Le Rwanda : destin tragique

On essaye encore d’imputer la responsabilité du génocide rwandais à la France. Une brève histoire du Rwanda s’avère nécessaire. Ce royaume depuis 1091 (on ne sait pas trop ce qui s’est passé avant) est constitué de 3 ethnies: Hutus (89/90 % de la population), Tutsis (10 % environ) et les Twas artisans (moins de 1 %).

Les Tutsis sont des éleveurs ce qui induit qu’ils alignent leur démographie sur les besoins du troupeau et font peu d’enfants. Les Hutus sont des agriculteurs donc il leur faut  des bras et font beaucoup d’enfants, ce qui explique la forte différence de population entre ces ethnies.

Les Tutsis se débrouillèrent pour inventer une religion où ils étaient les maîtres ce qui déboucha sur un système féodal qui perdura jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le Rwanda fut alors colonisé. Les Tutsis n’offrirent aucune résistance à cette colonisation, se convertissant au christianisme tout en négociant les bonne places (prêtres entre autres). Cela ne gênait pas les missionnaires dont nombre étaient royalistes et la vue d’un système féodal fonctionnant plutôt bien les rassurait plutôt.

Soixante ans après à l’heure de la décolonisation, le discours n’était plus le même. Le clergé marqué par le progressisme qui aboutirait à Vatican II (notamment avec André Perraudin) prépara l’indépendance avec le principe un homme/un vote. Les Tutsis comprirent immédiatement qu’ils allaient se prendre un vote ethnique de pleine face, vote que les missionnaires ne voyaient pas venir. Les Tutsis attaquèrent alors des missions pour des raisons purement politiques et non religieuses. Les Hutus prirent cependant le pouvoir et nombre de Tutsis s’exilèrent.

Les années suivantes, les affrontements continuèrent, au Burundi notamment, ce qui fit que les tensions perdurèrent. Les Tutsis exilés s’organisèrent en créant le FPR (Front patriotique rwandais) en 1987. Il attaqua le Rwanda en 1990 mais le soutien logistique de la France fit échouer la tentative de prise de pouvoir.

Néanmoins le Rwanda soumis à un régime de parti unique depuis 1978 revint au multipartisme : mais cela revenait au même, les Hutus détenaient le pouvoir politique. Les tensions perduraient malgré la présence de forces de l’ONU.

Survint le 6 avril 1994, l’attentat mortel du Président rwandais Juvénal Habyarimana dans son avion. À l’époque, vu le lieu où l’avion avait explosé (à la frontière des affrontements militaires), il était impossible de savoir si c’était le FPR ou les Hutus durs qui étaient à l’origine de l’acte. L’étude balistique penche aujourd’hui pour le FPR.

Le lendemain la Première ministre Agathe Uwilingiyimana, Hutu modérée, fut assassinée ainsi que d’autres ministres (remarquons la passivité des dirigeants de l’ONU présents incapables de protéger leurs troupes). Le même jour, le génocide à l’encontre des Tutsis et aussi des Hutus modérés commença, soutenu par des appels aux meurtres émis par la sinistre radio télévision libre des milles collines (radio fondée en 1993 seulement et qui avait alimenté depuis le début ses programmes de commentaires anti-Tutsis, ce qui laisse augurer que le génocide a bien été prémédité et que l’on attendait simplement un événement déclencheur). Il dura plus de trois mois pour un terrible bilan de huit-cent-mille morts environ.

Notons qu’à l’époque plus aucune force militaire étrangère n’était présente sur le territoire rwandais. Cela facilita évidemment la réalisation du génocide, hélas. En 2003, dans des circonstances similaires, la France présente en Côte d’Ivoire freina largement les conflits. Elle fut alors traitée de colonialiste. Si elle n’avait rien fait, elle aurait été accusée d’être génocidaire. Colonialiste ou génocidaire, la France doit toujours être coupable aux yeux de certains.

Alors oui, les Occidentaux ont eu un grand tort au Rwanda, c’est d’avoir imposé le vote à un pays très marqué ethniquement où l’une des ethnies représente 80 % de la population, donc des voix, et cette ethnie sait qu’elle aura donc le pouvoir ad vitam æternam via des élections non truquées. Cela a exacerbé les tensions ethniques néanmoins déjà présentes.

En France par exemple, le vote n’est pas ethnique, il n’y a pas de parti breton, picard, provençal, normand, gascon, berrichon. Ou alors ils pèsent très peu. Il n’en va pas de même en Afrique où la pensée individuelle n’a pas encore pris et le vote reposera sur des motifs religieux, ethniques et tribaux. Quand une ethnie ou un courant religieux est nettement majoritaire, cela lui donne une légitimité inouïe à cette majorité qui peut estimer avoir le droit de commettre les pires atrocités possibles.

