Le politologue Jean-Yves Camus nous ordonne de plier devant l’islam

Dans un article publié par Le Monde (Le monde manichéen d’Eurabia, 29 Juin 2012), Monsieur Jean-Yves Camus, essayiste et politologue, met en perspective la montée des xénophobies en Europe et la menace islamique supposée en être à l’origine. Une carte du continent montre les effets de cette crainte : s’y dessine un arc de la montée des « extrêmes-droites » partant de la France et finissant en Bulgarie, englobant au passage des pays qui, faut-il le rappeler, eurent affaire historiquement à l’expansionnisme musulman : Autriche, Serbie, Hongrie.

Comme par un effet d’optique nord-sud, deux pays scandinaves (j’y reviendrai) voient eux aussi monter en puissance des forces politiques que Monsieur Camus, dans un habile mélange des genres, rattache aux mouvements extrêmes de la période maurrassienne, comme si l’ensemble des citoyens européens rangés dans cette catégorie se tenaient prêts, armes à la main et bras tendu, à déferler dans les rues pour en chasser des musulmans devenus les Juifs du XXIè siècle. L' »extrême-droite » a le dos large, sur quoi l’on peut s’appuyer sans crainte de glisser au fossé.

D’où la critique radicale de la crainte qu’inspire à des médiocres de mon acabit le concept d’Eurabia, construction mentale loufoque, judéo-chrétienne évidemment,  juste bonne à exorciser les peurs viscérales d’un Occident orphelin du Mur de Berlin et imprudemment lancé dans une lutte sans fondement contre l’Islam. D’où l’évocation d’un conglomérat de peuples désorientés se débattant dans le cloaque, ce qui n’est pas faux, en passe de trouver le bouc émissaire de leur lente et inéluctable décadence. Ce qui l’est.

Distinguant, comme tant et tant de de ses pairs, Islam et islamisme sans en donner plus que cela d’explication, Monsieur Camus installe comme donnée définitive de notre avenir l’ardente nécessité de réaliser cet axe euro-musulman dont Bat-Ye-Or a formellement décortiqué la génèse, la mise en oeuvre et la continuation, sous l’oeil américain, par les gouvernements successifs de nos pays, qu’ils fussent de droite ou de gauche. Pour Monsieur Camus, le nouveau clivage du monde, avec l’Islam pour remplacer le communisme dans nos esprits déglingués, est donc l’enfant baroque de nos peurs et le frein très agaçant au développement harmonieux des peuples et des nations, de part et d’autre de la Méditerranée, voire plus loin. D’un côté les Justes, travaillant à la reconstitution de la mare nostrum, de l’autre les rétifs obscurs, les mal-comprenants, les stupides Gaulois arrimés à leurs rites bientôt fondus dans la multi-culture. Et qui tentent, ces pauvres cons fascisants, d’en préserver le suc.

D’où le titre de l’article, et le jugement sans nuance de son auteur. À lire son mépris pour qui ne pense pas comme lui, une question vien à l’esprit : qui, dans cette histoire, est en fait le manichéen?

Monsieur Camus, expert du monde arabe, n’a pourtant pas dû voyager assez en Orient, la douceur des nuits embaumées de jasmin l’a je pense empêché de ressentir comme il se devait la force gîtant sous elle. Revenu en France, il a songé avec nostalgie à ces sirops rythmés par les appels des muezzins, sous le ciel bleu de mer assorti aux piscines des hôtels de luxe. Ayant choisi pour sa descendance et pour celle de ses compatriotes la destinée des koufars Cordouans, il nous récite aujourd’hui la leçon apprise de la bouche emmiellée de Monsieur Ramadan et nous invite à nous fondre gentiment dans cette Eurabia, fille des défunts royaumes andalous, à l’édification de laquelle il travaille tout en pointant du doigt la pathologie chronique chez quiconque la dénonce.

Il nous faut plier. Sans quoi nous serons immédiatement classés dans le tiroir où grenouillent les fascismes relookés par Pim Fortuyn (assassiné par un écolo pour suspicion d’utiliser la peur des musulmans à des fins personnelles), Wilders, Pat Condell, Renaud Camus et autres épouvantails des droites infréquentables.

Concernant la Scandinavie, Monsieur Camus ne se pose à aucun moment la question de savoir pourquoi les Juifs de Malmö, deuxième ville de Suède, quittent leurs maisons, leurs quartiers, leurs cités et même leur pays, sous la menace de gens pressés de s’installer, en communauté, à leur place. Peut-être y-a-t’il là l’ébauche d’un début d’explication à la montée du vote « sale » dans ce pays?

