Le terme « extrême droite » est devenu l’insulte des médiocres

Publié le 5 décembre 2011 - par - 2 318 vues
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Au bon vieux temps de mes universités, ceux, de droite comme de gauche, qui s’aventuraient à critiquer les pays autoproclamés « démocraties populaires » étaient immédiatement discrédités par l’insulte suprême : « faCHiste », et, lorsque cela ne suffisait pas à faire taire, « nazi » pouvait convenir alors (très fort pour les admirateurs de Staline).
L’anticommunisme ou la critique du stalinisme se traduisait par une collusion et un amalgame au nazisme, au mal absolu.

Aujourd’hui, la moindre critique, de droite comme de gauche, contre la religion ou les pratiques islamiques entraine l’insulte immédiate et la désignation infamante : « extrême droite », stigmate du refus d’échange argumenté.

De quoi parle-t-on, si l’on se veut plus rigoureux ?

1789 : L’ Assemblée Nationale constituante se prononce sur le droit de veto du roi. La noblesse et le clergé se disposent à DROITE du président (ils sont pour) et le tiers-état à GAUCHE (ils votent contre).
De là date le clivage historique parfois approximatif entre la droite et la gauche.
Ce concept a évolué jusqu’à y adjoindre les « extrêmes », gauche et droite.
Puis, des mouvements politiques aussi disparates que royalistes, nationalistes, conservateurs, populistes, xénophobes, souverainistes, contre-révolutionnaires, catholiques, traditionalistes, intégristes, etc.. ,ont été dénommés à tort, à travers ou à raison « extrême droite ».
Comme ces dénominations proviennent en général d’ « en face » et qu’elles sont rarement assumées par ceux qu’elles désignent, il faut tenter d’en préciser les critères les plus acceptés, en se démarquant du simplisme ambiant de l’ignorance.

Les critères de l’extrême droite se résumeraient à partir de plusieurs éléments constitutifs.

1) le rejet et le mépris de la démocratie.
Avec son corollaire, la certitude d’appartenir à une « élite éclairée » autoproclamée, qui se charge des orientations générales du pays et intervient dans la vie quotidienne des individus grâce à ses spécialistes en guidance.

Le droit et la légalité deviennent alors rapidement élastiques.
La liberté d’expression est interdite, limitée ou auto censurée par crainte des représailles ou par complicité de propagande.

2) le culte du chef.
Un homme exceptionnel, paré de la FORCE de ses qualités extraordinaires, idéales, guide ses sujets là où il sait les conduire.
Il requiert un pouvoir absolu.
Il est investi d’une « mission » plutôt messianique, pour une période presque infinie (1000 ans est un minimum, c’est l’éternité qui est visée).

3) La valorisation de la violence toujours présente.
Elle s’exerce comme argument suprême et moyen habituel de résolution des conflits. D’abord contre les ennemis désignés, les traîtres à la cause, puis contre toute critique assimilée à un « contre nous ».
Les héros violents, les tueurs d’ennemis sont donnés en exemple admiratif et les « martyrs » en idéal à imiter.
Enfin, la guerre offensive doit imposer par la force des armes l’adhésion universelle aux certitudes de la foi.

4) La haine de l’autre.
Le différent, vécu comme représentant du non-humain , l’étranger fantasmé, la minorité sans droits, implique souvent la xénophobie, l ‘antisémitisme et jusqu’aux tendances génocidaires, dans la projection du mauvais à l’extérieur de soi…

5) L’attachement à un système de croyances totalisantes.
Il « explique » le monde et en donne LES solutions (définitives ou finales?).
Manque rarement la nécessité d’étendre la « vérité » absolue au monde entier, (qui ne peut qu’en bénéficier) par un prosélytisme universel si bienfaisant…

6) Le modèle de société autoritaire et très hiérarchisée.
Il est censé raffermir l’idéal de félicité et de salut qu’il vise.
Les contre-pouvoirs sont interdits et persécutés, les syndicats sont à la botte ou inexistants.
Les rapports de force et d’autorité arbitraire, les relations dominant-dominé forment les échanges habituels entre les personnes.

