Le très partial "Hors la loi" est-il un film qui va favoriser le "vivre ensemble", en 2010 ?

Une polémique a éclaté depuis la fin de la semaine passée, marquée notamment par une manifestation de mille à douze cents personnes protestant, devant la salle d’un cinéma cannois projetant le film « hors la loi » représentant le cinéma algérien.
De l’autre côté de la barre, comme on dit dans les prétoires, parmi les tout premiers à monter au front, baïonnette au canon, pour défendre le cinéaste et pourfendre les arrière-pensées colonialistes et néo-colonialistes critiquant ce film et le cinéaste, le PCF. Comme on dit, mieux vaut éviter de parler de cordes dans la famille d’un pendu.
Je crois que la vive controverse ne se calmera pas de si peu. La cause de la polémique étant, si j’ai bien compris, la façon dont le film du cinéaste franco- algérien Bouchareib, -pour partie financé par des fonds français, dont certains peut-être publics-, restitue à l’écran et pour le grand public, les événements du 8 mai 1945 à Sétif et ce qu’ils mettront en route en Algérie, en France et sur un plan international.
Je crois aussi que le fond du débat n’est peut-être pas dans ce qui est dit et montré mais dans les non-dits, à savoir : qu’un film, entièrement à charge sur une telle question, ne peut qu’aviver la haine déjà manifeste et à fleur de peau qui entraîne déjà trop de jeunes dits de l’émigration ou de la diversité, jeunes français originaires d’Afrique du nord, et principalement d’Algérie, à se laisser enrôler dans des opérations de guerre privée : à tendre des embuscades contre des bus, leur conducteurs et leurs passagers, à incendier des écoles, à organiser des « commémorations » festives au moyen de concours de voitures incendiées, -à Strasbourg et dans quelques dizaines d’autres lieux-, à l’occasion des réveillons de fin d’année ou des soirées et nuits du 13 au 14 juillet, etc., etc.
C’est effectivement une question d’importance : est-ce qu’il est responsable de financer, avec de l’argent public, le film algérien d’un cinéaste franco-algérien qui ne serait qu’une réquisition unilatérale contre le pays, la France et son peuple, excitant l’hostilité haineuse d’une partie de la population française contre une autre?
Ce film est-il une réquisition unilatérale ? Je ne puis le dire, ne l’ayant pas vu. Mais s’il l’est, je ne peux pas ne pas approuver ceux qui protestent.
N’appartenant pas au petit monde du spectacle ni à celui de la presse, ne voyant pas, comme ce microcosme, les films avant les autres, je n’ai donc pas encore vu de mes yeux le film controversé. En conséquence, au risque de me répéter, je veux dire d’emblée que je ne voudrai pas faire de faux procès au cinéaste, en lui adressant des reproches qui n’ont peut-être pas lieu d’être.
Ce que je retiens des griefs, c’est que le cinéaste dresserait un tableau uniquement à charge.
On ne verrait qu’un côté des choses, et il constituerait le panégyrique d’un parti qui n’existait pas encore au moment des événements, le FLN.
En effet, en 1945, en dehors des mouvements religieux musulmans réformistes, et de quelques personnalités algériennes comme le pharmacien Ferhat Abbas préconisant l’évolution du statut colonial, le nationalisme organisé algérien c’était le PPA MTLD, c’était le parti né de la « Glorieuse étoile nord-africaine », un parti majoritairement inséparable de son fondateur et porte-parole, toujours emprisonné ou en résidence surveillée, l’ancien communiste Messali Hadj, devenu une bête à abattre pour beaucoup de gens, dont les staliniens et leurs compagnons de route. Le FLN, avait alors moins neuf ans.
Les années qui suivront, du point de vue du combat national algérien, seront celles de la constitution de la matrice du futur front de libération nationale qui se considérera comme étant le propriétaire exclusif du peuple algérien et sa représentation monopolistique. Ce seront aussi les années Messali, leader respecté, inflexible, aimé des masses algériennes et, dans l’ombre et l’éclair de quelques coups de mains, celles de l’Organisation Spéciale de l’ex PPA.
Dans ce film, on n’y verrait pas l’arrière plan stratégique, à savoir les décisions de Yalta.
Yalta : Il y fut décidé que la France conserverait encore, pour un certain temps, son empire colonial. Ainsi en avaient décidé Staline et Churchill. Et c’est dans ce cadre que se coulait la stratégie et le tactique du stalinisme en France et en Algérie.
