« Le Temps des Colonies » : la propagande de la génération FLN !

Publié le 4 janvier 2017 - par - 8 commentaires - 1 045 vues
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Eric MEYER, rédacteur en chef de la revue GEO Histoire Hors-série Collection, présente ainsi dans l’éditorial du numéro de décembre 2016 à février 2017 « le temps des colonies ».

Voilà un travail d’éclairage inachevé et essentiel.

Inachevé assurément, essentiel, j’en doute, après avoir pris connaissance de la revue qui est destinée à être vendue au plus grand nombre.

Autant dire que les rédacteurs tiendront compte de l’air du temps qui depuis de nombreuses années n’est pas à la glorification de l’Empire français : aussi l’on ne s’étonnera guère de voir cités Pascal BLANCHARD (page 25) et l’inénarrable Gilles MANCERON (page 26) ni historien, ni journaliste !

Mais il y a plus grave et cela ne constitue pour moi aucunement une surprise : ce numéro censé couvrir l’histoire de l’ensemble des « colonies françaises » est surtout orienté dans le sens de la dénonciation de la présence française en Algérie (curieusement pas un mot sur le Maroc et la Tunisie).

C’est un ouvrage tout à fait représentatif de ce que Jean BIRNBAUM désigne dans son livre Un silence religieux[1] comme étant « la génération F.L.N. »

Pourquoi l’impasse sur les vieilles colonies, sur Saint-Domingue ?

Evoquer la présence française au Sénégal avant 1830 apparaît d’autant plus nécessaire que la conquête de l’Afrique par notre pays fut avant tout le fait non pas de Français blancs, mais d’Africains d’origine (commandés entre autres par le général sénégalais Alfred DODDS (cité pages 34 et 35) et par des troupes constituées principalement par des soldats noirs, pour beaucoup des esclaves rachetés à leurs maîtres africains (page 29).

Les chapitres Afrique et Indochine sont assez correctement traités. Je note plus particulièrement, qu’est cité page 37, l’excellentissime Alexandre GERBI, auteur de l’Histoire occulté de la décolonisation franco-africaine (ed. L’Harmattan)[2].

Rayon Afrique, la parole revient à Elikia M’BOKOLO. Ce n’est pas dénué d’intérêt, mais cela pose tout de même un petit problème de méthodologie. Voilà quelqu’un qui a grandi à Léopoldville qui a été colonisé par les Belges, mais qui a ensuite enseigné en France où il vit et dont il a acquis la nationalité. Et il est amené à se prononcer sur l’héritage que la France a laissé à l’Afrique !

Réponse : sa langue. Mais voyons, M. M’BOKOLO, le français n’appartient pas à la France seule, et les Belges ne sont-ils pas quelque chose dans cet héritage (non seulement au Congo, mais aussi au Burundi et au Rwanda). L’une de mes amies congolaises ne dit pas quatre-vingt-dix-neuf, mais nonante-neuf !

Au fait, M. M’BOKOLO, vous êtes étonnement discret sur un autre héritage laissé par la France, et de plus en plus en voie d’expansion : la nationalité française[3]. Au passage, notre compatriote M’BOKOLO relève que le noir Félix EBOUE a été gouverneur général en Afrique équatoriale, ce qui était impensable au Congo belge !

L’entretien le plus instructif relève du chapitre Indochine car la parole est donnée à Pierre BROCHEUX, historien d’origine franco-vietnamienne de l’Université Paris VII qui se garde judicieusement de porter des jugements abrupts à l’instar de tant de belles âmes contemptrices de la co-lo-ni-sa-tion française. Il témoigne ainsi à l’encontre des affirmations de la virago gauchiste Marguerite DURAS : « il n’y avait pas d’un côté la ville jaune et de l’autre la ville blanche ». Et Pierre BROCHEUX d’enfoncer le clou : « les Français respectaient ces vieilles civilisations ».

