“Le temps des gens ordinaires” de Christophe Guilluy

Publié le 3 décembre 2020 - par - 7 commentaires - 883 vues
Traduire la page en :

Avec ce titre, Guilluy annonce la victoire des classes populaires, du peuple, des “déplorables” sur les élites. « La renaissance culturelle des gens ordinaires n’est pas un accident, mais l’aiguillon d’une mécanique qui inverse le sens de l’Histoire » écrit-il.

En attendant, comme l’avait prédit Christopher Lasch dans “La Révolte des élites”, celles-ci, délaissant les gens ordinaires, ont fait sécession. Pour l’auteur de “La France périphérique”, les classes populaires, au lieu de s’évaporer, se seraient réveillées en s’apercevant que la globalisation, le multiculturalisme, la métropolisation ont été un désastre pour elles. Comme l’échec des modèles d’intégration-assimilation. Les “petits Blancs” ne se sentent plus représentés ou défendus par les “grands Blancs”, pas plus que les petits Maghrébins, ajoute Guilluy qui refuse tout au long de son ouvrage de comprendre ce que subissent les gens ordinaires face à l’islam conquérant.

Difficile, de ce fait, de le suivre dans un cheminement qui ne tient pas compte de l’islamisation des populations importées, de la force de l’Oumma dans ces communautés dont la jeunesse préfère largement la charia aux lois de la République.

 

Christophe Guilluy voit dans la victoire de Trump en 2016, dans celle de Bolsonaro au Brésil, dans celle des Brexiters puis celle de Boris Johnson, des victoires culturelles des gens ordinaires, victoires annonçant « un basculement majeur ». Au contraire, j’y perçois plutôt les derniers soubresauts idéologiques des gens ordinaires. Trump quittera la Maison Blanche, Johnson et Bolsonaro sont sur le reculoir. Et les Gilets jaunes dans les oubliettes de l’histoire.

 

« L’idéologie dominante dite “progressiste”, à laquelle la majorité des classes populaires adhérait hier, est en train de s’autodétruire », peut-on lire sous sa plume.

Reste que l’idéologie progressiste est ultra-dominante dans 99 % des médias, des partis politiques, des centres universitaires. Certes, parfois, les classes populaires subodorent le vrai visage de cette idéologie : prolonger la domination de classes. Mais il suffit aux progressistes de leur lâcher à la figure les mots raciste, facho, islamophobe, populiste, complotiste pour qu’elles baissent la tête, tentent de se laver du soupçon en montrant leur bonne volonté.

Sujet complémentaire : les forces de l’ordre. Ou forces aux ordres ?

Leurs membres sont majoritairement issus des classes populaires et pourtant ils soutiennent sans état d’âme le médiocre pouvoir mis en place par les élites mondialisées. Aujourd’hui, police et gendarmerie se plaignent de ne pas recevoir le soutien de la population ordinaire, mais à qui la faute ? Leur bêtise durant les confinements les a peut-être coupées définitivement du peuple de souche. Comment les forces de l’ordre ont-elles pu se laisser entraîner dans cette répression idiote ?

 

Guilluy n’a pas envisagé l’impact de la propagation du virus chinois dans notre société, la transformation qu’il a apportée dans les mentalités, la passivité des gens ordinaires devant les ordres gouvernementaux.

 

Comme, me semble-t-il, il refuse de voir le Grand Remplacement qui, en 2020, est visible partout et non plus dans les seules grandes métropoles françaises. Les actes des envahisseurs musulmans, la violence urbaine, ne concernent plus seulement les villes de plus de 100.000 habitants, mais autant les petites villes de la France périphérique.

 

Les élites ont su faire réprimer la révolte des Gilets jaunes – qui à leur naissance étaient la représentation spectaculaire du monde ordinaire – par des tirs de LBD 40 et de grenades GLI-F4 (152 blessures à la tête, 24 personnes éborgnées, 5 mains arrachées). Puis elles ont pourri le mouvement, l’ont délégitimé, atomisé, déconstruit, jusqu’à sa reprise en main idéologique.

