Le procès Bouteldja et les tueries d'Orient sont étroitement liés

Le report du procès en diffamation de Madame Bouteldja fait penser à ces pièces de boulevard où la chute est sans cesse remise à plus tard par des aléas, des retournements et des digressions que les auteurs s’ingénient à multiplier. À cet exercice, Feydeau nous montre le génie que l’esprit français peut y mettre, d’un rebondissement à l’autre et sur des rythmes échevelés.
Le problème, c’est qu’il ne s’agit pas ici d’une bouffonnerie bourgeoise sortie tout droit d’un 19è siècle propice au déshabillage d’un puritanisme très IIIè République, mais de son exact contraire. On attend de la justice qu’elle détricote d’urgence le voile qui recouvre peu à peu notre pays et voilà qu’elle nous fait attendre. On souhaite le joli coup de théâtre qui verrait les tenants d’un ordre moral insupportable sommés de sortir en caleçons du placard où ils se sont enfermés et voilà que de leurs penderie pour allergiques au soleil les impétrants continuent à nous dégoiser leur texte opaque et contraignant, comme si la menace qui pèse sur eux les excitait au lieu de les faire réfléchir.
Nous savons bien que tout retard à les fixer autorise ces gens à se répandre davantage dans nos rues, nos écoles, nos stades et jusque dans nos armées. Le qualificatif de sous-chiens dont ils nous gratifient par la voix de leur égérie définit leur insolence, leur arrogance de futurs vainqueurs, leur mépris pour la collectivité qui les héberge, les nourrit et les assure, qui vaccine, éduque et tente désespérément d’intégrer leurs enfants, qui empêche leurs femmes de mourir de septicémie comme au Maroc, au Mali ou en Somalie. Nous savons cela et sommes atterrés par le silence quasi-général qui accompagne ce déni-de-France, nous sommes blessés par les torrents de désinformation, d’hypocrisie et de lâcheté qui coule des médias, par la bouche univoque de nos propres compatriotes. C’est un infâme brouet cuisiné par des adeptes de la bouillie pour chats, que nous sommes sommés d’ingurgiter sous peine d’être alors traités de relaps, de fascistes et de criminels. Comment les Français, entre eux, ont-ils pu en arriver à se haïr à un tel point?
Madame Bouteldja possède la solution du problème : ignorant le bonheur que la religion mahométane peut lui apporter, le sous-chien doit sans tarder être ré-éduqué afin de se couler dans le modèle de société qu’elle lui propose. Ré-éduqué! Ce mot résonne dans ma tête avec l’accent comminatoire que lui donnèrent il n’y a pas si longtemps les Khmers Rouges. Ainsi les cadres sud-Vietnamiens soumis au Nord durent-ils se farcir le crâne, des années durant, du discours pré-mâché censé les délivrer de leurs mauvais penchants. Et c’est en vérité sur un avatar de cette sorte d’évangiles que la justice de Toulouse devra se pencher. Vaste sujet!
Ce procès est donc d’une grande importance. Les magistrats toulousains vont devoir passer derrière le décor des logorrhées, des mensonges et des dissimulations et pénétrer en coulisse, là où tout se met en ordre pour la perfection du spectacle. Auront-ils cette intuition? Nous sommes nombreux à le souhaiter. Ils vont avoir le pouvoir de faire tomber quelques masques, en useront-ils pour qu’apparaisse enfin publiquement la grosse machinerie devant laquelle Madame Bouteldja fait ses gammes de bonne élève? Les attendus de leur jugement seront à cet égard cruciaux, à quelques mois de l’élection présidentielle.
C’est que pendant ce temps, l’on tue, ailleurs, en Égypte notamment, où le visage du vrai fascisme contemporain se montre aux tourelles des blindés légers qui broient du copte désarmé comme on écrase des limaces. En Libye aussi, où tout ce qui est noir de peau semble devoir passer à la casserole fanatisée des lendemains de guerres. Sans parler de la Syrie devenue une table de poker autour de quoi se joue l’un des jeux les plus dangereux de ce siècle. Là encore, la défausse incroyablement veule de nos grandes voix fait de leur souffle dérisoire la clameur des retraites en désordre, sous la baguette de chefs d’orchestre sourds et bigleux, nos distingués ministres en l’ occurrence, dont Feydeau, encore lui, eut fait son miel.
Quel rapport entre ces Orients en feu et Madame Bouteldja et sa phobie des chiens sans queue? Évident : derrière le désordre apparent et les cas de figure dissemblables, une stratégie chaque jour un peu plus claire de conquête, par la subversion, des maillons faibles que nous sommes.  Tandis que Monsieur Lévy, chemise ouverte sur costume élégamment fripé (du lin, peut-être?), conquiert la Tripolitaine à la grande satisfaction des pétroliers, Monsieur Juppé plastronne devant les plans d’une mosquée offerte par les Bordelais aux doux poètes que sont les Frères Musulmans. Tout est dit à l’oreille du citoyen et celui-ci, qui gère au quotidien la pénibilité de sa vie, écoute d’une oreille distraite ce qui devrait pourtant le mettre en alerte.
Nous en sommes là et le procès de Toulouse est encore reporté. Oui, vraiment, les juges de la ville rose ont entre les mains un dossier qui vaut son pesant d’Histoire. Il est simplement dommage que le personnage principal en soit une très agaçante péronnelle, certes assez jolie, ce qui pourrait compenser, mais formée cependant à la méthode coranique, répétitive à l’infini, sans la moindre fantaisie, entêtante et somme toute sinistre. Au pays de Feydeau et de Jeanne d’Arc, on eut souhaité plus alerte et empanaché, mais comme on dit, il faudra faire avec! 
Alain Dubos

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