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Le tsar Poutine a mis au pas le petit sultan Erdogan

(Erdogan attendant d’être reçu par Poutine)

Moi, j’aime bien les Russes. Ils me font rire avec leurs réactions à l’emporte-pièce, et leur caractère « brut de décoffrage » me rend admirative.

Qu’on ne s’y trompe pas, sous leur air faussement rudimentaire ce sont des gens très fins, et la Russie a une grande culture dans tous les domaines. En fait, ils ont cette réputation un peu sauvage parce qu’ils ne se laissent faire par personne. Ils font sentir leurs vérités à qui ils veulent, s’opposent à quelqu’un de manière subtile ou carrément frontale quand cela leur paraît opportun et ils ont bien raison.

Le sultan Erdogan en personne l’a expérimenté le 5 mars. Invité par Poutine, il s’attendait à être reçu à bras ouverts. On le voit avancer avec sa délégation dans les couloirs du Kremlin, tout sourire, puis aboutir dans une salle où il n’y avait personne pour l’accueillir. Son sourire s’est figé, puis s’est tendu, et finalement on l’a vu le regard absent s’asseoir piteusement sur une banquette posée là pour le commun des mortels, alors qu’Erdogan se prenait pour un puissant. Ce n’était pas une invitation, mais une convocation.

https://youtu.be/to1eGu2kkGM

Le temps de ressentir ses lombaires, de se tourner les pouces et de regarder attentivement ses pieds, la porte s’est ouverte et il a pu être introduit chez le tsar Poutine.

Voilà qui est jouissif. En le faisant attendre, Poutine a bien fait ressentir à Erdogan lequel était le maître. C’est tout à fait conforme au caractère russe. La télévision russe s’est même amusée à décompter le temps.

Ce bizutage de très ancienne tradition slave ne s’est pas arrêté là.

Poutine a reçu la délégation turque sous une imposante statue de Catherine II. Cette impératrice de toutes les Russies de 1762 à 1796 a remporté un certain nombre de victoires contre la Turquie au XVIIIe siècle. Elle lui a fait mordre la poussière une douzaine de fois. Elle a enlevé la Crimée aux Turcs ainsi que les forteresses d’Azov, Taganrog, Kinburun, Izmaïl etc et s’est ouvert un passage vers la mer Noire, entre autres.

(La délégation sous la statue de Catherine II)

Catherine II aurait bien aimé faire subir à la Turquie le même sort que celui subi sous son règne par la Pologne : le démembrement.

Sous son règne la Russie a connu une expansion importante, en ajoutant 518 000 km2, la superficie de la France, au territoire de la Russie, majoritairement au détriment de l’Empire ottoman.

Catherine II était donc une grande ennemie des Turcs et bien certainement Erdogan aurait pulvérisé cette statue s’il l’avait pu. Mais il n’était pas au bout de ses peines.

Dans la même salle, Poutine et Erdogan se sont assis à côté d’un bronze appelé « la traversée des Balkans », autre victoire de la Russie sur la Turquie en Bulgarie en 1877 lors de la guerre de 1877-1878 pendant laquelle la Russie s’était assigné comme devoir de libérer les peuples slaves de la domination turque, 1 500 Bulgares ayant été massacrés par les bachi-bouzouks turcs. Ce qui s’est terminé par la défaite des Turcs dans le traité de San Stefano.

(La « traversée des Balkans »)

Bref, avant de passer un accord sur la Syrie, et d’acter un cesser le feu à Idlib, Poutine a obligé Erdogan à avaler une potion assez amère et cela ne peut que nous réjouir.

Les Russes ont l’habitude de ce genre de pédagogie envers leurs visiteurs.

Ainsi dans les années 1994, François Léotard alors notre ministre de la Défense mais dont on n’entend plus jamais parler, est allé à Moscou. Mais il a exaspéré les Russes et les Français sur place par ses exigences, ses contradictions et ses revirements. Léotard voulait aller à Saint-Pétersbourg puis ne voulait plus, refusait d’aller à Saint Serge mais demandait à voir le corps de Lénine, ce qui à l’époque était devenu du dernier mauvais goût.

Les Russes avaient prévu de recevoir notre ministre dans un très bel hôtel mais Léotard n’en avait pas voulu. Il en voulait un autre, sur les bords de la Moskova, avec une très belle vue sur le Kremlin.

Il l’obtint. Un membre de l’ambassade était allé sur place vérifier que tout allait bien. La vue était belle. Mais las, quelle ne fut pas la surprise du ministre en arrivant, que de constater qu’une barge de chantier s’était malencontreusement positionnée sur la Moskova juste dans la perspective de sa fenêtre, l’empêchant absolument tout au long de son séjour, et malgré ses protestations, de jouir de la moindre vue et de voir le Kremlin. Barge curieusement éloignée dès le départ de Léotard…

C’est ainsi que les Russes ont toujours mené leur monde et comme on aimerait qu’en France nos dirigeants aient des manières approchantes pour remettre à sa place le tyran conquérant Erdogan, de toute urgence.

Celui qui veut ramener son pays la Turquie à des siècles en arrière et « en même temps » conquérir l’Europe doit vraiment être mis au pas. Poutine nous a montré le chemin. Il faudrait  suivre Poutine, mais n’attendons rien des incapables qui nous gouvernent.

Sophie Durand