Je me poserai donc publiquement ici quelques questions et je me donnerai des réponses ou des éléments de réponses en rapport avec la question des relations coloniales et postcoloniales franco-algériennes.
Je me présente tout d’abord. En effet, me demanderez-vous, quelle autorité ou connaissances spéciales avez-vous, vous autorisant à mettre votre grain de sel dans cette querelle « cinématographique » ?
J’appartiens à cette génération de jeunes français qui viendront à la vie politique, et à la vie militante active en s’organisant, très jeunes, avec et peut-être probablement à cause des « événements algériens » commencés pour nous le 11 novembre 1954. Le 8 mai 1945, je ne vagissais plus mais du haut de mes dix mois, que pouvais-je en percevoir ?
Pendant quelques temps, dans mon quartier ouvrier du haut Ménilmontant, les événements algériens nous parviendront assourdis, presque inaudibles et très atténués.
Au quotidien, qu’est-ce que c’étaient, ces « événements » ? C’étaient surtout des contrôles de police. Je me rappelle très bien les buttes des anciennes fortifications de la porte des lilas où on allait pique-niquer, je garde le souvenir vivant de l’entrée de la rue de Paris aux Lilas, par une fin d’un beau dimanche après-midi. Avec ma mère et notre voisine, madame Hedjar, nous avons assisté à des vérifications d’identité d’algériens qui se promenaient ou passaient par là. Nous en avions entendu parler, mais pas encore vu, de ces contrôles systématiques. Ce qui me frappera sur le moment, enfant de presque onze ans, ce fut surtout ces mitraillettes que tenaient et braquaient les policiers effectuant les contrôles et l’aspect craintif des algériens contrôlés.
Ces « événements », ce sera, pour le jeune parisien fils adoptif d’un ouvrier de la régie Renault, le départ précipité pour son douar de Kabylie du frère de notre voisin du deuxième étage, monsieur Hedjar marié avec une française avec laquelle il eut un fils, Jean. Le frère de notre voisin, travaillait lui aussi chez Renault, comme OS. Il venait régulièrement voir nos voisins. Nous nous croisions dans le passage, assez fréquemment, et nous échangions. Même à moi, enfant d’un peu plus de dix ans, il parlait, le frère de monsieur Hedjar. Pour tous les voisins du passage du 43 rue Pixerécourt, c’était un bien brave homme.
Un jour, mystère, plus de frère de « monsieur Hedjar ». J’entendis ma mère parler avec mon beau père de cette disparition. J’eu une de mes premières leçons de politique et de brutalité de la politique ou de certaines politiques : J’appris ainsi que le frère de notre voisin était un de ces nombreux ouvriers algériens, généralement des Kabyles, qui soutenaient Messali Hadj et le MNA. Le frère de notre voisin du second était recherché par le FLN et il se disait qu’il avait quitté brusquement son travail à l’usine et la région parisienne pour aller se cacher en Kabylie, dans le but d’échapper à ceux qui l’avaient condamné, à mort supposait-on. Sans quoi, pourquoi se cacher et tout abandonner, son travail, son logis, en allant se mettre à l’abri dans son douar natal dont il était venu pour échapper à une misère écrasante?
Avec l’été 56, l’affaire algérienne, comme certains disaient alors, cela deviendra aux yeux de beaucoup, le mouvement de protestation massif des rappelés du contingent. Ces jeunes hommes, ayant déjà effectué leur service militaire puis revenus dans leur famille et au travail, seront convoqués pour reprendre une deuxième période de service armé. En majorité, les rappelés refuseront de retourner en Algérie pour y seconder les forces dites de l’ordre.
En vacances en Haute Loire nous avons vu un des ces convois de jeunes gens qui refusaient, pour diverses raisons, d’aller ou retourner en Algérie. Espérant convaincre les autorités et les politiques décisionnaires de ne pas les envoyer en Algérie, ils tiraient le signal d’alarme tous les kilomètres. Le train, rempli de jeunes hommes réclamés en Algérie, repartait pour s’arrêter un peu plus loin, repartait, puis s’arrêtait… Un convoi de rappelés, cela pouvait mettre un jour, deux, trois jours, voire plus, pour effectuer le parcours Dunkerque-Marseille. Dans certaines gares, des manifestations avaient lieu. C’étaient bien souvent des femmes, mères et épouses, qui cherchaient à bloquer le départ les trains, en s’installant sur les voies.
