Le PS à La Rochelle : des primaires pour en finir avec le peuple et une gauche authentique

Dernier grand événement dans l’ordre des grenouillages préélectoraux dans la perspective des présidentielles de 2012, la décision des socialistes sous la houlette de Martine Aubry, Ségolène et de Laurent Fabius, de primaires pour les prochaines élections présidentielles, avec une ambition, celle d’un candidat unique de la gauche… Ils se sont retrouvés pour en parler à La Rochelle pour leur université d’été.

Une décomposition du PS qui contamine la politique

Le PS entendait, à la fin de cette université d’été, donner une image d’un parti parlant d’une seule voix pour tenter d’induire l’impression qu’il y a bien un pilote dans l’avion qui, aujourd’hui aux yeux de la politique française, passe pour être en chute libre !, Mais au fait, d’une seule voix pour quoi faire ?
Ceux qui ont tant critiqué la présidentialisation à outrance du régime version Sarkozy, la personnalisation du pouvoir, mettent la question du candidat avant toutes les autres à travers des débats centrés sur la question de primaires à gauche, et spécialement avant celle du projet, faisant d’abord de cette élection une question de personne, comme souvent au PS. Il faut dire que de projet, ils n’en ont pas et surtout pas un, de gauche ! Ceci explique cela !
Ce dont il s’agit, c’est de figer encore un peu plus la vie politique française dans une bipolarisation qui tue la démocratie, la sclérose et empêche toute recomposition, tout renouvellement, toute ouverture qui viendrait perturber le jeu électoral et son pré carré réservé au PS. L’initiation de primaires désignant un candidat unique de la gauche nécessairement PS, c’est contribuer à réduire toute possibilité pour le peuple de se faire réellement entendre à enfermer la politique dans un choix entre une droite et une gauche libérales, partageant la même pensée unique, le même projet d’Europe fédérale autour duquel l’essentiel de la politique française se structure aujourd’hui.

Des primaires comme au Etats-Unis, où tout se joue entre Républicains et Démocrates quoi qu’il arrive, à travers quoi le système se garantit de ne jamais être remis en cause sur le fond. Le Parti socialiste est confronté à un processus de décomposition, devenu un parti de notable sans idéologie, sans projet politique et sans alternative au libéralisme. Il ne cesse de perdre en influence et en crédit, même sur le plan européen comme les dernières élections l’ont montré, pourtant architecte du projet « maudit » de cette Europe fédérale superstructure de la mondialisation en Europe. A défaut de perspectives nationales dont le sens échappe, il fait le choix des chausse-trappes, comme pour ne pas avoir à se poser les bonnes questions, il réagit en vase clos.

De la trahison du peuple aux primaires pour les présidentielles

Une situation de crise profonde du PS qui ne vient pas de nulle part mais découle d’une expérience, en réalité d’une trahison, celle d’un changement de la société promis mais qui n’a pas eu lieu, par un Mitterrand mythifié qui a trompé le peuple avec des répercutions pour longtemps, montrant le vrai visage de la social-démocratie devant l’histoire.
On ne saurait oublier aussi ceux qui se sont compromis dans cette déroute en épousant le rôle de trompe-l’œil, sous l’appellation de « gauche plurielle ». Ils ont contribué à désenchanter ceux qui pensaient pouvoir encore y croire et par delà à l’état de délabrement actuel, à tuer l’espoir d’un autre monde possible remplacé par un scepticisme qui permet à la politique antisociale de Sarkozy de jouer sur du velours.
En lieu et place de cette société plus juste renvoyée aux calendes grecques, il a été initié cette Europe fédérale régionaliste et libérale tournée contre la souveraineté des nations, imposant un rapport métropole-région-Europe, vecteur de la mondialisation, fait pour en finir avec l’idée même de peuple, dépouillés de toute histoire, d’identité, et ainsi de capacité à se défendre face à la remise en cause des acquis qui ont défini la notion même de progrès social dans le prolongement de l’Europe des lumières et des révolutions. De ce revirement de l’histoire on en paie encore le prix chaque jour sous les traits de la pénitence que nous impose la présidence actuelle et sans horizon nouveau, à l’aune d’une gauche qui a tout abandonné de son héritage jaurèsien.