Les Français par contre n’ont guère eu de respect pour les malheureux indigènes d’Algérie, c’est du moins ce qui ressort du chapitre « Algérie ». Les titres à eux seuls annoncent la couleur : « le massacre de trop », « Paroles d’appelés » un réquisitoire de l’inévitable FNACA contre la « sale » guerre d’Algérie, « Arabes et Européens ne se mélangeaient pas ». C’est clair, abrupt, sans appel !

Seul Jean-Jacques JORDI vient atténuer un discours de ressentiment peu propice à l’apaisement des mémoires, apaisement que le quinquennat de François HOLLANDE n’a guère encouragé. Merci donc à Jean-Jacques JORDI pour son honnête travail  d’historien et ses quelques lignes réconfortantes telles que « la France avait enraciné ces populations dans un rapport particulier à la terre et la mer. On comprend alors que 1962 ait constitué un événement traumatique pour elles ».

Honte à Jean-Marie BRETAGNE (qui c’est celui-là qui, sur la base de très peu de témoignages, ose présenter l’action de l’armée française uniquement sous l’angle de la torture et des exécutions sommaires ?).

« Stanislas HUTIN, lui, n’a pas oublié cette fois où des hurlements traversèrent la nuit, dans son village. Sur l’instant, il avait cru à un chacal. Mais c’était un rebelle implorant ses tortionnaires ». Qu’on se le dise : l’Algérie n’était alors que le théâtre d’un vaste champ de tortures à ciel ouvert ! Nul n’était épargné, pas même les gamins.

Page 34, on découvre la photographie d’un jeune berger de quatorze ans, paraît-il, torturé par l’armée française avec se commentaire : « Vingt-deux ans après la guerre, il a retrouvé sa trace ; le garçon devenu adulte travaillant alors en France ». Au fait, on aimerait en savoir davantage : ce garçon apparemment « maso » a-t-il fait souche dans le pays de ses « tortionnaires » ? Ses enfants ont-ils la nationalité française et ses petits-enfants après la lecture édifiante de l’histoire de la guerre d’Algérie ainsi présentée, sont-ils mûrs pour le Djihad ? Les djihadistes de DAECH en quelque sorte après ceux du F.L.N. !

Le plus consternant dans cette affaire c’est l’impasse totale faite sur l’existence de ceux que d’aucuns ont désigné comme étant du « parti de la France ». Boualem SANSAL, d’une toute autre stature que les Jacques FERNANDEZ et Leila SEBBAR, a consigné cela[4] par une formule on ne peut plus limpide qui devrait interpeller tous les Français « des millions d’Algériens croyaient en la France ».

Or Eric MEYER et son équipe ont très gravement failli, dans le chapitre Algérie, en « omettant » même d’énoncer le mot « harki » c’est tout à fait impardonnable. Le concept même de « harki » est ancien n’est-ce pas Cyril GUINET qui, dans sa contribution « Le temps de la conquête » écrit ce qui suit : « La tribu des BEN ZETOUN qui se trouve sur son territoire (NDLR à Abd el-Kader) reste fidèle aux Français. Abd el-Kader qui porte désormais le titre de sultan, fait égorger tous les membres du clan » ?

L’édition de la revue « Le Temps des colonies » intervient peu de temps après la reconnaissance solennelle par le Président de la République française, le 25 septembre 2016 de « la responsabilité des gouvernements Français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France ».

Si GEO Histoire ne revient pas sur le sujet, j’en ferai un casus belli car mon combat pour les harkis remonte aux années soixante-dix. Il m’est intolérable de constater ce terrible mépris envers tous ces « Algériens » morts pour la France, sur tant de terrains d’opérations (Crimée, Mexique, Reichshoffen… et Dien Bien Phu).