A la caserne de Mourrmelon, où des milliers de jeunes militaires rappelés étaient rassemblés, on ne se contenta pas de prendre le train pour Marseille et l’Algérie et de tirer la sonnette d’alarme tous les kilomètres pour ralentir au maximum la vitesse du trajet vers le bateau qui emmènerait en Algérie. A Mourrmelon, les choses prirent un tour insurrectionnel. Le drapeau rouge fut monté au mât des couleurs. Les officiers et sous-officiers furent neutralisés par les rappelés mutinés.
A l’époque, le PCF était le premier parti politique en France ; il était premier en nombre d’électeurs, en sympathisants actifs et en militants. Dans la jeunesse, le PCF et ses organisations de jeunesse, -dans les lycées et à l’université-, c’était « Le Parti », avec un grand L et un grand P. Or, le Parti décrétera : que le mouvement massif de dizaines de milliers de jeunes hommes activement hostiles à la tâche d’aller, comme on disait, « casser du Fell », que le « mouvement des rappelés », surgi des rappelés eux-mêmes, n’était pas une action juste au regard des critères d’action du Parti. Il fallait que ce mouvement de protestation cesse. C’était une action « aventuriste », avait décidé la direction de ce parti.
Qu’est-ce qui n’était pas une action « aventuriste », pour le parti communiste français ?
En échange de son action interne contre le mouvement des rappelés, le Parti enverra au casse-pipe plusieurs jeunes gens, en âge de faire leur service militaire armé. S’il ne les encouragea pas officiellement à se lancer dans des actions individuelles, dans des actions personnelles de refus de porter les armes « contre le peuple algérien en lutte pour son indépendance nationale », il mènera des campagnes propagandistes pour leur libération. Ces emprisonnés était la preuve vivante de l’anticolonialisme actif et de l’internationalisme pratique du PCF.
Les Témoins de Jéhovah aussi, fidèles à la ligne de conduite de leurs coreligionnaires mobilisés dans la Wehrmacht nazie pendant la seconde guerre mondiale, refuseront fréquemment de porter les armes contre les Algériens. C’était pour eux une action plus discrète, sans affiche et sans tag réclamant : Libérez Liechti ! Libérez Magnien ! Libérez Tartempion ! Mais c’était une action réelle.
Tous ces jeunes, membres du PCF ou Témoins de Jéhovah, se retrouveront derrière les barreaux des prisons militaires pour des années. Pour le PCF, c’étaient Alban Liechti, Magnien et deux ou trois autres militants dont il réclamait la libération. Ces quelques hommes, lancés dans une lourde et périlleuse aventure personnelle, deviendront la vitrine et l’alibi anticolonialiste du stalinisme en France. Certains seront, après les années de prison, payés en retour avec une place de permanent ou de membre titulaire à vie du comité central.
Mon beau père n’était pas hostile aux revendications d’indépendance algérienne. Au contraire même, mais quand, six ans plus tard, à l’automne de 1961, je deviendrai militant du PCF, lui, le sympathisant et le partisan du communisme, m’expliquera : « c’est une connerie d’adhérer au Parti. Tu sais Alain, il faut un parti pour nous représenter, nous, la classe ouvrière. Mais ton parti, il ne vaut pas mieux que les autres. Tu entraînes des jeunes au PCF, pour lutter contre la guerre d’Algérie. Mais tu sais ce qu’il a fait le PCF en 1945 quand les choses ont commencé sérieusement en Algérie ? Ils sont restés au gouvernement quand de Gaulle a envoyé l’aviation bombarder Sétif. Qu’est-ce qu’il a dit Thorez ? Il n’a pas quitté le gouvernement, et Tillon est resté ministre de l’aviation, c’est lui, avec l’accord du Parti, qui signait les décisions permettant d’envoyer les avions pour bombarder. Tu ne me crois pas ? Renseignes toi. »
Plus tard l’information me parviendra. J’apprendrai la politique réelle, la politique sur le terrain, du PCF et de sa filiale algérienne, le PCA.
En 1945, après les manifestations du 8 mai 1945, ils furent parmi les premiers à organiser les groupes de choc armés traquant des militants messalistes du PPA MTLD qui n’avaient rien à voir avec les sauvages actions de type djihadiste menées ici et là contre des civils, femmes et enfants et contre des instituteurs plus particulièrement.
Je ne sus pas tout ce qui s’était passé ces jours là. Je n’appris alors que le versant noir de ces événements, que celui de l’ampleur de la répression coloniale. Cela me déterminera à devenir de ces français qui cherchèrent à aider la cause algérienne, en réalité la cause de la marche du FLN vers le pouvoir absolu.
