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Le prince Philip est mort : respect et hommage

À quoi servait le prince Philip Mountbatten, duc d’Édimbourg, ainsi que toute la famille royale britannique ? Question récurrente. Particulièrement chez certains adeptes de la détestation systématique du passé et qui ne haïssent rien tant que la tradition, surtout lorsque celle-ci est blanche. Laquelle tradition leur renvoie leur nullité frustrée à la face, eux qui ne savent que déconstruire, voire purement et simplement détruire…

Ce sont les mêmes qui, en France, souhaitent – via une tribune parue récemment dans le torchon Le Monde, qui a d’ailleurs vomi son fiel sur le prince Philip en ces termes : « Certaines de ses boutades manifestaient clairement une forme de condescendance aristocratique, voire de xénophobie ou de racisme impérial. » – pervertir les Invalides et la mémoire de Napoléon Ier en transformant « son mausolée en musée de l’histoire des Républiques », au prétexte que Napoléon « fut le fossoyeur des idéaux d’émancipation de la Révolution française ». Restant à savoir si jeter des bébés vendéens dans des fours à pain allumés était un idéal d’émancipation, entre autres délicatesses révolutionnaires…

Pour revenir à Son Altesse royale Philip, il était promis à un autre destin que le sien. Mais il subit très tôt les affres de l’Histoire, obligé de fuir la Grèce à la suite d’un coup d’État militaire qui mettait en danger la vie de son père. Il accompagna donc en exil ses sœurs et ses parents : le prince André de Grèce et la princesse Alice de Battenberg – personnage de roman à elle seule.

Alice, souffrant de troubles psychiques, sera internée un temps. Puis elle prendra ses distances avec sa famille et se consacrera à des œuvres de charité en Grèce où elle retournera, protégeant même une famille juive pour lui éviter la déportation et la mort. Toujours en Grèce, elle deviendra nonne et fondera l’ordre religieux l’Association chrétienne de Martha et Marie. C’est d’ailleurs dans son habit de nonne qu’elle assistera au couronnement de la reine Élisabeth II, en 1953. En 1967, elle s’installe à Buckingham et y meurt deux ans plus tard. Conformément à son vœu, Alice est enterrée à Jérusalem, au Mont des Oliviers, dans la crypte d’une église.

Pour revenir à Philip, son exil commencera en France – pays qu’il ne cessera d’aimer. Il rejoindra ensuite l’Angleterre au sein de sa famille maternelle Mountbatten – nom anglicisé car, la Première Guerre mondiale étant passée par-là, Battenberg avait une consonance par trop germanique. La famille royale en fera de même, changeant le nom de Saxe-Cobourg en Windsor.

Avant-guerre, Philip ira un temps en Allemagne dans la prestigieuse école Schule Schloss Salem. Ses sœurs ayant épousé des Allemands proches du régime nazi, le futur prince se battra quant à lui sous les couleurs britanniques en s’illustrant particulièrement lors de la Seconde Guerre mondiale dans la Royal Navy et décoré plusieurs fois. En cela, Philip fut un modèle d’assimilation dont beaucoup devraient s’inspirer.

Cette bravoure patriotique n’empêchera pas certains fouille-merde de reprocher à Philip sa présence en 1937 aux obsèques du grand-duc et de la grande-duchesse de Hesse-Darmstadt – sa sœur –, morts avec leurs enfants dans un accident d’avion et dont les funérailles furent célébrées en grande pompe par le régime nazi.

Pour le reste de son histoire, à peu près tout le monde la connaît : la rencontre avec Élisabeth Windsor et le coup de foudre ; l’accession au trône de cette dernière, devenue la reine Élisabeth II d’Angleterre. Désormais, le prince abandonnera ses ambitions, se tiendra en public deux pas en arrière de la souveraine, mais demeurera le chef de famille, bien que ses enfants ne puissent porter son nom.

En privé, il y aura les hauts et les bas d’une vie de famille, mais le couple Élisabeth-Philip maintiendra une cohésion inspirante pour tout un peuple et au-delà. Il n’est qu’à voir les nombreux hommages rendus par les simples citoyens dans le monde depuis l’annonce de la mort du prince. En Angleterre, cette annonce a eu l’effet d’un séisme ; car la famille royale est un socle outre-Manche, quoi qu’en pense une minorité. Et je rappelle une énième fois que cette famille coûte beaucoup moins cher au peuple britannique qu’elle ne lui rapporte. D’ailleurs, à part les Beatles, je ne vois pas quels Anglais sont plus connus que la Reine et sa famille dans le monde ?

Ainsi s’en va le prince Philip et avec lui toute une époque, où être fier de son pays et ses traditions ne relevait pas du blasphème idéologique majeur, passible du bûcher progressiste. Une époque où la virilité n’était pas encore considérée comme une plante toxique. Une époque, enfin, où l’Histoire était certes discutée mais pas réécrite pour complaire à quelques dégénérés stériles. Et la famille royale c’est l’Histoire !

Contre vents et marées – vents et marées contés dans la remarquable série de Netflix, The Crown –, la famille royale a maintenu l’Angleterre dans une grandeur au moins symbolique. Nous autres Français, sous le joug du déracinement systémique, n’avons que des apatrides mondialistes interchangeables pour dirigeants. Rien à quoi nous raccrocher durablement. Philip incarnait cela pour les Anglais…

Aussi, cédons un instant à la tradition britannique, et si le Prince est mort : GOD SAVE THE QUEEN !

Charles Demassieux