Le suicide est dans le pré

Publié le 1 février 2019 - par - 26 commentaires - 1 127 vues
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Ca y est, je suis de nouveau en colère. Je préfère l’exprimer rapidement que me ruiner l’estomac.
Je dédie cet article à Monsieur Edouard Philippe et à ses somptueuses dépenses, à Gerald Darmanin et à ses entrecôtes à 120 €, et à la première dame, avec ses six bureaux occupés par un directeur, un chef de cabinet, deux secrétaires ainsi que de services de sécurité. Une dépense qui serait évaluée à 278 000 euros par les magistrats de la Cour des Comptes.

Question : comment pouvez-vous encore vous regarder dans un miroir ?
Quand me prennent des velléités de régime, je fixe une photo de Kate Moss sur mon frigidaire, cela m’empêche de piller son contenu (Tiens, où est-elle cette photo? Il y a un bout de temps que je ne la trouve plus !) Je propose la même astuce pour les bureaux des ci-avant nommés. Un paysan au bout d’une corde, qu’en pensez-vous ?

En 2008 on a observé un excès de suicides de + 28 % chez les agriculteurs et en 2009, année de la crise du lait, de + 22 %. Le secteur de l’élevage a été le plus touché : le taux de suicide a été de + 127 % par rapport à la population nationale du même âge et de + 57 % l’année suivante. En 2010 et 2011, on a dénombré 253 suicides chez les hommes et 43 chez les femmes, soit près de trois décès par semaine.

Tous les deux jours, un paysan se donne la mort en France. Leur vie est si pénible que nombre d’entre eux commettent l’irréparable.

Au-delà des problèmes économiques, le monde paysan souffre d’un manque évident de reconnaissance. Nous délaissons progressivement les campagnes et avec elles notre considération pour l’agriculteur, qui a pourtant un rôle fondamental. Notre société préfère accorder plus d’importance à des considérations futiles dont on peut largement se passer, ce qui n’est pas le cas de la nourriture, besoin primaire par excellence! Nous mangeons démesurément en occultant d’où viennent nos aliments et ce que leur production demande: le travail épuisant, l’inquiétude pour les récoltes.

Puisque nous ne reconnaissons plus la valeur morale et matérielle de leur travail, ils sont désemparés et perdus. Le mal-être de nos agriculteurs, c’est également la solitude morale, leur désespoir tient aussi au surendettement auquel on les a obligés.

Un agriculteur qui élève des porcs en Normandie confiait que le fait d’être interrogé pour un reportage lui avait permis d’éviter le suicide. En fait, il avait pris la décision de mettre fin à ses jours s’il atteignait le cap des 150.000 euros d’endettement. Cet homme portait en lui un profond sens de l’honneur et un sentiment de culpabilité à l’endroit de la ferme que son père lui avait transmis. Il lui était insupportable d’échouer là où ses ancêtres avaient réussi, sans même comprendre qu’il n’en était absolument pas responsable, que les raisons de son échec lui étaient bien étrangères.
On lui achète son lait entre 30 et 35 centimes le litre pour le revendre aux alentours de 65 centimes. Or, il n’est pas normal de travailler à perte. Ce n’est pas normal d’accepter d’être dans l’incertitude quant à son salaire, qui plus est quand il est payé le quinze du mois suivant.

Certains travaillent pour des laiteries qui achètent en grande quantité mais paient tellement peu qu’ils obligent les agriculteurs à vendre à perte. Le même lait qui servira pour produire du chocolat de luxe vendu à prix d’or: cette situation est inadmissible. Certains producteurs se sont engagés à payer le lait au-dessus du prix de revient des agriculteurs: 34 centimes par litre, seuil à partir duquel les agriculteurs arrivent tout juste à vivre. Mais ce n’est qu’à 44 centimes par litre qu’ils peuvent se verser l’équivalent d’un SMIC. C’était l’enjeu des États généraux de l’alimentation: inverser la formation du prix pour que ce ne soit plus la grande distribution qui dicte sa loi mais pour partir du coût de revient de l’agriculteur. Nous en sommes bien loin !

Il faudrait en revenir à une politique agricole proche du terrain, en rémunérant les agriculteurs en fonction du nombre d’emplois qu’ils ont dans leur ferme, par exemple. Et pourquoi ne pas donner des primes à ceux qui recourent à l’agriculture écologique ?

Les paysans sont les derniers à avoir les valeurs du travail bien fait, de la conscience de la terre et de la famille. En les maltraitant de la sorte, nous avons affaibli ces valeurs. Loin d’un monde caricatural et du tas de fumier au milieu de la ferme qu’on imagine souvent, les paysans évoluent avec des repères solides. Produire du blé demande de passer des journées accroupi à ramasser des pierres, à composer avec le cycle de la nature, des saisons et du climat.
Or nous avons oublié toutes ces valeurs pour l’immédiateté, le court terme et l’éphémère. On a demandé à l’agriculteur de s’adapter et d’être polyvalent. Il s’y est empressé, a joué le jeu, mais n’a rien reçu en contrepartie. Ce sont les paysans qui assurent la satisfaction de nos besoins primaires. Une pénurie de nourriture conduirait notre société à se rappeler aussitôt de leur importance.

