Le polythéisme de la forêt contre le monothéisme du désert ?

UNE RÉPONSE À Mme ANNE LAUWAERT

Un article récent de Riposte Laïque intitulé « Recourir au christianisme pour combattre l’islam est absurde » montre à quel point la falsification de l’histoire de la propagande antichrétienne continue à s’afficher sans vergogne, y compris chez des identitaires se voulant encore Français.

Anne Lauwert nous ressert le christianisme imposé à la France par les empereurs et les rois. Mais qui ne sait que l’Empire romain était païen au moment de la naissance du christianisme, et que, jusqu’au IVe siècle, devenir chrétien était signer un chèque en blanc pour le martyr ? Qui n’a entendu parler des persécutions de Néron, Domitien, Marc Aurèle, Septime Sévère, Dèce, Valérien, Dioclétien ? Christianos esse non licet, « Il n’est pas permis d’être chrétien ». La réécriture de notre histoire est-elle si avancée que les martyres de St Irénée, Ste Blandine et des centaines d’autres chrétiens livrés aux fauves du Cirque de Lyon en 177 soient déjà oubliés ? La christianisation de notre pays n’a pas été imposée par la violence, mais par le témoignage de ses Martyrs.
Que Charlemagne ait fait du baptême un acte politique de vassalité à son égard n’engage en rien l’Église, qui ne le lui a jamais demandé. Qu’il suffise de rappeler la lettre Qui sincera de Grégoire 1er, datant de 602, ou l’action des saints missionnaires Willibrod et Boniface. Quant au pape Grégoire, il n’a pas pu envoyer de missionnaires au VIIIe siècle, puisqu’il est décédé en 604… « Noël c’est la naissance de Jésus mais en fait c’est le solstice d’hiver. Pâques c’est la résurrection de Jésus mais en fait c’est l’équinoxe de printemps » Mais qu’y a-t-il d’étonnant pour les événements de la Rédemption de coïncider avec les événements cosmiques si le Dieu rédempteur est aussi le Créateur ? Sans compter que la date de la Pâques chrétienne n’a pas été fixée d’après celle d’une fête païenne, mais est celle-là même de la Pâque juive, idem pour la Pentecôte… L’amateurisme de l’auteur se conjugue avec son idéalisation de la période antéchrétienne, qu’elle embrasse sur « des millénaires », éprise de la religion celte qu’elle ne fait cependant remonter qu’à « 3500 ans » AJC. On se demande bien pourquoi elle ne remonte pas jusqu’à la religion des protozoaires. Amateurisme coupable de mystification : « Nous avons adapté le monothéisme chrétien à notre polythéisme fondamental celtique en introduisant la Trinité, la théandrie de Jésus, la Vierge Marie et tous les saints. Ainsi le christianisme est devenu le catholicisme qui est une forme de polythéisme. » Non seulement le catholicisme existait tel qu’il est aujourd’hui avant d’arriver chez les Celtes (Cf. Mt 28.19), mais pourquoi s’étonner des ressemblances entre le christianisme et d’autres religions si Jésus est venu répondre au désir de salut de l’humanité entière ? « Par l’originalité de son monothéisme trinitaire, le christianisme se situe au point de rencontre entre la révélation de l’unicité de Dieu, propre au judaïsme, et l’intuition du polythéisme admettant la pluralité en Dieu. Le christianisme conduit chacun de ces systèmes religieux à la plénitude de la Vérité qu’ils ont imparfaitement entrevue. Grâce au dogme de la Sainte Trinité, chacun de ces systèmes religieux voit reconnu ce qu’il contient de vrai, tout en étant corrigé et conduit à la vérité tout entière (Jn 16.3). Le catholicisme est le don que Dieu fait à l’humanité en quête d’unité métaphysique et religieuse. » (Cf. mon livre : Interroger l’islam, p.80).

Mme Anne Lauwaert ne veut pas « danser avec les Druides », parce qu’on aurait enfin aujourd’hui « compris que les dieux ont été […] inventés », mais cela ne l’empêche pas de se compter parmi les « celtes polythéistes »… parce que « 1400 ans de vernis monothéiste n’ont pas pu changer notre nature profonde » ! Allez-y comprendre quelque chose. Au fond, si notre auteur souhaite des dieux qui n’en sont pas, que veut-elle d’eux, sinon leur faire endosser la responsabilité d’actes inavouables ? Aurait-elle la nostalgie des sacrifices humains de la religion celte se déroulant sous le signe de la svastika ? Si « L’attaque à nos fêtes chrétiennes est en fait un retour à nos traditions préchrétiennes. », pourquoi ne demande-t-elle pas à l’islam de l’aider à faire place nette du christianisme, afin de retrouver le mythique Age d’Or auquel l’islam prétend aussi ramener l’humanité ?! Peut-être est-ce parce que sa « nature » ( ?) ne lui permettrait pas de partager le trésor qu’elle espère y trouver, car « L’affrontement des autochtones de la forêt [dont elle fait partie] avec les allochtones du désert [les musulmans] ne peut que raviver nos natures profondes et donc l’abandon de l’idéologie christiano-socialiste angéliste au profit d’un retour du caractère nationaliste “celte”… beaucoup moins accommodant car moins idéologique et plus naturel. » Mme Lauwaert ne sait pas que l’Église a condamné le socialisme, en sorte que l’associer au christianisme est une aberration, et elle n’a pas encore découvert que la Foi chrétienne nous a non seulement délivrés, par le dogme du péché originel, du mythe du bon sauvage, auquel elle veut nous voir régresser : « Nous sommes restés des habitants de la forêt », mais encore du pouvoir de Satan qui, par la haine, rend les hommes ennemis les uns des autres.

