Le possible viol de Nicolas en prison ferait-il bander Stéphane Guillon ?

Le message de Stéphane Guillon souhaitant que le jeune Nicolas, premier prisonnier politique de l’ère Hollande, subisse le viol et l’humiliation dans la prison où l’arbitraire du Pouvoir vient de le jeter, est une pure abomination.

guillon

Nous sommes là dans la Rome antique versus décadence, quand les fantasmes et les peurs du peuple étaient détournées vers les arènes où saignaient les gladiateurs. Certes, pas de lions lâchés à Fleury-Mérogis ou à la Santé, mais quelques fauves privés de tendresse, à qui l’on propose ainsi de libérer leur trop-plein d’énergie contre le chrétien du moment déguisé en fasciste juste sauvé de la potence. Et qu’il s’estime heureux, l’épargné, quand ailleurs on égorge l’apostat au couvercle de boîte de conserve !

Drapé dans sa toge naphtalinée, Stéphane Guillon, imperator en disgrâce dont le vrai nom se complèterait joliment des trois lettres formant le mot guillotine, tourne son pouce vers le bas. C’est à peu près tout ce que la Cure et le Sénat l’autorisent encore à faire, il ne s’en prive donc pas. La souffrance des autres, l’injustice dont ils sont les victimes, la jeunesse honnête, idéaliste et sans doute naïve ainsi menottée sur un grabat de commissariat (dans la position des égorgés en phase coranique ?), ça l’excite et le fait bander. À mort le rêveur, le fils ordinaire d’une France haïe, le gamin propre sur lui qui ne demande que le bonheur offert par la culture, la liberté, le respect, le cube d’air dans lequel il espère se réaliser ! Guillon tranche et ordonne le supplice; il ordonne, oui, car souhaiter ouvertement que la canaille rende la justice, c’est participer activement au cours que l’on veut lui voir suivre. Jusqu’au châtiment.

Pierre Bergé n’aurait pas vu d’inconvénient à voir la Manif pour Tous dispersée à coup de bombes. Stéphane Guillon pousse les rétiaires de Fleury-Mérogis à parachever la mauvaise action d’un tribunal. De toutes parts la violence des mots se double désormais de celle des gestes et le Droit rampe aux genoux des tribuns. Des voix s’élèvent cependant pour dénoncer la dérive autoritariste, brutale, d’un Pouvoir méprisé chaque jour un peu plus par le peuple, et qui s’affole. Libérer les petites gouapes qui pillent les trains pour laisser la place en prison à la jeunesse sans malice : Mai 68 n’avait pas connu pareille injustice. Il faut remonter aux drames de la décolonisation pour trouver semblables iniquités. C’est l’article 16 sans sa justification. Un mot désigne le fait : usurpation, synonyme ici de forfaiture.

Je veux croire les Français sidérés par ce qui arrive à Nicolas, cherchant à comprendre et par là silencieux dans leur écrasante majorité. Ils devront pourtant se réveiller en urgence. C’est leur liberté de penser, de dire, d’écrire, que le gouvernement de leur pays foule aux pieds, c’est la Terreur sous sa forme la plus vicieuse, saluée pour ce qu’elle est par les vivats des imbéciles, des planches pourries, des profiteurs de guerre et de l’étranger toujours à l’affût de la bonne affaire.

Loin encore de Thermidor ?

Alain Dubos

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