L’équipe de GEO Histoire, dans un souci de complaire à l’idéologie droitsdel’hommesque dominante, prétendument antifasciste et anticolonialiste (qui fait le lit de l’islamisme conquérant, ai-je besoin de le souligner aux lecteurs de Riposte laïque) apparaît tellement inconsistante et inconséquente qu’elle évoque ces malheureux, non pas dans le chapitre Algérie, comme il se devrait, mais dans celui intitulé Indochine. Les musulmans d’Algérie se sont fait en grand nombre les défenseurs et de l’Union française et de nos valeurs démocratiques contre le totalitarisme soviétique. La preuve ? Il suffit de visionner la photographie de la page 85, même s’il s’agit d’une reconstitution. Je cite : « Le 7 mai 1954, après le cessez-le-feu ordonné par le général de Castries à ses troupes, des tirailleurs algériens se rendent aux Vietminhs ».

Amis lecteurs de GEO Histoire réfléchissez bien avant d’ingurgiter le salmigondis proposé.

Les jeunes générations à qui l’on propose le chapitre « Algérie » selon la vulgate progressiste ou dite telle, sont-elles préparées à faire la part des choses ? Que peuvent-elles conclure de la proposition du renégat pied-noir Jacques FERNANDEZ (page 139) : « C’est seulement par le sport et la culture que les Arabes pouvaient se mêler aux Européens ». Qu’est-ce à dire que les pieds-noirs et les Arabes (au demeurant souvent berbères et kabyles) n’allaient pas chez le même boulanger, qu’ils ne fréquentaient pas les mêmes écoles, les mêmes plages ?

Même avec sa frénésie idéologique la plus contestable et passablement coupable, la revue est bien obligée de contredire ces assertions. Pages 145 et 146, si l’on se reporte à la carte Alger 1954-1962, on lit sous la rubrique Rendez-vous pied-noirs : Lycée BUGEAUD, Place Jean-MERMOZ. Outre CAMUS, y sont passés Mohamed OU IDIR AMRANE, poète militant nationaliste et Hocine AÏT AHMED, l’un des chefs du F.L.N. Qu’on me permette d’ajouter : le préfet Mahdi HACENE, mon ancien supérieur hiérarchique faisant l’objet d’une de mes dernières contributions à Riposte laïque.

Sous le titre « A chaque communauté, ses bastions », on lira :

« Les secteurs européens à plus de 80 % sont Bab-el-Oued, les rues d’Isly… ». Cela signifie quoi ? Eh bien que les 20 % restant c’était bien des Arabo-berbères ! Si cela se trouve, les populations dites européennes et celles dites musulmanes étaient bien plus mélangées dans Alger de 1960 que dans mon Colmar natal en 2016 ! Et Madame Leila SEBBAR, dans votre petit confort parisien, vous affirmez péremptoirement que « les mariages mixtes entre musulmans et chrétiens étaient effectivement très rares en Algérie. Il y en eut quelques centaines à peine ». De quel chapeau sortez-vous ces chiffres ? Robert ABDESSELAM, champion de tennis et député jusqu’auboutiste « Algérie française »[5] était bien issu d’un mariage mixte tout comme d’ailleurs Wassyla TAMZALI de la famille bien connue du magnat des huiles d’Algérie. Et à propos de mariage mixte, que pensez-vous de la réflexion d’un certain Charles De GAULLE au député nordiste Léon DELBEQUE, lui aussi « Algérie française » (et qui n’a pas renié comme tant d’autres ses convictions pour un plat de lentilles) : « Est-ce vrai que votre fille a épousé un bougnoule ? ».

J’ai pu constater tout récemment en accompagnant les démarches d’un requérant d’asile algérien (il faut hélas s’attendre qu’il y en ait de plus en plus[6] !) que le père de famille était probablement français du fait de l’union de l’un de ses ancêtres Ahmed avec Henriette, née au XIXe siècle, où ça ? … à Colmar d’où j’ai l’avantage et l’honneur de vous écrire ce 3 janvier 2017.