A la fin de l’automne 1961, peu après le fameux meeting de Jacques Duclos (rue Yves Toudic dans une salle de la fédération des cheminots CGT)*1, meeting qui suivait de deux ou trois semaines la répression de la manifestation parisienne des Algériens, -mobilisés de gré ou de force pour prouver que le MNA, qui avait été hégémonique chez les travailleurs algériens de la région parisienne, était défunt ou ne représentait plus rien- je rencontrais Simon Blumenthal, le directeur du mensuel « la voie communiste ».
Dans son bureau, je croiserai un des dirigeants de la fédération de France du FLN. J’en repartirai avec un bon paquet de déclarations de la dite fédération, pour les distribuer à la vingtaine de membres du comité antifasciste de mon lycée qui m’avaient tous suivi aux jeunesses communistes et mandatés pour participer aux réunions du comité parisien lycéen antifasciste et du FUA (le front universitaire antifasciste).
Je diffuserai cet appel. Un jeudi après-midi, j’eu à cause de cela la frousse de ma vie. Allant voir ma tante, qui habitait alors le haut de la rue des martyrs, je m’y retrouvais coincé par un contrôle de police barrant toute la rue, alors que mon cartable était rempli de l’appel du FLN. On me laissa passer sans rien me demander ni me faire ouvrir mon cartable.
De cette période, je retiens le fait que deux ou trois semaines après la répression de la manifestation parisienne du FLN, Jacques Duclos, numéro deux de la direction du PCF, n’eut pas un mot pour ces violences. Sa diatribe se cantonnera à dénoncer : « les ennemis de l’union soviétique », comme si rien ne s’était passé dans les rues de Paris quelques semaines plus tôt. Duclos dénoncera, avec vigueur, « les revanchistes allemands fauteurs de guerre, ennemis de la grande union soviétique, qui réclament le retour des réfugiés allemands en Silésie orientale, en Prusse orientale et dans les autres terres polonaises libérées du nazisme par la grande Union Soviétique… ».
Haro sur les allemands « revanchistes », nostalgiques de leurs villages incorporés, sans eux, en Hongrie, Pologne, Tchécoslovaquie. Haro sur les « revanchistes » allemands, mais rien sur la répression à Paris deux ou trois semaines plus tôt.
L’organisation qui fournissait un bon contingent des porteurs de valises du FLN, l’ancêtre du NPA, diffusera, à la sortie du meeting de Duclos. Son tract dénonçait le silence du PCF sur la répression de la manifestation algérienne et sa mollesse dans l’action de soutien au mouvement algérien. Les dirigeants des JC nous inviteront fermement à ne pas prendre le tract en vociférant contre les « provocateurs policiers ».
Quelques semaines plus tard, je ferai la connaissance des « provocateurs policiers trotskistes ». C’est comme cela que je serai invité un peu plus tard à une réunion de compte-rendu de ceux qu’en Algérie on appellera, les « pieds-rouge ».
Les pieds rouges « conseillaient » le gouvernement de Ben Bella. Son gouvernement, pour eux, c’était le retour et le développement de la révolution russe de 1917. J’apprendrais, plusieurs années après, que nos conseillers pieds- rouges, n’avaient pas été le moins du monde choqués que cette « suite de la révolution russe et de la révolution cubaine réunies» proclame l’Algérie en tant que « république arabo-musulmane ».
Si nous revenions pour conclure aux événements du 8 mai 1945.
On vient de voir que le PCF s’est immédiatement fait le héraut de la cause du film de Bouchareib.
Et en 1945, aux moments des événements eux-mêmes, il disait quoi le PCF et son annexe locale le PCA?
Le 8 mai 1945 à Sétif et dans la majorité des villes d’Algérie, des cortèges sont organisés. Les manifestants arborent des banderoles portant toutes ces mots d’ordre : vive Messali ! Libérez Messali ! vive l’Algérie indépendante ! À Constantine la police arrêtera les responsables messalistes et saisira les banderoles. Est-ce cela que montre le film de Bouchareib ?
Les historiens qui ont sérieusement étudié la période montrent que les violences sont venues en réaction aux rumeurs concernant l’ampleur de la répression parvenant dans les campagnes où la réaction à la répression des manifestations du 8 MAI prendra effectivement la forme des méthodes classiques du djihad, assassinats de femmes et d’enfants, de vieillards, mains coupées et autres mutilations (sexe tranché et mis dans la bouche de la victime).
Pour le MTLD PPA, la répression fera 45000 victimes. Pour la commission d’enquête sur les événements, il y en aurait eu 15000.
