Le vase de Soissons, expliqué autrement…

 

« On vit dans un État de droit », « Contre la barbarie, l’État de droit », « Il faut faire respecter l’état de droit et les lois de la République, et gna-gna-gna »…

L’état de droit – en Occident – est devenu une expression totémique, sorte de mantra sacré et inviolable, mais qu’on ânonne sans vraiment comprendre sa signification profonde (du psittacisme, en français supérieur). De fait, les gens se méprennent lourdement sur l’interprétation à donner à une telle locution. Mais comme toujours, l’Histoire – reine des sciences – éclairera notre présent troublé.

Vers 480 après Jésus-Christ, le roi des Francs, Clovis (né en Gaule belge, car la Belgique, c’est la Gaule septentrionale), est également général d’un empire romain d’Occident moribond (celui d’Orient tient le coup, merci pour lui). Il est chargé à ce titre de défendre la frontière nord des incursions de ses cousins germaniques. C’est donc un roi germanique portant la pourpre romaine. Or, depuis la fin du IVe siècle de notre ère, le christianisme est religion d’État (cujus regio ejus religio). Soucieux de se concilier cette puissance montante qu’est l’Église, Clovis souhaite lui restituer un vase précieux, fruit du pillage d’une église (située à Soissons). Mais un soldat courageux va contester sa décision : la coutume franque doit s’appliquer dans le cadre du partage du butin de guerre, et il n’appartient pas au roi d’en disposer librement… car si c’est la tradition franque qui l’a fait roi, elle peut tout aussi bien le défaire (rappel : les rois francs sont élus par leurs pairs, la loi salique ne s’applique pas encore). La tradition franque ayant bel et bien fait de Clovis le roi des Francs, ce n’est donc pas lui qui décide quand celle-ci doit ou non s’appliquer (au gré de ses intérêts). Elle lui est donc supérieure !!!

En vérité, ce qu’on appelle la loi (lex en latin) n’est que la parole du roi (rex, en latin) ; à peine un ordre aboyé par lui, éventuellement consigné par écrit. Et ce à quoi fait référence le soldat de Soissons, c’est le droit (franc) qui s’applique à tous, ius en latin… qui donnera plus tard le mot « justice », en français. On peut et on doit, dès lors, distinguer ce qui est légal de ce qui est juste.

Et alors ? En 2022, à quoi ça sert ? Ça sert parce qu’il devient urgent d’appréhender avec justesse la réalité politique occidentale : l’État est aux mains d’une élite qui anéantit méthodiquement la souveraineté des peuples (qui date quant même de 15 siècles !) pour offrir ses restes aux « marchands du temple » (si vous voyez ce que je veux dire). Et le moyen utilisé par eux, c’est précisément la loi, qui n’est qu’un ordre mis par écrit. À charge de la police de faire appliquer ce verbe funeste…

C’est d’ailleurs avec ce paradigme à l’esprit qu’il faut comprendre les élections périodiques, les manif’ autorisées et autres grèves conformes à la loi : des systèmes de diffusion des énergies citoyennes, visant à éviter le processus révolutionnaire. La loi canalise ces pulsions révolutionnaires comme les barrières canalisent un troupeau pour le conduire aux pâtures (ou à l’abattoir). La loi, c’est l’ordre du berger, donné à son chien de garde…

Quand on a compris l’épisode du vase de Soissons dans toute sa profondeur, sortir de la caverne de Platon devient un jeu d’enfant.

Question-test : qu’est-ce qui a permis au soldat de Soissons de contester l’ordre de son roi, les yeux dans les yeux, presque d’égal à égal ? Contexte : un simple soldat, la francique à son côté, face à un roi franc élu par ses pairs, la pourpre sur l’épaule et portant à la main l’imperium romain !!!

La réponse est dans la phrase-contexte…

Geoffrey Delavallée

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3 Commentaires

  1. Texte interessant mais totalement incomplet sur l histoire veritable du vase de soissons…
    Car le guerrier paya un peu plus tard son acte d insolence…voici l histoire :
    ______

    Clovis, passant ses guerriers en revue, reconnut le soldat insolent. Constatant que sa tenue et ses armes laissaient à désirer, il les lui prit et les jeta à terre. Le soldat se baissa pour les ramasser et Clovis en profita pour lui briser le crâne d’un coup de francisque, disant :

    « Ainsi as-tu fait au vase à Soissons ! (Sic, inquid, tu Sexonas in urceo illo fecisti) »…

    Moralite ? l’État est effectivement aux mains d’une élite qui anéantit méthodiquement la souveraineté des peuples que je ne conteste pas, mais SEUL contre un groupe ou une gouvernance il est impossible de gagner…

    Seul on ira loin mais, ensemble on est plus fort..

    • Clo-clo a assassiné le soldat, après coup, mais en sa qualité de général romain…

      mais c’est vrai : tout seul et désarmé, c’est même pas la peine

      l’objet du billet, c’est de souligner qu’au-dessus de la loi, il y a la Tradition (et la violence légitime) – l’Histoire est une roue, pas une ligne droite

      l’auteur (communiste mais……..chuuuut)

  2. oui, le roi « germain » n’est pas tout puissant, c’est juste un chef de guerre choisi.

    l’ex emblématique est la mise à mort d’Arminius vainqueur de la bataille de Totebourg qui s’est cru « roi » et fut tué par ses propres troupes

    Comme l’explique Marx, les germains étaient des antiques, avant la féodalité, élection du chef de guerre mais démocratie directe (et pas de propriété)

    Le vase de Soisson représente symboliquement le passage de l’âge barbare à la féodalité (comme le mythe de Tristan et Iseult), le sang à la terre, le fantassin au chevalier, le nomade libre au serf. Des germains vainqueurs furent asservis comme les gaulois vaincus.

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