 

Si les minorités étaient peu présentes sur les ronds-points, c’est moins comme l’écrit Guilluy, parce qu’elles sont peu présentes en France périphérique que parce qu’elles sont les alliées objectives des classes dominantes. Dans le grand navire libéral, pendant que les élites sont dans leurs luxueuses cabines, la diversité œuvre dans les soutes (Uber et C°, BTP…). Alors que les gens ordinaires sont à la mer, dans des chaloupes en voie de dislocation.

 

Consommation et individualisme sont les deux mamelles de la société liquide libérale. Les intellectuels prétendent que cela ne suffit pas pour cimenter une société. Mais est-ce que les gens ordinaires renient vraiment ce monde d’individus et de consommateurs ?

J’en doute.

 

Guilluy annonce que « la lessiveuse idéologique ne fonctionne plus ».

Jusque-là « toute critique du modèle globalisé [était] ainsi associée à une critique du progressisme, à une remise en cause de l’Autre et de l’universel, écrit-il. Cette stratégie a parfaitement fonctionné jusqu’à la fin du siècle dernier. Mais la renaissance culturelle des gens ordinaires et leur autonomisation ont changé la donne.

Confrontées à des conditions de vie de plus en plus dégradées, les classes populaires ont pris conscience que les injonctions à moins polluer, à moins consommer, à s’ouvrir à l’Autre, visaient moins à combattre la pollution et à favoriser la mixité qu’à protéger les intérêts des classes dominantes et supérieures.

(…)

C’est pourquoi, aujourd’hui, l’écologisme, l’ouverture à l’autre et l’universalisme des classes dominantes et supérieures ne sont plus pris au sérieux. »

Ce n’est pas ce que je vois. Des Renault Zoé dans la campagne, des maires de minuscules bleds qui grondent ceux qui se sont trompés de conteneurs en jetant leurs déchets, des migrants accueillis comme des rois mages dans des villages.

Les gens ordinaires sont scotchés devant leur téléviseur pour la grand-messe du 20 heures. Quant aux jeunes, ils subissent le même lavage de cerveau sur Internet. Dans une enquête Ifop sur les 18-30 ans pour le magazine “Marianne”, on lit qu’ils sont 61 % à percevoir l’islamophobie comme une réalité, 60 % contre 26 % à estimer que les violences policières sont une réalité, 60 % à penser que la société est patriarcale, 41 % à croire qu’il y a un racisme d’État (contre 30 % des Français) et autant à croire à un privilège blanc.

 

Le « concept religieux (très catholique) de “vivre-ensemble” de la bourgeoisie dite progressiste est bien, comme l’écologisme, un enfumage destiné à dissimuler la violence des rapports de classes et son refus réel dudit “vivre-ensemble”. À cet égard, il serait judicieux de rappeler que, si les pays occidentaux ont pu accueillir des vagues migratoires aussi importantes et diversifiées en un demi-siècle sans provoquer pogrom ou guerres civile, c’est bien parce que le degré de tolérance des classes populaires autochtones est plus élevé qu’il ne l’est dans la bourgeoisie progressiste », analyse Guilly en montrant que les élites ne respectent pas, par exemple, la carte scolaire pour leurs enfants.

Mais les gens ordinaires ont-ils d’autres solutions que de la respecter ?

Tolérance ou passivité ? Tolérance ou crédulité due au “vu à la télévision” ?

 

L’auteur applique le même schéma démonstratif au show-biz. Ses vedettes auraient perdu toute crédibilité, n’auraient plus d’influence sur l’opinion. « Après le monde politique et les médias, c’est donc le monde du cinéma et de la culture qui est frappé d’illégitimité », note-il.

Là encore, je suis dubitatif.

Il suffit de tendre l’oreille pour récolter des paroles admiratives de jeunes sur leurs stars préférées donneuses de leçons, les plus anciens en faire autant sur les acteurs et actrices, chanteurs et chanteuses qu’ils louangent.

 

Pendant que les confinements contribuaient à renforcer le poids des multinationales et fragilisaient les territoires où se concentrent les classes populaires, que faisaient celles-ci ?

Affalées devant Netflix, faisant des apéros Zoom, elles contemplaient leur servitude avec délice.

Le virus chinois a permis aux élites de conforter leurs positions, d’accentuer le contrôle des individus ordinaires (les obligeant à se signer des ausweis pour sortir de chez eux), de leur prouver qu’ils sont entre les mains de leurs maîtres.