Le rôle anticolonialiste et anti néocolonialiste que ce brave bougre de PCF prétend jouer dans cette affaire « cinématographique » appelle à terminer sur un écrit, parmi des dizaines d’autres de l’époque.
Sans attendre de disposer de tous les éléments, le jour même, le PCA demandait que les « émeutiers et les assassins soient châtiés » « conformément aux lois en vigueur ».
Cinq jours plus tard, la répression s’étant déchaînée, le journal « Alger Républicain » publiait le texte suivant : « Une délégation commune de PCF et du PCA a été reçue par le chef de cabinet du gouvernement général. Elle s’est entretenue des provocations des agents hitlériens (2) du PPA et d’autres agents camouflés dans les organisations qui se prétendent démocratiques. Cette coalition criminelle, après avoir vainement tenté de faire éclater des émeutes de la faim, a réussi à faire couler le sang. La délégation a estimé que ces mesures (le châtiment rapide et impitoyable des provocateurs) appliqué sans délais, contribueraient réellement à ramener le calme ».
Le même jour, Amar Ouzegane, le secrétaire général du parti stalinien algérien, en rajoutait. Il demandait l’assassinait judiciaire de Messali Hadj. Citons-le ici ses paroles, elles valent de passer à la postérité et d’être connues de ces jeunes gens qui suivant le PCF confondent le port du keffieh palestinien avec l’authenticité et la sincérité de ceux qui en réalité les fourvoient et alimentent les haines.
Le sous-Staline local déclarait :(…) « les instruments criminels, ce sont les chefs du PPA, tels Messali et les mouchards camouflés dans les organisations pseudo-nationalistes. »
Et il rajoutait à la manière de son maître à penser, le procureur Vychinski et ses émules, devant les prétoires des procès truqués à grand spectacle, citons ses mâles paroles de guillotineur : « Il faut châtier rapidement et impitoyablement les organisateurs de ces troubles, passer par les armes les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute ».
Tout est dit.
Pour le stalinisme, futur allié d’un FLN dont la stratégie de conquête de l’indépendance consistera : premièrement, à absorber ou détruire tout ce que la répression n’avait pas détruit du parti messaliste, pour achever la mise en place du monopole politique d’une seule organisation, d’un seul appareil politique strictement centralisé. De ce point de vue, la victoire militaire française contre les maquis de l’ALN de l’intérieur favorisera la formation d’une vaste machinerie bureaucratique armée, l’ALN extérieure. En fin de compte, l’indépendance verra cette machine bureaucratique s’emparer de pouvoir et le conserver depuis 48 ans.
Deuxièmement, à poursuivre la normalisation politique interne du nouveau mouvement nationaliste, en liquidant physiquement tous ceux qui représentaient encore en interne les traditions démocratiques du mouvement national (ex : l’assassinat d’Abam Ramdan, l’organisateur du congrès de la Soummam)
Troisièmement, en privilégiant les formes de luttes djihadistes qui ont ravagé les campagnes algériennes (plus de deux cent mille personnes tuées, sauvagement assassinées et mutilées) lors de la dernière guerre intérieure des années quatre vingt dix
Quatrièmement, en transformant le retrait de l’armée française en massacres d’une ampleur laissant loin derrière eux en ampleur et en sauvagerie la répression du mois de mai 1945 (exécutions en masses, lynchages de notables traditionnels et des membres des troupes supplétives- les chiffres aussi sont controversés. Selon les uns, sources algériennes, ce ne serait que, que plusieurs dizaines de milliers de tués, selon d’autres sources, ces massacres de l’été 62 seraient de l’ordre de plus de cent mille.
En outre, l’assassinat de Raymond Leyris (le populaire chanteur juif Cheikh Raymond), en juin 1961, sonnera comme un ordre d’expulsion-expropriation des cent soixante mille Juifs d’Algérie (une population juive, algérienne depuis 1492 pour certains, depuis la formation des comptoirs phéniciens plusieurs siècles avant l’ère chrétienne pour d’autres).
A cet égard, l’indépendance, telle qu’elle se réalisera en 1962, chaussera les bottes sanglantes des djihadistes qui détruiront l’état juif du Touat pour ne laisser que quelques rares survivants qui trouveront abri auprès des tribus touareg. Il ne subsiste aujourd’hui des Juifs du Touat, de leur ancien royaume saharien et de leur culture unissant la culture hébraïque et la culture tamasheq, que les deux mille Daggas vivant au milieu des Touareg de Tombouctou. Déjà, le pogrome de 1934 à Constantine avait montré que les relations quotidiennes -qui faisaient qu’encore aujourd’hui les Juifs d’Algérie ne sont pas rares à se déclarer « judéo-berbères »- allaient être emportées, sans espoir de rétablissement.