PS et gauche plurielle, tous coupables !

Des représentants des Verts, du PCF, du Parti radical de gauche et du Mouvement républicain et citoyen étaient pourtant à La Rochelle, avec à l’arrière-plan, hantant les lieux, l’alliance avec la droite du Modem. Ils n’ont rien dénoncé de tout cela, mais à fleuret moucheté on a tenté de s’entendre ou de faire semblant de ne pas le faire. Car le fait simplement de se retrouver là s’inscrivait dans une continuité des pratiques politiques qui ont conduit à la situation de déchéance actuelle d’une gauche qui n’a plus rien à voir avec une représentation politique du peuple et de ses intérêts.
La « gauche plurielle » rebâtisée par Martine Aubry « gauche-solidaire », n’offre rien de plus ou plutôt continue de faire symptôme, comme modèle d’allégeance construit sur le mensonge et les désillusions. Il faut dire qu’après la débandade des élections européennes il fallait bien tenter quelque chose, la victoire des verts ayant mis en péril la domination par le PS de la gauche pour le tirer encore un peu plus vers le centre. Une influence des verts, présents à la Rochelle, sur le PS vers le centre, c’est peu dire si on se remet en mémoire qui est le vrai Cohn-Bendit, chef de fil de cette « victoire » électorale, qui a briffé les patrons à l’université d’été du Medef en 2000, en soi-disant « libéral-libertaire ».
Lorsqu’il parle des services publics, on comprend tout du côté libéral du personnage qui ne laisse au côté libertaire que des lambeaux d’emballage : « des services comme le téléphone, la poste, l’électricité, n’ont pas de raisons de rester dans les mains de l’Etat » (Marianne – 27 juin au 3 juillet 2009 – N° 636) Tel que le rapporte le journal Marianne en référence, « qu’il s’agisse des délocalisations, de l’ouverture des magasins (le dimanche), de la flexibilité ou des dépenses publiques, il n’est pas si éloigné d’Alain Madelin qui l’a d’ailleurs félicité de « décrisper l’antilibéralisme primaire d’une certaine gauche », sirènes auxquelles sans doute a été sensible un José Bové pour le rejoindre, à moins qu’il ne s’agisse d’hypnotisme !
On se demande vraiment ce qu’un PCF peut bien aller faire dans ce nid de serpents, à moins d’ouvrir les yeux sur le fait qu’il a depuis longtemps vendu son âme à l’électoralisme, empêtré qu’il est dans ses contradictions tout en ayant perdu le plan et les clés de la maison, le marxisme et l’ouvrier jetés avec l’eau du bain de la défunte dictature à l’Est du communisme ! Dans le journal « l’Humanité » de ce lundi (31.08.2009), on croit pouvoir distinguer à la Rochelle le retour au « débat de fond » à gauche, une gageure qui a le goût de cendre d’une gauche révolutionnaire enterrée depuis longtemps.
On se demande bien de ce fatras ce qu’il y a à unir à ne pas savoir sur quoi ! La politique politicienne culmine en médiocrité à gauche face à une droite déringardisée qui avec Sarkozy a passé la vitesse supérieure pour défendre le système inique qui gouverne nos vies en en détruisant chaque jour un peu plus pour se survivre à lui-même. Il n’y a rien à attendre de ce côté-là de la politique et surtout pas de ce PS qui n’en finit pas de faire agoniser la gauche à ne rien proposer que le théâtre d’ombres d’un aménagement social totalement illusoire du libéralisme.
Cette volonté de mettre en place à gauche des primaires participe de l’américanisation de nos pratiques politiques pour faire perdre tout son sens à notre démocratie qui est ici l’objet d’un véritable hold-up, tentative désespérée telle la saignée portée au roi alité qui se meurt.