Néanmoins la France, amie des dirigeants du Rwanda hutu, n’a jamais encouragé les persécutions ni poussé au génocide. On ne peut lui reprocher que d’avoir projeté naïvement sa vision démocratique à un pays qui n’était pas mûr pour ce régime. Cela constitue néanmoins une faute politique. Mais commise au nom de la démocratie et des droits de l’homme, pas au nom d’un cynisme politique ou d’un racisme présumé.

Platon Du Vercors

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12 Commentaires

  1. Qu’ils foutent la paix aux gorilles des montagnes chers au cœur de Dian Fossey,c’est tout ce que je leur demande.Qu’ils s’entretuent ne me fait ni chaud ni froid.

  2. « Une personne , une voix » est un système aberrant.Pour qu’il fonctionne correctement,il faudrait que seuls disposent du droit de vote les citoyens natifs du pays ,âgés d’au moins 25 ans,titulaires d’un bac ou équivalent,residant, et payant leurs impôts dans le dit pays,n’ayant fait l’objet d’aucune condamnation pénale,jouissant de toutes leurs facultés mentales Le vote ,rendu obligatoire,aurait alors du sens,et la democratie en tirerait une réelle valeur.Dans les sociétés tribalisees ou se côtoient des populations peu alphabetisees issues d,’ethnies différentes, la democratie est une pure et dangereuse vue de l’esprit.Qu’un récent  » francais » de papiers fraîchement débarqué ,parlant a peine notre langue, puisse disposer de ce droit fondamental me revulse et me hérisse.

  3. Avant d’implanter la démocratie dans un pays, il faut préparer le terrain. Lorsque l’on connaît bien la force ethnique surtout en Afrique, mais également dans d’autres continents, la solidarité prime avant toute autre considération intellectuelle et politique, on fait systématiquement corps même si ce n’est pas pour le bon choix. C’est l’aléa de toute élection intervenant dans un contexte momentané particulier, aujourd’hui on aurait voter pour, et demain, contre. Certains démocrates cherchent donc à choisir le bon moment pour eux afin d’organiser une élection ou un referendum. Et que dire de ces démocrates qui rechignent absolument de faire appel aux voix des citoyens, quand l’ambiance ne leur convient pas. Pour eux la vox populi est spontanée, irréfléchie et peut se retourner contre eux,

  4. L’avion du Président Juvénal Habyarimana, et de son collègue Burundais était un avion Français avec un équipage Français ! Il a été abattu par des missiles Russes apportés clandestinement sur le site de l’aérodrome par le FPR. Paul Kagamé, réfugié en Uganda, a toujours été un admirateur d’Idi Amine Dada !

  5. C’est plus simple de rejeter sur les autres les saloperies dont on est soi-même les auteurs. Avec le Rwanda on a là un exemple flagrant de mauvaise foi jusqu’à l’absurde. Sincèrement qu’est-ce que la France fait encore dans ces pays qui passent leur temps à s’entretuer ?

    • Pourvu qu’ils foutent la paix aux gorilles de montagnes chers à Dian Fossey, qu’ils s’entretuent ne me fait ni chaud ni froid.

  6. Merci pour ces infos.. en fait je ne me suis jamais intéressé à ces problèmes de génocide entre africains, me contentant de penser que « ça en faisait toujours un peu moins sur la PLANÊÊTTT »

    Comme BHL parlait de « guerre d’honneur » (pour notre intervention en Libye ) en face d’un Z déchaîné, on a imposé à ces tribus une « démocratie d’honneur ».. ..en fait d’horreur.

    Bravo pour le résultat, on aurait mieux fait de s’occuper des problèmes ethniques de la fronce depuis tout ce temps.

  7. Quand on pense que les tutsis et les hutus se sont mariés entre eux depuis toujours donc qu’ils font partie d’un même groupe ethnique homogène mais malheureusement séparés par des lignages artificiels !

  8. Au cours d’une émission que j’avais entendue sur Radio Courtoisie , un des intervenants avait raconté que pendant cet affreux massacre , certaines victimes proposaient de l’argent aux assassins pour qu’il les tuent à l’arme à feu plutôt qu’à la machette . L’enfer sur terre .

  9. En Algérie Française , au moment de la guerre 54-62 , le nombre d’Européens correspondait à 10% de la population totale du pays , on sait ce qui est arrivé aux minoritaires … De nos jours on entend souvent dire que les Blancs sont  » encore » majoritaires en France et pourtant , dans le même temps , on entend aussi dire que dans les maternités, le prénom masculin le plus donné aux bébés est Mohamed . Il doit y avoir quelque chose qui m’échappe …

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