Retrouve-t-on cela ou un peu de cela dans le film de monsieur Bouchareib ? Non ? Hors sujet ? Tiens donc, serait-il ignorant ? Serait-il malhonnête ? Ce film ne serait-il qu’un tableau à charge unilatérale ? La controverse ne serait-elle pas sans objet ?
Alain Rubin
(1) Au mois d’octobre 1961, quelques semaines avant le meeting organisé par les fédérations de la Seine et de la Seine et Oise de l’union des jeunesses communistes, fut organisée une manifestation des Algériens de la région parisienne, manifestation test pour la fédération de France du FLN.
Avait-elle réellement remporté la guerre déchaînée contre le MNA messaliste, pour contrôler le prolétariat algérien qui avait été la base de départ du mouvement nationaliste algérien.
La manifestation fut brutalement réprimée par le préfet Papon. Les chiffres de victimes sont encore controversés.
La répression, qui eut lieu devant le peuple parisien, provoqua une énorme émotion. Néanmoins, moins d’un mois plus tard, le secrétaire général adjoint du PCF n’a pas un mot pour évoquer ces événements et dénoncer la répression. L’ennemi, et le seul, pour lui et la direction de son parti, ce sont les méchants « revanchistes allemands ». Ce sont ces Allemands qui veulent provoquer une troisième guerre mondiale, une guerre contre la glorieuse union soviétique, en réclamant des droits pour les douze millions d’allemands expulsés manu militari de leurs villes et villages en 1945-46.
(2) Messali Hadj fut approché par les émissaires du troisième Reich, comme le furent tous les nationalistes arabes ou considérés tels. A l’opposé de la position de Messali, un cadre du PPA, Mohammedi Saïd répondra favorablement aux propositions allemandes d’alliances contre les « ploutocraties, la juiverie et le colonialisme français » ; propositions d’alliance qui étaient en route depuis le début du nazisme du côté du nationalisme arabe lié ou influencé par le mufti Husseini. Dés qu’il en eut les moyens, Messali qui s’opposera tout de suite à ces manœuvres du nazisme, fera exclure Mohammedi Saïd. Ce dernier sera récupéré plus tard par le FLN.
On doit se souvenir que les militants ouvriers algériens qui formaient l’armature de la « glorieuse étoile nord-africaine », qui deviendra PPA puis PPA MTLD, défileront avec les organisations ouvrières françaises, en 1934 contre le fascisme et en 1936 pour le triomphe des revendications ouvrières.
Il faut rapprocher de la position messaliste, foncièrement antifasciste et antidjihadiste, celle de l’Emir Abdel Krim, chef incontesté de la guerre du Rif, l’âme et l’organisateur de la guerre d’indépendance du Maroc de 1925- 1927.
Quand Franco, soutenu politiquement et militairement par le nazisme ami des Husseini et Cie, disposait, comme troupe de choc contre les paysans et les ouvriers espagnols, outre la légion étrangère espagnoles avant tout de Tabor marocains recrutés au Maroc espagnol, le leader nationaliste marocain vint voir Largo Caballero, le leader socialiste chef du premier gouvernement de Front populaire. Il lui proposa d’aller soulever les populations du Maroc espagnol, pour priver Franco de la majorité de ses troupes et de sa base arrière en ralliant les Tabors et leurs compatriotes au combat pour l’indépendance. L’alliance entre la révolution espagnole et le nationalisme marocain dans sa version la plus authentique ne se fit pas, mais ce ne fut pas de la faute d’Abel Krim le Messali Marocain.
Après l’indépendance de l’Algérie, l’ex Waffen SS algérien exclut du MTLD PPA en 1945, occupera un poste officiel à vie dans l’appareil du FLN gouvernemental… un détail sans signification ?
Si c’est de tout cela, pour instruire et éduquer en conscience, dont parle ou qu’évoque le film de Bouchareib, félicitation.
S’il n’y a rien de cela, même de manière allusive, alors on est en effet en droit d’y voir un pur et simple procès du pays dont il est citoyen pour moitié… Lorsque j’aurai vu son film, je reviendrai sur la question et là, je questionnerai plus précisément notre distingué cinéaste.
Alain Rubin

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