7) L’individu, sorte de particule d’un ensemble, de produit passif d’une communauté, ne compte pas devant le supposé bien de tous, sauf s’il s’agit d’un exemple pour les autres.
Les déterminants collectifs l’emportent sur le sujet, l’identité communautaire sur la différenciation personnelle.
Comme si l’individu était le pur produit de la société, sans autre histoire.
Il en découle que la vie d’un être ne pèse pas bien lourd. La cause du peuple se confond souvent avec celle d’un pouvoir.
Cela va de pair avec la dévalorisation de la vie présente, terrestre, par rapport à l’extrême idéal du « sacrifice », voire de l’esthétique du Viva la muerte..

8) Un symptôme manque rarement : la contribution militaire, para militaire et pseudo militaire des ENFANTS au grand projet, cibles faciles et malléables, encouragés par de la lamentable participation fanatique de leurs proches.

9) Le mode de pensée MAGIQUE, par lequel le mot remplace la chose.
Et l’idéal de sauver le monde pour un monde meilleur a beau être contredit par le cortège d’horreurs dans la réalité des actes et des fruits concrets de l’utopie meurtrière, la foi reste inébranlable.

10) Ces régimes se rejoignent dans des négationnismes vis-à-vis d’évènements historiques incontestables et se disent entourés par de nombreux « comploteurs » qui visent leur destruction.
Leurs positions paranoïaques et persécutrices finissent par susciter l’agressivité défensive de leurs persécutés..
La HAINE visant leurs victimes est le véhicule essentiel des discours sur le monde différent de soi et de leur foi.

Les principaux critères des régimes d’extrême droite se retrouvent dans les grands totalitarismes des 20ème et 21ème siècles à des degrés peu variables.

1) Il est aisé de reconnaître dans le nazisme la quasi-totalité de ces critères, sauf la mission universelle de salut, réservée à la supposée élite aryenne imaginée dans une pathologie psychiatrique partagée.
La « théorisation » du système de croyances nationales socialistes restait faible, mais elle n’est jamais indispensable pour se répandre.
(les contorsions pseudo scientifiques des stigmates de la « race » sombreraient dans le ridicule si elles n’avaient conduit aux horreurs de l’extermination rationalisée).

2) Le fascisme rassemblait presque tous les critères d’extrême droite :
mais, davantage structurée comme dictature que comme totalitarisme, la mystique était plus centrée sur le pays que sur le monde.
La xénophobie restait relativement atténuée.
La culture italienne a plutôt résisté au désir d’uniformité, sans toutefois pouvoir en limiter les ravages.

3) Encore aujourd’hui, une importante majorité refuse ranger dans l’extrême droite les régimes communistes, même disparus.
Cette utopie a tant compté dans l’imaginaire de millions d’hommes que ceux qui ont cru qu’un paradis humanitaire allait pouvoir exister, n’ont pu, à ce jour encore, se résoudre à y reconnaître l’établissement d’un des plus grands systèmes d’oppression meurtrière.
Pourtant, tous les ingrédients de l’extrême droite y sont présents : du culte ridicule du chef, au cynisme de la violence déniée, à la mission universelle de salut, à l’embrigadement des enfants, au mépris de toute démocratie, jusqu’à la xénophobie non théorisée revenant spontanément en force…
Ce système fut tant adulé, avait tant soulevé les illusions irrépressibles de la foi, qu’il reste aujourd’hui encore tabou de le comparer aux autres extrêmes droites comparables.
(à la rigueur condamner le « stalinisme », mais pas les régimes analogues qui n’ont souhaité, n’est-ce pas, que le bien de l’humanité..).