Mme Lauwaert ne veut pas du monothéisme, elle préfère « amadouer une infinité de divinités pour assurer des récoltes abondantes et conjurer les épizooties », nostalgique « des rites ‘païens’ comme jeter de la cendre dans les coins des pièces pour protéger la maison contre la foudre ». C’est son droit, bien que ce soit sûrement plus fatigant que de servir le Dieu chrétien. Et pour un résultat qui n’est pas garanti… Le monothéisme, qu’elle abhorre, n’est pas plus ‒ comme elle l’imagine ‒ étranger à l’Europe qu’il n’est un fruit du désert : « Le désert génère le monothéisme. Par contre […] La forêt génère le polythéisme. » Outre que le monothéisme est partagé par d’autres religions, comme le zoroastrisme, le culte d’Aton (1370 AJC.), de Zalmoxis (600 AJC.)… l’existence de Dieu et son unicité sont des vérités auxquelles sont parvenus nombre de philosophes, Aristote (384-322 AJC), les Encyclopédistes, et déjà Zénon d’Élée (600 AJC) pour qui l’être est un, indivisible et immuable… Chacun en effet est capable de comprendre que, puisque rien ne s’est donné à soi-même l’existence, tout existe nécessairement par un autre, en sorte qu’il existe un Autre qui existe par Lui-même (sinon Il ferait Lui aussi partie de l’ensemble des êtres qui existent par un autre) et qui donne à tous d’être. Cet Autre, on l’appelle Dieu. Et si Dieu est Dieu, Il est nécessairement parfait, rien ne Lui manque. Or, s’il y avait deux dieux, pour qu’ils puissent se distinguer l’un de l’autre, il faudrait que l’un ait quelque chose que l’autre n’aurait pas (pour que l’on puisse dire que l’un est Tel parce qu’il a ceci qui le distingue de l’Autre qui, lui, ne l’a pas), donc aucun n’aurait tout, donc aucun ne serait parfait, donc aucun ne serait Dieu, donc Dieu est nécessairement unique. St Paul ne s’est pas trompé en affirmant que les hommes sont inexcusables de ne pas reconnaître l’existence de Dieu (Rm 1.19).

Mme Lauwaert imagine que « le christianisme est une religion-sœur de l’islam. », raison pour laquelle « Recourir au christianisme pour combattre l’islam est absurde. ». Or, d’une part, croire à une relation entre christianisme et islam relève de la propagande musulmane, voulant par là se doter d’une légitime et glorieuse ascendance, tant il est vrai que l’islam est au contraire un des plus féroces Antichrist (Mt 24.4,11,24 ; Ga 1.8 ; 1 Jn 2.22-24 ; 4.2-4), et d’autre part, ce n’est pas un hasard si c’est la France a arrêté et repoussé l’expansion musulmane au VIIIe siècle : elle était catholique ! Et elle était la seule nation à l’être. S’est alors noué le lien, vital pour l’un comme pour l’autre, qui unit l’Église et la France. Aujourd’hui encore, c’est seulement en retrouvant ses racines plongeant dans les eaux du baptême de Clovis que la France sera à nouveau elle-même, capable d’échapper aussi bien aux ténèbres du paganisme qu’à celles de l’islam, et à tous les ennemis de l’humanité que Dieu est venu assumer, sauver et diviniser par Son Incarnation ! Se retirer dans la mythologie et le particularisme de la vie sylvestre ou accepter le dessein totalitaire et universel d’Allah ne sont ni l’un ni l’autre des options dignes de la France, parce que Jésus lui a donné d’être elle-même au service du monde entier. Ce n’est donc pas tant l’islam qui pose problème aujourd’hui à la France que le manque d’intelligence illustré par notre auteur. « France, fille aînée de l’Église et éducatrice des peuples, es-tu fidèle, pour le bien de l’homme, à l’Alliance avec la Sagesse éternelle ? » (Jean-Paul II, Le Bourget, 1980).

Abbé Guy Pagès

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