celui de ne pas s’adresser de la même façon aux parieurs de trot et de galop. Allez, un bonus trois pour Linette : rendez-vous en province profonde et discutez avec les parieurs.

Pour les autres joueurs amateurs de hasard « pur », il y a la Française des Jeux (engluée dans l’affaire des livrets (3) et en cours de privatisation) et les casinos.

– 3 000 petits propriétaires de galopeurs en moins ces deux dernières années et le budget des petits parieurs sans cesse amputé par toujours plus de taxes.

une communication publicitaire désastreuse : « Va comprendre Charles ». Des gens comprenaient plutôt : les courses sont une affaire de pègre.

https://youtu.be/Vjgcp0fjBAw

et celle-là, elle fait pas passer le parieur pour un blaireau ?

https://youtu.be/ja8I-HwYCKM

Rassurez-vous, une nouvelle agence de pub va bientôt déringardiser le turfiste nouveau.

– la disparition du tableau des partants et des rapports de gains dans les bars-PMU a été le prélude à l’ouverture des paris internet et à la prise de tête des parieurs.

L’ouverture des paris en ligne est une offre multiple et complexe.

Non seulement, il relève de l’exploit pour différencier les offres des opérateurs agréés par l’Arjel ( http://www.arjel.fr/-Jeux-et-paris-autorises-.html) mais la lourdeur historique des grasses élites du PMU a trouvé consécration avec MyPmu et Pmu.fr, sachant que les deux se déclinent en sites pour ordinateur et en applications pour smartphones : va comprendre Charles. Et encore, je précise qu’avec la carte MyPmu (4), il faut se rendre quand même en PMU physique, histoire de garder… du lien social. Sauf que certains tenanciers font la gueule, car il circule moins de cash en caisse… et peut-être aussi moins d’indélicatesses.

D’où la nécessité dans ces cas de préférer les points PMU express et les automates (en général un point presse ou bureau de tabac). Ou alors, de privilégier les paris en ligne… au détriment du lien social.

https://youtu.be/8o_wKWzEK3Y

– l’affaire du PMU contre le mathématicien Monsieur X jeté en prison est encore dans les mémoires des anciens turfistes.

C’est l’histoire de Monsieur X, statisticien, centralien, ingénieur-expert de métier, qui avait osé défié le PMU (et donc l’État) dès les premières années de la création du tiercé par André Carrus en 1954, lui, ingénieur, polytechnicien. Les deux hommes se sont opposés courtoisement et instructivement jusqu’à ce qu’une raison d’État qui ne dit pas son nom a détruit l’X identifié, Patrice des Moutis, en utilisant des rouages judiciaires.

Fort de toutes ces analyses et de son expérience ancienne de bookmaking légal au Maroc, Patrice des Moutis  s’était dit qu’en éliminant du tableau des partants des chevaux improbables selon ses propres critères, il pouvait aboutir à des combinaisons de chevaux capables de figurer dans les trois premiers. Il ne s’agissait pas de les additionner dans une « longue » non rentable, mais de combiner des bases avec des chances repérées.

Sa méthode redoutablement affinée repose essentiellement sur trois suppositions : trouver une arrivée « possible », la jouer dans tous les ordres, mais en appliquant un coefficient à chaque pari, en respectant les règles alors établies par le PMU.

La série des victoires commence, en alternance avec d’inévitables pertes admises et prévues, mais qui confirme le côté hautement spéculatif de ses pronostics. En 1958, il encaisse un tiercé 35 fois dans l’ordre et 35 fois dans le désordre. 5 millions de francs pour une mise de 294 000 F.

Il joue de plus en plus gros et gagne de plus en plus gros. Les dirigeants du PMU s’affolent et demandent à le rencontrer… Lire : Notre justice contre le citoyen critique : se rappeler Monsieur XPublié le 10 avril 2018 par Jacques Chassainghttps://ripostelaique.com/notre-justice-contre-le-citoyen-critique-se-rappeler-de-monsieur-x.html

https://youtu.be/neuDoLvaIz8

Le témoignage de madame Patrice des Moutis dans l’émission Droit de Réponse en 1985, à une époque où il était encore possible d’avoir une liberté d’expression en France, est explicite. La vidéo de cette émission vient d’être récemment censurée par YouTube : https://youtu.be/aIlW_zM2vZM

Il fallait voir la tête des dirigeants du PMU de l’époque sur le plateau de Polac

Madame Patrice des Moutis : « déjà la machination est en route… et c’est vous qui l’avez acculé au suicide,  je le dis ouvertement et j’ajoute que non contents d’avoir abattu mon mari, pour vous blanchir de cette affaire tragique, après avoir perdu mon fils… » Vidéo que YouTube a également récemment censurée : https://youtu.be/PJec5hVr4AE

« Faire le tour » : + d’1 milliard d’euros volés aux parieurs hippiques par an

https://youtu.be/Lw7asAbDCDE

Cyril Linette, directeur général du PMU, est l’invité de Matthieu Belliard dans la matinale d’Europe 1 à l’occasion des 30 ans du Quinté +

https://youtu.be/P0CHaOXGxHo

Pour mieux comprendre le fonctionnement du PMU

Pour mieux comprendre les nombreuses fluctuations de cotes, entre le départ et l’arrivée d’une course, le PMU a convié la presse lors d’une journée « transparence »

https://youtu.be/OdtZGvljL5o

C’est pas sorcier nous dévoile les coulisses des courses hippiques, entre calculs de probabilités et petites leçons d’anatomie chevaline

https://youtu.be/1L3HGE3nx-Q

Équidia, la chaîne de télévision thématique française dédiée aux courses https://www.equidia.fr

https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/economie/cyril-linette-lhomme-en-passe-de-sauver-le-pmu-109722

(1) https://www.capital.fr/entreprises-marches/pmu-france-galop-gros-salaires-mauvaises-affaires-1317489

https://www.challenges.fr/entreprise/pourquoi-pmu-recentre-son-offre-sur-les-paris-hippiques_663833

(2) source : articles publiés dans Paris-Turf cet été

(3) La FDJ et l’affaire des livrets (Robert Riblet, ingénieur en retraite, dénonce en justice une répartition des gains non aléatoire. Explications à partir de 1’50)

https://youtu.be/cuz63mmQ5hc

(4) la carte MyPmu a cependant, elle aussi son avantage, mais, n’étant pas commissionné par le PMU et cet article n’étant pas une publicité à caractère commercial, je ne vais pas vous l’expliquer ici.

Jacques CHASSAING

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Notifiez de
BERNARD

La dernière fois que j’ai fait une prise de sang à jeun et qu’ensuite j’ai été prendre un café croissants au bar-pmu à côté (il était alors entre 10 et 11 h), j’ai vu sur les tables voisines environ 15 travailleurs sénégalais qui jouaient au pmu et à d’autres jeu, tout en s’égaillant comme s’ils étaient seul (d’ailleurs, c’était presque le cas alors pourquoi se priver). J’ai peu joué aux courses mais je suis un adepte des paris sportifs, et les cotes sur les sites « étrangers » (c’est à dire non agréés par l’arjel) ont des cotes d’au moins 10% plus intéressantes.

Je me console en me disant que les « travailleurs sénégalais » rendent une partie des aides sociales fournies par mes impôts, mais quant à la convivialité, .. à moins d’aimer l’exotisme et l’enrichissement culturel »… on repassera !
Pour le pmu de même que les jeux de la fdj, Bercy commence par se gaver avant de restituer aux joueurs ce qu’il reste, il me semble que c’est à hauteur d’environ 25%