Pour moi, pas de révolte en vue.

Guilluy croit qu’une vague populiste balaie la planète, que ses aspirations seront celles du monde qui vient.

Je ne parviens pas à m’en persuader.

Les gens ordinaires me paraissent encore plus fragilisés qu’avant la crise sanitaire. Fragilité qui n’a pas activé beaucoup de combativité grâce au « quoi qu’il en coûte » présidentiel.

 

« Les gens ordinaires ne veulent pas disparaître et ils vont continuer à se battre pour assurer leur existence. » Guilluy est d’un optimisme qui ne me semble pas d’époque.

Le temps de gens ordinaires est, pour moi, révolu.

S’il a existé un jour, ce fut lorsque les élites et le peuple n’étaient pas déconnectés.

La baisse du niveau scolaire, la relégation dans la France périphérique, le “descenseur” social en fonction depuis la fin des Trente Glorieuses, ont accentué « la déglingue des classes populaires ».

Et “assurer son existence », cela suffit-il à faire une vie, même ordinaire ?

Marcus Graven

 

Vous pouvez retrouver tous mes articles sur

https://marcus.tvs24.ru

 

 

Print Friendly, PDF & Email
Notifiez de
POLYEUCTE

Trop long pour être analysé point par point….
Ma Question ?
“Etes-vous Ordinaire ?”
Toute “Analyse” dépend de votre Réponse !
Dr Freud.

marc

Christophe Guilluy est brillant, mais il ne franchira jamais le pas pour dénoncer l’islam et les migrations africaines, car il sait pertinemment que cela serait la fin de sa vie publique.
Personne ne peut survivre à des accusations d’islamophobie ou de racisme, il serait marginalisé et blacklisté des médias.
Il continuera donc à écrire des livres brillants et pertinents, sur l’état de la société française, mais sans aller jusqu’à bout du diagnostic.
Il n’est pas candidat au suicide social, médiatique, littéraire et universitaire.

marc

Excellent article, d’une grande lucidité et plutôt pessimiste, mais hélas, d’une cruelle vérité.
Les gens ordinaires ne sont pas stupides, loin de là. Ils savent parfaitement qu’une révolution ponctuelle et locale serait inutile et entraînerait la mort sociale ou même la mort véritable des premiers qui auront franchi ce pas en avant.
Personne n’a envie de se sacrifier pour les autres dans cette société ultra individualiste.
Le massacre de la révolte des Gilets jaunes par le pouvoir donne une idée assez précise de la détermination des élites à défendre leurs intérêts.
Que les intellectuels qui souhaitent la révolte des gens ordinaires donnent l’exemple et montent en première ligne sur les barricades, alors le peuple suivra.
Qui aura ce courage ?

alano39

Au petit jeu des pronostics il est difficile de gagner. Je pense que les événements de 2020 dont on ne mesure pas encore les impacts vont indéniablement changer certaines mentalités. Les traumatismes des confinements ne seront pas sans impacts sur les mentalités et les ressentis.
C’est la première fois que la société libérale devient privatrice de libertés et pas des moindres. Or depuis des décennies on nous vendait le contraire. Les frontières ne servent à rien pour nous protéger mais d’un seul coup notre maison devient une frontière. Les migrants entrent comme ils veulent et nous ne pouvons plus sortir.
Le sentiment d’avoir été dupé va à mon sens gagner dans les esprits. Toutes ces incohérences et inégalités de traitement auxquels ont été confrontés les citoyens vont modifier la donne

Bp50

Vous avez hélas bien analysé la passivité horripilante des masses qui attendent leur vaccin comme le train de la déportation, et se fient au JT. Quand l’argent sera confisqué en monnaie scripturale et que les frigos seront vides, alors peut-être il y aura révolte.

Respectvaleurs

Je suis de votre avis : la masse comme toujours est servile. Mais l’histoire nous a enseigne qu’une minorité agissante peut renverser la donne. Le refus de la vaccination est peut-être ce catalyseur qu’on attendait.

Jean-Luc

Analyse d’une grande lucidité très bien écrite. Merci.

Lire Aussi