Le suicide français, d’Eric Zemmour : espérons qu’il se trompe…

zemmourlivreA la fin de la lecture de cette dense, et non moins fluide, somme de recherches, si c’est un indéniable suicide[1], on ne peut que constater que le corps France a aussi été trucidé. C’est ce qui ressort nettement de l’excellente et érudite analyse de la France par Eric Zemmour, depuis la date fatidique de la mort du général de Gaulle, le « père de famille » écrit si judicieusement l’auteur. Car les coups ont été portés à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. La France a été prise en étau, avec une authentique volonté de la détruire, sur tous les  théâtres d’opération : la culture, l’enseignement, les divertissements, les médias, bien sûr, ont participé à cette curée au même titre que les politiciens et les affairistes.

Zemmour, qui a l’honnêteté et de citer ses sources et de les étudier sérieusement, nous fait ainsi remonter le temps du martyre français avec un talent orateur forçant le respect. On commence donc en 1970 pour arrêter les compteurs en 2007 ; une conclusion comblant brièvement le vide des années suivantes. L’auteur retrace ainsi toutes les compromissions, les abdications qui nous ont précipités dans ce gouffre dont on est en droit de désespérer de sortir un jour.

Et si nous connaissions ces dates qu’égrène Zemmour, autant d’exemples où s’exprime sa lucidité, nous les avions un peu oubliées ou relativisées. Qui se souvenait, en effet, de ce fait-divers survenu en 1972 à Bruay-en-Artois où un notable était accusé du meurtre d’une jeune fille issue des classes populaires ? Affaire qui fut l’occasion d’un déchaînement de haine contre le suspect, sans aucune preuve, parce qu’il était bourgeois et que les marxistes hystériques avaient soif de son sang d’« exploiteur du peuple », selon la formule consacrée. Haine attisée par ce sinistre Sartre, le même qui fustigeait Céline après-guerre, omettant de dire qu’il l’avait courtisé sous l’Occupation ! Derrière cette mascarade en forme de lutte des classes surannée, il y eut bien sûr des destins brisés et surtout : la naissance de la justice idéologique, cette justice qui brame aujourd’hui son indépendance dès qu’on lui suggère de faire son examen de conscience.

Exemple parmi tant d’autres pour montrer ce démantèlement de la France souveraine, où chaque revendication libertaire se saisit d’un morceau de la bête jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une carcasse vide. L’enseignement fera comme la justice, il deviendra à son tour idéologique. Tout deviendra idéologique. Dans le même temps, le Marché, ogre gourmand et sans états d’âme, forcera la main des politiques concernant l’immigration et sa main d’œuvre corvéable et soumise. Sauf que là, c’est une bombe à retardement qui explosera, tant symboliquement que physiquement !

Les apôtres libertaires, les profiteurs, les pourfendeurs de la Nation ontologiquement criminelle – quitte à pétrir la vérité historique comme une pâte à modeler pour lui donner la forme voulue ! –,  les artistes rebelles de pacotille, tous ensemble ils ont défait ce roman national qui faisait notre cohésion.

Et qu’importe que le fond soit ignoble pourvu que la forme colle au nouveau dogme : Zemmour rappelle ainsi que des intellectuels français défendirent jadis la révolution iranienne, provoquant une rupture parmi la Gauche, parce qu’il restait un semblant de conscience à certains pour se rendre compte de la dangerosité de ce régime théocratique moyenâgeux. Les autres parlaient d’une guerre faite « aux pauvres musulmans », ces « damnés de la terre ». Vieux discours du XIXe siècle appliqué sans discernement à une mauvaise cause.

Il ne faut pas oublier BHL et son immonde brûlot contre la France :  L’Idéologie française, ramassis de mensonges qui dédouanait presque l’Allemagne hitlérienne pour se focaliser sur l’odieuse France historiquement raciste, malgré les faits, dont ce grand bourgeois se fichait – et se fiche toujours –  pas mal. Ce BHL qui se fabriquerait plus tard une stature de porte-drapeau des opprimés, entre deux garden party ! Opprimés dont « quelques-uns » sont devenus des djihadistes fervents !

Puis, ce seront les émeutes des Minguettes, feu d’artifice inaugural de la diversité conquérante choyée par la Gauche au pouvoir ; la main du pote, inspirée de celle de Fatma, histoire de préparer les esprits à la conversion – mea culpa, je l’ai portée, pas longtemps, mais portée tout de même : j’avais treize ans, ça excuse un peu !

La France désunie ne se reconnaîtra plus, les particularismes communautaires s’afficheront sans complexe : le voile, le halal, et j’en passe. Autant de revendications rendues possible par la désaffection de l’Etat, qui s’effacera au profit d’une mondialisation sans drapeau, sans hymne, sans autre dieu que l’argent. Ainsi, alors que notre industrie était dépecée, notre savoir-faire pillé, les lobbies de toute engeance imitèrent les lobbies industriels et financiers : ils exigèrent des lois pour eux, tant pis si le pays y perdrait son unité. Chacun voulut sa part du gâteau. Même les artistes ( ?) s’en mêlèrent, étalant leur indigence sur la place publique, aux frais du peuple, ce crétin juste bon à subir.

Je pourrais continuer encore longtemps à raconter la sidération ressentie par cette terrible frise chronologique, « Mais il est tard Monsieur / Il faut que je rentre chez moi. » (Jacques Brel)

« La France se meurt, la France est morte », écrit Zemmour à la dernière page, reprenant une fameuse oraison funèbre de Bossuet. Espérons qu’il se trompe, et alimentons nos espoirs par des actes…

Charles Demassieux

[1] Eric Zemmour, Le suicide français, éditions Albin Michel.

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