Ma colère n’est toujours pas éteinte….Quand je pense au souci que se font les français au sujet de la « galère » (pardon, de l’ »enfer ») de Laetitia Hallyday, du nombre de premières pages qui lui ont déjà été consacrées.
Quand je pense à ce galopin de 26 ans du nom d’Alexandre, qui monopolise les petits écrans ! Mais qu’on le flanque au trou et qu’on n’en parle plus !
Quand je pense aux migrants qui, en France, touchent plus que certains retraités et inspirent d’interminables cortèges de bienpensants et de bobos charitables qui réclament leur protection.

Alors je pense à  Jean-François qui à Verneuil-sur-Vienne, abandonné de tous, n’a plus eu qu’à se procurer un bout de corde.
Adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La dame de ces biens, quittant d’un œil marri
Sa fortune ainsi répandue,
Va s’excuser à son mari
En grand danger d’être battue.
Le récit en farce en fut fait ;
On l’appela le Pot au lait.

Moi, j’appelle cela la grande injustice, la grande tyrannie, le grand abus, la grande abomination. Aujourd’hui, c’est le règne d’un prétendument grand débat. Débattons !

Anne Schubert

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Notifiez de
sylviane

merci!

26 MAI 2019

ET CHOUPINET AU SALON DE L AGRICULTURE ???IL VA FAIRE LA VISITE DE NUIT OU AVEC UN MASQUE ???POURVU QU IL PASSE DERRIERE UNE VACHE DIARRHEIQUE !?…

colombo

pour un peu qu’il soit zoophile , gare au taureau …ho! ho! ho! ho!.

the end

c est une histoire qui va se passer , le petit rocket avec un taureau par inadvertance va se faire coincer , gare au taureau oh! oh! oh! oh! , et les secours vont vite arriver , le pauvre choupinet faut vite le libérer car entre les cornes il s’est fait bien coincer et dans cette posture ce n est pas gagner , gare au taureau oh! oh! oh! oh a l hôpital il faut le transporter, je vous raconte pas la suite car vous allez vous marrer et j ai pas de mots assez forts pour l expliquer, gare… lire la suite

AA52

Comment rendre un pays dépendant des autres et le soumettre, et bien ont commence par détruire sont agricultures et puis sont industries

wika

Mais voyons, Anne, la fin du calvaire des producteurs va prendre fin puisque le gouvernement de Jupiter a interdit les méga promotions et vient de voter une loi sur les marges des distributeurs.
Je sui évidemment ironique, car ce nouvel empilement de lois n’empêchera pas les gros distributeurs de contourner et de trouver de nouveaux arrangements.
On ne sait pas où est la solution, mais la PAC fait aussi beaucoup de mal

Celine

N’est-ce pas ce que veut le « Nouvel ordre mondial »?
Eloigner les gens de la campagne pour qu’ils soient dependants des produits de merde que leur vendent les multinationales?
Nos bons agriculteurs sont appeles a disparaitre…Et on laisse faire…
Et ce n’est pas qu’en France.Celi

DUFAITREZ

« Rapidement », dites-vous ?
Depuis ma naissance le nb de Paysans (j’adore ce mot noble) a été divisé par VINGT !
La France, « grenier de l’Europe », est revenue au rez de chaussée, sinon pire !
Subventionnés, face à la Mondialisation, la PAC a baissé les bras. Suicides !
La récente Loi sur l’Alimentation, laisse le choix aux distributeurs de « distribuer » leurs marges. Paysans oubliés ! Re suicides !

AA52

L’entrecôte a 120 euros de darmanin n’était sûrement pas aux hormone, mais un bon produit français fait pas nos agriculteurs qu’il hais et qu’il veut détruire.

Centaure62

Triste réalité ! Merci pour ce bel article

La Mère Denis

Kézako ? Son cousin lui aurait inspiré la loi sur l’ alimentation qui va encore ruiner davantage et les agriculteurs et les consommateurs ?

Dalonis

Pourtant un des plus beau métier , un métier noble, la terre nous amène tellement de choses

colombo

même la mort.