Jean-Michel WEISSGERBER

Esprit libre

[1] Le silence s’est également imposé sur ce livre car il démontre magistralement l’incompréhension de la gauche quant à l’expansion de l’islamisme.

[2] Je ne saurais trop recommander la lecture de cet ouvrage qui démontre comment Qui-vous-savez s’est scandaleusement débarrassé de l’Afrique française avec l’effet boomerang que l’on sait !

[3] On relèvera alors que la Chine, les Etats-Unis et Israël exercent une influence loin d’être négligeable en Afrique, mais qu’il n’y a guère d’Africains chinois, d‘Africains américains et d’Africains israéliens.

[4] En préfaçant le livre « Pieds-Noirs, les bernés de l’histoire », d’Alain VINCENOT, L’Archipel.

[5] Il vota comme bien d’autres musulmans intégrationnistes l’amendement SALAN en novembre 1961 !

[6] En 2016, il y a eu deux mille Algériens demandeurs d’asile, presqu’autant que de Congolais : l’Algérie est réputée comme un pays sûr !

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8 réponses à “« Le Temps des Colonies » : la propagande de la génération FLN !”

  1. JCML dit :

    Je me permettrait d’ajouter « REPENTANCE1.pps » de Mme Maryse Joissains Maire d’Aix en Provence portant sur le « droit de réponse » à Toumou, concernant l’Algérie. Si nécessaire me demander.

  2. Simone GUTIERREZ dit :

    Monsieur Weissgerber ,
    Vous dénoncez à juste titre  » l’ incompréhension de la gauche quant à l’ expansion de l’ islam  » .
    Si cette incompréhension ( de la gauche ) se limitait au domaine de l’ islam , ce serait grave , certes , mais il y a pire !! La gauche n’ a rien compris à l’ islam parce qu’ elle n’ a rien compris à la NATURE HUMAINE .
    Jadis , elle a essayé de nous faire passer pour des humanistes Staline , Mao , Pol Pot ou Castro . Aujourd’ hui , il est logique qu’ elle cherche à défendre l’ islam .

  3. Sjean-louis dit :

    A mon tour de suggérer un excellent ouvrage de Bernard Bachelot : « Louis XIV en Algérie » qui renseigne sur la colonisation et remet en cause le livre d’Alexandre Dumas « Le Vicomte de Bragelonne « 

  4. Sjean-louis dit :

    Effectivement Monsieur WEISSGERVER, il y a eu un mélange de population puisque nous avons eu des camarades de classe d’origine arabe ou mozabite qui, pour beaucoup, étaient nécessiteux et recevaient des fournitures scolaires gratuites ; la majorité des commerces étaient tenus par des arabes, mes parents étaient locataires chez un propriétaire arabe ! que ce renégat pied-noir Fernandez le sache !

  5. josyane dit :

    Il faut lire un livre remarquable de Daniel Lefeuvre (professeur d’histoire à l’université Paris-8) qui s’appelle « pour en finir avec la repentance coloniale » et qui remet les pendules à l’heure sur la colonisation de l’Algérie. Beaucoup d’informations intéressantes pour contrer le réquisitoire des Repentants !

  6. YAYA dit :

    Un seul constat. Depuis que l’Afrique n’est plus colonisée elle part en couilles. La preuve ?….. toute l’Afrique vient maintenant en Europe.
    Alors que se passera-t-il quand l’Europe sera totalement occupée par les africains ? Eh-bien elle deviendra comme l’Afrique maintenant … abandonnée pour occuper d’autres continents !!!

    • Sjean-louis dit :

      « …toute l’Afrique vient en Europe  » ce n’est pas terminé, une immigration massive est à prévoir en provenance d’Algérie dès que son président décèdera. Certains penseront que c’est l’effet pendule….

  7. Spipou dit :

    Jacques Fernandez ?

    S’agit-il du dessinateur de bandes dessinées Jacques Ferrandez ?