Les primaires comme continuité d’une politique européenne de type impérial

Cette évolution est en toute cohérence avec cette Europe impériale qui traite les peuples d’imbécile lorsqu’ils la rejettent par voie démocratique quand ce ne sont pas les parlements qui décident à leur place. Car la seule démocratie entendable pour eux, c’est celle qui n’offre comme choix aux citoyens que celui d’un gestionnaire, derrière un trombinoscope politique qui fait écho à la formule d’un Duclos : « c’est Blanc bonnet ou Bonnet blanc ».
Une démocratie française de plus en plus superficielle faisant office de façade commerciale à un régime sous influence européenne supranationale, serviteur des intérêts privés, des rentiers et des exploiteurs de tous poils, que d’aucun ne remettent en cause ou seulement pour la forme puisque prêts à s’unir avec le PS, en la matière, comme avec le diable.
On nous dit que les militants socialistes sont gagnés par la lassitude, que la période est dure à vivre pour eux, « entre « échecs électoraux, flou idéologique et stratégique, division au sommet, désaffection des sympathisants… » «Le PS n’attire plus. Il ne fait pas envie. Il fait rire ou pitié aujourd’hui», écrit un blogueur assidu. Un autre dresse un constat amer : «Si beaucoup de militants ont pris du recul, dans l’indifférence générale de Solferino, c’est justement qu’il y a une double déception : une absence de réponse aux attentes de “refonte interne”, combinée à une forte envie de retrouver des temps “politiques” plus forts où nous serions tous derrière un authentique projet socialiste, de gauche et mobilisateur. »
Comment croire à la possibilité d’un projet de gauche authentique alors que le parti en référence n’a fait aucun travail sur lui-même en regard des ses manquements ? L’authenticité en politique façon PS inspire l’image de la poule devant un couteau, un mot abscons en politique, et à gauche, quel dommage !

Les primaires contre la démocratie, la laïcité et la République

En attendant, avec les primaires, on a affaire à une authentique contre-révolution, une désintégration de la citoyenneté ! La conception de la politique qui est derrière cette proposition contribue au discrédit de la démocratie avec tous les risques que cela fait courir à cette dernière au moment où les religions sont à l’offensive pour influer sur les choix politiques avec comme cheval de Troie un islam agressif derrière lequel s’engouffre les dévots d’un Vatican plus rétrograde que jamais.
Le système des primaires c’est une fois de plus le mépris du peuple, avec sa nature clientéliste dans la continuité des pratiques locales d’accommodements communautaires des élus socialistes et autres « gauche plurielle », qui vont à l’encontre du suffrage universel et prennent en otage les individus au nom desquels ne s’expriment que des chefs. On y verra fleurir le monnayage du soutien de telle communauté religieuse, ethnique ou régionale, de partenaires de tous acabits derrière le gagner à tout prix, avec en toile de fond la cuisine électorale des postes à pourvoir d’autant mieux justifiée par la recherche de l’expression de la « diversité » en politique, autre cache sexe des mauvais coups contre la démocratie et la laïcité, avec tout ce que cela suggère de remise en cause du pacte républicain.

Le point nodal du renouveau, c’est en finir avec cette gauche-là !

Par delà le « parler d’une seule voix » qu’on a voulu servir en fin de week-end à la Rochelle, cette sorte d’union sacrée qui n’a rien de secrète dans ses attendus, le choix de primaires pour la désignation d’un candidat à des présidentielles, c’est celui de rompre avec toute perspective d’un authentique projet de gauche qui s’appuie sur le peuple, la citoyenneté, c’est biaiser le suffrage universel qui seule vaut et respecte la souveraineté populaire. C’est aussi s’en prendre à la France, à travers cette remise en cause de son modèle politique, à ses traditions démocratiques à travers l’écrasement de sa diversité de pensées.
Il n’y a rien de plus urgent que de dénoncer cette déchéance politique qui vandalise la démocratie. C’est l’unique chemin pour poser la nouvelle équation de l’avenir qui ne passe résolument pas par le parti socialiste, par cet establishment de la « gauche solidaire », mais par la fin de cette mascarade d’une gauche creuse, sans projet et sans idéal, point nodal d’un renouveau pour un projet de transformation sociale radical ayant la nation, la laïcité, la République et le peuple au coeur.
Guylain Chevrier
historien

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