Elliot

Bonjour! Je suis Breton et dans mon enfance, entouré de fermes ! J’ai eu le bonheur d’aller chercher le lait directement à l’étable, de traire les vaches à la main (suis pas doué), de donner à manger aux verrats du père d’un pote (il passait dans les fermes pour saillir les truies -pour les bobo-…), de voir naître des veaux, des porcelets, de ramasser les pommes pour faire du cidre et participer à son élaboration, de conduire le tracteur pendant que les « hommes » hissaient les bottes de paille, des champs de luzernes, de choux, de betteraves…Je pense que le monde… lire la suite

the end

c est exact , j ai bien connu cette époque .

alice Braitberg

Bravo ! J’ajoute que si la campagne est si belle c’est parce que les agriculteurs la soignent, la peignent comme dans les vignobles et les vergers, dirigent la circulation des eaux en plantant des arbres et d’autres végétaux afin que la terre ne deviennent pas un marécage stérile même pour les oiseaux protégés qui n’auraient rien à picorer, entretiennent chemins et passages hors périmètre public, alertent sur les épidémies et les surpopulations destructrices, » posent  » des vaches, chevaux, chèvres et volailles dans les prés pour qu’on puisse les photographier avec son phone dernier cri, etc. Les quotas dictatoriaux de jachères… lire la suite

ADLER

Les responsables sont tous ces pourris qui gèrent le pays. C’est à eux qu’il faudra demander des comptes. Je les hais.

job

Il faut se défaire de l’emprise de la FNSEA , responsable de l’impasse où ils se trouvent , pro européenne et mondialisation , chantre de l’exportation et des  » marchés  » ; syndicat qui a la main mise sur près de 100% des chambres d’agriculture et qui entrave l’installation des jeunes ( pro agrandissement des surfaces ) et freine le passage au bio .
Ce syndicat est une pieuvre qui étouffe le monde agricole ( et qui accessoirement s’oppose à l’interdiction du glyphosate ) .

Deniaud

Chère Anne, c’est un régal de vous lire, malgré les thèmes sinistres actuels. Un ami-voisin, paysan laitier de 50 ans vient de se voir refuser son lait car trop peu en quantité. Son père a fini pendu dans la grange… Je suis très inquiet pour lui et sa vieille mère adorable. Pierre dans le 17.

andrea

Je souhaite de tout coeur que votre ami et sa mère puissent s’en sortir. Et que le Papa repose en paix.

Dupond

Deniaud
Pour gagner deux rond il faut faire comme la belle de ma soeur , faire du bon beurre de baratte salé a la fleur de sel de l’ile de ré ; vendre les oeufs frais de la ferme , remplir des petits pots de plastique de « vraie creme » et vendre au marché de la Rochelle….vous évitez les intermédiaires véritables sançues et percevez des especes . En plus de fixer vous meme le prix ,vous vendez un produit a nul autre pareil

Dupond

C’est quand la derniere salle de traitre poussera la porte pour ne plus l’ouvrir que la derniere moissonneuse batteuse nes sortira plus du hangar ; que les bobos du marais en regardant la corbeille a croissant vide ainsi que le pot de lait pour le petit dej au café de flore se diront « comment se fait il ,? » Le métier de paysan laitier est un métier de bagnard ou 365 jours par an et deux fois par jour vous etes d’astreinte et si vous vous faites remplacer pour 8jours de vacances vous avez la peur au ventre d’avoir un accident… lire la suite

ven85

mais depuis l’europe totalitaire,tout est fait pour faire disparaitre nos agriculeurs,faire disparaitre les nations et nos paysans et ensuite comme les mondialites,faire rentrer l’agriculture du monde entier bourrer,OGM, et de traitement de mort,moins cher qu’en france et se faire le maximun de pognon,les milliard que l’on donne a l’immigration,devrait revenir a nos agriculteurs,pour qu’ils vivent correctement,quel francais voudrai travailler 80 heurs par semaine,dimanche compris pour un salaire de misere,sortont de cette europe de destruction et de mort

Zoé

Le sort des paysans me rend malade. Je les vois travailler, travailler.Une amie agricultrice se lève tous les matins à 5 heures pour la traite de 6 heures. Lorsqu’elle me dit bonjour, je sens l’intérieur caileux de ses mains. Elle a eu une crise cardiaque vers 4 heures du matin et cerise sur le gâteau on lui a découvert un cancer des poumons. Pour le moment ça va mais pour combien de temps. On doit vivre et bien vivre d’un métier aussi difficile et leur situation pour la plupart me révolte.

Dupond

ven85
Je suis vendéen , né dans le marais de challans et j’ai 69ans . Le beure etait vendu sous la halle au beurre pres de la mairie . Pourquoi croyez vous que ce négoce de proximité a été supprimé ? tout simplement pour engraisser des intermédiaires qui sont devenus tout doucement les maitres du travail imposant leurs prix d’achat . Il n’y a plus de foire aux bestiaux qui permettaient de mettre le prix a l’enchere ….maintenant le prix est fixé par l’acheteur (essayéz de le faire a carrefour)

the end

malheureusement en Bretagne c est la même chose et sans doute partout en alfrance , je suis un peu plus jeune que vous mais j ai bien connu Les moissons , le battage de petits pois le ramassage de pommes de terre pendant la pause nous allions baiser l autre coté du talus sans compter les galipettes dans les champs de blé et sur les tas de foin quelle belle époque ah!!! le bon temps est derrière nous.