4) Le dernier système qui rassemble TOUS les critères de l’extrême droite est une religion politique, culturelle et sociale qui s’auto proclame d’amour, de paix et, bien sûr, de tolérance, c’est-à-dire le CONTRAIRE exact de ses pratiques.
Le rejet de la démocratie : partout les régimes islamiques, y compris les plus « modérés » se réfèrent à une supposée loi divine, au-dessus de laquelle aucune évolution humaine n’est concevable.
L’espoir-illusion d’une saison démocratique est bel et bien mort-né, même dans un pays que l’on pouvait penser le plus avancé, comme la Tunisie.
Du Charybde de la dictature personnelle ou militaire au Scylla de la dictature théocratique…

Le culte du chef : par l’intermédiaire de l’intouchable icône du 7ème siècle, à l’hagiographie peaufinée par ses « fidèles », supposé modèle à imiter,..
Dans ses pratiques les plus troubles, ce chef de guerre violent et cynique, par ses messages supposés angéliques, a fondé un système sans liberté (la soumission), sans égalité ( l’homme supérieur à la femme et le religieux aux autres fois) et sans fraternité ( fracture sans remède entre crédules et infidèles).

Valorisation de la violence au nom d’une divinité trouble, rejet agressif du non musulman, déshumanisation de l’autre, sacralisation de croyances d’un autre âge, explications cocasses du monde et de l’après-monde (paradis et enfer, comme si vous y étiez, à partir de témoignages indubitables..) , individu noyé dans la « communauté » introuvable et fantasmée, souhaits de mort pour autrui et sacrée pour soi-même, embrigadement des enfants dans ces délires, devoir d’expansion territoriale et religieuse, théorisation indigente et répétitive, très haut degré de mauvaise foi…
Tout y est.
Ne pas reconnaître dans l’islam une idéologie d’extrême droite nécessite un effort dénégateur, une complaisance victimaire, une complicité ou un aveuglement.
Le discours des religieux tend à imposer l’équation simpliste, musulman = islam.
Mais, l’appellation « musulman » amalgame sans nuance les indifférents à la religion, les ignorants majoritaires des textes sacralisés, les buveurs d’alcool, les athées, les consommateurs de porc, les pratiquants du seul vendredi, les opposants, etc.., avec les plus attachés aux pratiques, rites, traditions et fondamentaux de la racine.

Une différence essentielle sépare pourtant les totalitarismes d’extrême droite de celui de certaines religions. Hitler, Mussolini, Staline, et les autres sont mortels ainsi que le régime qui les soutient, mais dieu, lui, est, paraît-il, éternel.

Extrême droite est de nos jours une insulte pour un raccourci de journalistes médiocres, une sorte de fourre-tout destiné à éteindre toute liberté d’expression légitime ou d’exclure du jeu politique les « incorrects » de la pensée.

Certaines pratiques de l’«extrême gauche», par exemple, ne relèvent-elles pas du refus musclé de l’expression de l’autre, qualifié avec menaces, voire agression physique, de fasciste, de raciste et autres insultes brutales, comme les pratiques de tous les extrémismes ?

Nous avons même entendu Mr. le Maire de Paris qui, devant des drapeaux tendus par une association qu’il ne connaît pas, a lancé à la cantonade l’injure suprême « extrême droite », rapidement suivie de l’expulsion manu militari des critiques pacifiques à sa politique.

Bien sûr, l’extrême droite existe encore, mais pas toujours là où elle est désignée. Le parti de Mme Le Pen, le parti de Mr. Ex (Besancenot) sont légaux, et ont donc droit à la parole, tant qu’ils n’appellent pas au meurtre ou à la haine.
Mais curieusement, certains mouvements religieux d’extrême droite, particulièrement intolérants et dangereux sont bien mieux traités juridiquement et politiquement, alors que leurs discours enseignent dans certaines mosquées la haine, l’élimination de l’autre et prophétisent leurs souhaits de l’horreur sacrée à venir.

Guy Sauvage

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