Monsieur Camus, qui mélange selon une recette éprouvée les vieux relents français d’anti-sémitisme et leur nouvelle cible désignée, l’Islam, ne se demande pas pourquoi la République tolère le développement, en son sein, de la force évoquée plus haut sans l’avoir sommée d’expliquer au reste de la population en quoi elle consiste exactement, quel est son projet à long terme et surtout pourquoi, aimante, pacifique et tolérante, elle n’a pas encore évacué de son collège les prêcheurs boute-feux qui jettent la suspicion sur ses oeuvres. Peut-être y-aurait-il là la source d’une vraie analyse, en profondeur, de ce dont les contempteurs de l’Eurabia ont tant la trouille?

J’arrête là l’énumération, craignant de lasser. Elle s’enrichit chaque jour, il n’y a qu’à lire les échos de la planète !

Décrétant que nous devons ainsi accepter l’Islam tel qu’il est faute de passer pour d’odieux traîne-patins, Monsieur Camus fait l’impasse sur le combat occulté et par là d’autant plus dangereux de ces dizaines de femmes qui ne cessent de nous envoyer d’un peu partout dans le monde leurs signaux de détresse. Confortant cette attitude de dédain, il classe en pertes et profits, par son silence, la tragédie que vivent ou pour le moins redoutent des millions de gens piégés par le dogme à deux ou trois heures d’avion de Paris. Méprisant le quotidien des « fatwés » de chez nous, il tire, de son écriture un rien précieuse pour étudiants à Sciences-Po, un trait désinvolte sur les nouveaux damnés de la terre que sont les Redeker, les Rushdie et leurs nombreux semblables condamnés à mort pour ce que d’aucuns nomment critique et d’autres, blasphème. Adepte des méthodes douces, continuateur de l’Internationale à géométrie variable des grands anciens, Monsieur Camus nettoie le parquet à la lessive trans-nationale, celle qui noie les chiures de mouches dans le seau des avenirs radieux.

Monsieur Camus est dans le vent, et pas grand-monde ne s’oppose à ce qu’il prend pour un aimable zéphyr. Il nous invite à le suivre, espérant ouvertement que nous y soyons bientôt contraints par la Loi. Le malaise des Français, leur tendance croissante à questionner sur ce que l’on compte faire d’eux dans le grand brassage souhaité, le contrarient. On perd du temps, jusqu’au risque de laisser passer la chance unique de survivre.

À Monsieur Camus, intellectuel brillant maniant les idées générales, les concepts planétaires et les destinées des peuples comme ma grand-mère touillait la garbure gasconne, je dis, moi qui mets le sort de l’individu avant celui des masses, ceci :

– le jour où les fatwas auront été levées, quand les religieux qui privilégient la Constitution nommée Coran par rapport à celles des pays démocratiques auront fait le ménage chez eux en commençant par virer de leurs rangs les tenants de l’authentique et pérenne fascisme qui menace mes manières d’être,

– lorsque les missionnaires de l’Ordre Futur se seront excusés publiquement d’avoir couvert de leur silence (et de continuer à le faire) l’assassinat de centaines de milliers de pauvres gens de par le vaste monde au nom de la religion, depuis trente ou quarante ans,

– dès lors que le gouvernement de l’Islam mondial aura annoncé urbi et orbi que l’observance du dogme unique devient une affaire individuelle fédérée par une église respectueuse de l’autre, de sa croyance, en communion civique avec les athées, rejetant du même coup des pratiques comme la pendaison des homosexuels et des apostats, la lapidation des femmes, l’excision des fillettes, les mariages forcés, les crimes d’honneur, j’en passe,

– dès que le roi du Maroc aura cessé de persécuter les agnostiques, d’interdire l’union avec les non-musulmans, de s’opposer à la construction ou au maintien d’églises chez lui tout en subventionnant grassement ceux des mosquées chez moi,

– à partir du moment où l’épiscopat français (notamment celui du Languedoc) aura cessé de confondre la guerre qui m’est menée avec celle des boutons, absolvant, regard candide et toute honte bue, les gamineries d' »enfants » de 18 ans caillassant des fidèles (dont il m’arrive d’être) à l’intérieur même des églises, niant par là le conflit de civilisation allumé en France,

– alors je me serai persuadé que la question de l’Eurabia pourra être posée en termes d’égalité.

Jusque là, je considérerai la glose de Monsieur Camus comme la voix portée de maîtres dont je ne reconnais en aucune façon l’autorité sur moi comme sur les miens. Jusque là et quitte à être vilipendé comme suppôt de je ne sais quelle mouvance extrêmiste, je demeurerai méfiant, pour le moins, vis-à-vis de tous ceux qui feront sien son discours, qu’ils soient mes voisins de palier ou en charge des plus hautes fonctions de l’État. Jusque là je m’en tiendrai à la conviction que le destin de la France passe avant tout par la sauvegarde de ses valeurs laïques forgées au feu de la chrétienté.

Jusque là, n’ayant pas accès aux colonnes du Monde, je parlerai par le canal de ces médias libres au-dessus desquels plane, plus présente que jamais, la menace d’une censure contre laquelle je doute fort que Monsieur Camus, ceint de son conformisme comme un maire de son écharpe, s’élèverait le cas échéant.

Alain Dubos

 

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